Griezmann, Parker, Lavillenie : la passion galopante des sportifs pour les chevaux de course

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Une course hippique à Cheltenham, en Angleterre, le 17 mars 2021.  (MICHAEL STEELE / AFP)

Adrénaline de la compétition et admiration des performances sportives de l'animal expliquent cet engouement. Mais pas seulement.

"Juste faire hennir les chevaux du plaisir". Le nombre d'athlètes qui mettent en pratique les vers de la chanson d'Alain Bashung ne cesse de grandir. Après Antoine Griezmann et Tony Parker, c'est au tour de Renaud Lavillenie et, encore plus récemment, de Nicolas Batum  d'investir dans la course hippique. Et ce ne sont là que les sportifs les plus médiatiques. Derrière ces méga stars, d'autres athlètes ont noué une véritable passion avec le monde équestre. Cet attrait offre une lumière inattendue sur un monde extrêmement codé et cloisonné qui ne demande qu'à sortir de l'image de bar-tabac enfumé qu'il véhicule parfois. 

Fièvre de cheval 

Comment est-on passé du cheval de trait au cheval d'attrait ? Certains, comme Luis Fernandez ou même Diego Maradona lorsqu'ils jouaient encore, ont devancé la hype de l'hippisme. Depuis, le milieu sportif, et notamment celui du football, a suivi l'allure. Au trot tout d'abord, puis au galop ces dernières années. Jérôme Rothen, Loïc Perrin, Clément Lenglet, Carlo Ancelotti : le ballon rond a investi peu à peu les hippodromes. La casaque serait-elle devenue le nouvel accessoire à la mode des footballeurs, toujours en quête de nouvelles tendances ? 

"J'espère que ce n'est pas un phénomène de mode", déclare Lionel Charbonnier. L'ancien gardien de but d'Auxerre, remplaçant chez les Bleus champions du monde de 1998, a été, lui aussi, l'un des précurseurs de cette "fièvre de cheval". Il se souvient qu' l'époque tout le monde se fichait un peu de moi, je passais par un ovni" auprès de ses coéquipiers et de son entraîneur Guy Roux. Mais bien vite, les vertus nées du contact avec les équidés apparaissent au grand jour.

Non seulement la passion du gardien de but pour les chevaux n'altère pas ses performances sur le terrain, mais au contraire, elle les transcende. "Il est arrivé que Guy Roux m'autorise, le matin même des matchs à Auxerre, à aller voir mes chevaux pour mieux me préparer mentalement" se remémore Charbonnier. "Il me mettait juste en garde pour que je ne prenne pas de coups de sabots (rires). Cela reste un métier dangereux, une carrière peut vite se briser."

L'arrivée à l'hippisme est souvent le fait du hasard, d'une rencontre, ou d'une transmission familiale, comme pour Antoine Griezmann, tombé dedans dès son plus jeune âge grâce à son père, véritable passionné. Pour Tony Parker, c'est Valéry Demory, entraîneur de l'équipe de basket féminine de l'ASVEL qui a conduit l'ex-meneur de jeu de l'équipe de France et des San Antonio Spurs vers les écuries. Renaud Lavillenie, lui, est devenu propriétaire par le biais de son coéquipier Jules Cyprès, fils d'un célèbre éleveur, et qui a su faire partager son amour du cheval au perchiste.  

Des saillies à 350 000 euros 

D'autres sportifs, néo-retraités et en quête de sensations fortes, poussent l'expérience encore plus loin. C'est le cas par exemple de Sylvain Chavanel, ancien cycliste devenu driver (le pilote d'un sulky dans les courses au trot) amateur. Le point commun à tous ces sportifs ? Il ne mettent pas le pied à l'étrier par appât du gain. Le milieu hippique, s'il draine beaucoup d'argent, notamment en raisons des paris sur les courses, reste très aléatoire en terme de retour sur investissement. "Si c'est investir pour gagner des sous, il va y avoir plus de déçus que d'heureux", prévient David Garcion, ancien champion de France de football avec le FC Nantes en 1995 et qui baignait déjà dans l'hippisme à l'époque de sa carrière de joueur professionnel. 

D'autant que devenir propriétaire de chevaux de course a un prix. Très élevé. L'achat d'une telle bête de compétition est extrêmement variable mais son entretien s'élève à 25 000 euros l'année. Quant aux cracks, ils évoluent dans une autre sphère où les saillies de certains galopeurs sont estimées à 350 000 euros ! Un Parker ou un Griezmann pourraient certainement s'accorder ce luxe mais ils ont fait le choix de rentrer dans ce milieu sur la pointe des pieds plutôt qu'avec leurs gros sabots.  

Tony Parker entouré de jockeys lors du célèbre prix de Diane à Chantilly, le 20 juin 2021. (BERTRAND GUAY / AFP)

L'hippisme c'est le monde de l'humilité. Renaud Lavillenie, tout médaillé d'or olympique qu'il est, a dû commencer par porter des seaux d'avoine aux poulains. De même, tous ces champions ne cherchent pas à attirer l'attention sur les hippodromes. David Garcion le rappelle : "Le sportif ne fait pas ça pour la gloire car le propriétaire d'un cheval reste souvent dans l'ombre, c'est toujours le driver et sa monture qui recueillent la lumière". Si ce n'est pas pour la renommée et l'argent comment expliquer alors cette engouement pour la chose équestre ? 

Le cheval, miroir de l'athlète 

"Les sportifs se rendent compte que le cheval est un vrai athlète, comme eux. Ils voient ce que subit le cheval à l'entraînement et s'identifient à lui. Ils partagent les mêmes valeurs d'abnégation", analyse Lionel Charbonnier. On assisterait donc un phénomène de projection de soi avec l'animal, presque un mimétisme narcissique. "Il y a une vraie fascination pour la beauté de la bête, et sa sa performance sportive", renchérit David Garcion. "Les chevaux ont une carrière qui ressemble à la nôtredéclarait quant à lui Loïc Perrin à 20 Minutes, avec les mêmes entraînements, les mêmes blessures, les mêmes aléas". 

"La seule différence entre nous et eux, c'est qu'ils ne peuvent pas parler, donc ils ne peuvent pas exprimer les problèmes quand il y en a ou dire quand tout va bien", nous fait remarquer Renaud Lavillenie. Par contre, le cheval a aussi son caractère, sa façon d'avancer, et quand c'est un compétiteur, il fera tout pour gagner, même si ce n'est pas le plus talentueux".

Exutoire et échappatoire 

Les champions savent se reconnaître entre eux. Lionel Charbonnier confirme : "Léquitation est un sport à part entière, les jockeys, les drivers sont également des vrais athlètes de haut niveau qui vont en salle de muscu !" Pour l'ex-gardien, les passerelles entre le football et l'équitation sont évidentes. "Savoir dompter un animal de 500 kilos c'est une stratégie sportive à part entière", précise-t-il. "Le contact avec les chevaux m'a beaucoup aidé pour passer mes diplômes d'entraîneur car ce métier est un métier d'observation. De ses joueurs, de ses adversaires. Et bien le cheval c'est la même chose".

David Garcion abonde dans ce sens : "On note aussi des similitudes dans le lien entretenu avec les entraîneurs. Ceux que j'ai connus dans le monde équin ont exactement la même approche que ceux du foot, avec les mêmes discours de motivation et des méthodes identiques : pulsations cardiaques, fractionné, etc."

Pour certains sportifs retraités, les courses hippiques sont également un moyen de retrouver l'adrénaline des jours de compétition. "La semaine avant la course, on est en stress, on regarde comment les autres chevaux ont couru, on demande à l'entraîneur comment le cheval s'est comporté à l'entraînement" se rappelle l'ex Nantais. La course hippique devient alors un palliatif mais "c'est aussi un échappatoire car pendant que les sportifs sont avec les bêtes ils ne pensent pas à leur compétition. Cela permet de déconnecter" rajoute Charbonnier.

Pour autant, tous ces champions ne se lancent pas dans cette aventure sans la volonté de gagner. L'adrénaline vient aussi de la victoire, de cette dernière ligne droite où le cheval, les yeux injectés de sang et les naseaux fumants, donne tout ce qu'il a pour franchir la ligne en premier. Tony Parker fait partie de ces gens qui veulent briller sur tous les terrains, et pas seulement sur les parquets de basket. "Il voulait investir dans un cheval qui pouvait gagner tout de suite" déclare Ludovic Gadbin, l'entraîneur de la pouliche du quadruple champion NBA, au Parisien. L'ex meneur des Spurs s'est même offert une petite coquetterie : chaque propriétaire devant choisir les couleurs de sa casaque, il a bien sûr opté pour le noir et blanc de San Antonio...

Comme "TP", Antoine Griezmann sait se donner les moyens de ses ambitions. L'attaquant de l'Atlético de Madrid a récemment acquis, moyennant plus de 300 000 euros, un lot de quatre pur-sang anglais. Avec pour objectif à peine voilé, la dernière ligne droite du Grand Prix de l'Amérique ou celui de l'Arc de Triomphe. Le champion du monde 2018 n'en garde pas moins les pieds sur terre et n'oublie pas ses racines, celles qui lui ont fait découvrir le monde équestre. C'est ainsi qu'il a fondé, avec son père, sa propre société de chevaux de course à Mâcon, sa ville de naissance.  

"Lui, tout comme son père, font preuve d'une grande patience", admire Philippe Decouz dans Le Parisien. L'entraîneur des chevaux de Griezmann reprend la filiation entre le sportif et la monture : "Antoine connaît les aléas du sport de haut niveau et sait à quel point les chevaux sont des athlètes. Les Griezmann sont de vrais connaisseurs, capables d'analyser une course comme les spécialistes".

Posséder sa casaque marque véritablement l'entrée dans le monde de l'hippisme. "Avoir ses propres couleurs est une réelle fierté", confirme Renaud Lavillenie dans une interview accordée à Equidia. Même s'il y confesse qu'"actuellement le but n'est pas de devenir un propriétaire hors norme avec tous les cracks possibles mais de commencer une aventure humaine", l'orgueil du champion reprend vite le dessus. "Je suis un compétiteur et mon rêve serait de se retrouver à Auteuil avec ma casaque en course". Chassez le naturel, il revient... au galop.         

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