ENTRETIEN. Raphaël Poulain : "La vulnérabilité était considérée comme une faiblesse" dans le sport

Présent à la journée "Demain le sport" pour une conférence sur la dépression chez les sportifs, jeudi, l'ancien rugbyman Raphaël Poulain a raconté son expérience de grand espoir confronté aux difficultés du sport à haut niveau.

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France Télévisions
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Raphaël Poulain lors d'un match entre le Stade Français et Montpellier, le 29 janvier 2005. (DAMIEN MEYER / AFP)

Il veut dépasser le tabou de la dépression chez les sportifs. Raphaël Poulain, présent lors de la journée "Demain le sport", a partagé son expérience sur le sujet les difficultés mentales et psychologiques du sport à haut niveau. L’ancien joueur du Stade Français, qui a pris sa retraite des terrains à 25 ans seulement, est revenu sur sa dépression et son envie d'aider les sportifs dans la même situation.

Franceinfo: sport : comment les sportifs de haut niveau arrivent-ils à mettre des mots sur leurs malheurs ?

Raphaël Poulain : Cela prend du temps, parce qu’il y a le déni de la vulnérabilité. Il faut prendre le temps de la réflexion, de se connaître, de s’apprendre. Et d’accepter cette vulnérabilité, d’accepter de ressentir. Si le sportif s’ouvre à ça, il humanise beaucoup de choses dans la performance, et cela sert aussi pour la génération d’après, qui a peut-être besoin de ce genre de choses, de plus d’aventure humaines “vraies”, que des médailles ou des rails de coke. 

Comment avez-vous été accompagné pendant vos blessures ?

Quand j’étais blessé, mes kinés étaient mes psychologues. On ne parlait pas de psychologie dans le sport, on commence tout juste aujourd’hui à ouvrir les vannes. Et puis il y a cette vulnérabilité qu’on n’acceptait pas. On n'était pas faible, tout irait bien, on se remettrait sur les rails. A l’époque, le rugby se découvrait professionnel, il était très patriarcal, avec des couilles, du cœur et des muscles. La vulnérabilité était considérée comme une faiblesse. Donc j’ai joué ce rôle de gaillard, de dieu du stade. Il faut accepter de désacraliser tout ça, de tomber très bas, et de revenir. 

C’est pour ça que c’est aussi difficile de trouver les mots et d’en parler, en ayant été entraîné à cacher cette vulnérabilité ?

On est conditionné, mais ça va au-delà du sport. ça touche à 2000 ans de patriarcat. Dans le sport, il y a aussi le côté mythologique, entretenu par les sportifs, les médias, c’est cet aspect qui fait rêver les foules. Sauf que quand on gratte, derrière, on est humain comme tout le monde. 

La dépression est de moins en moins taboue aujourd’hui, auriez-vous voulu pouvoir en parler plus librement à votre époque ?

J’ai voulu en parler à mon époque, mais le syndicat du rugby m’a dit que j’avais dix ans d’avance, que le temps n’était pas encore prêt pour ça. Mais aujourd’hui je n’ai pas de regret. Si je ne vis pas tout ce que j’ai vécu, je ne rencontre pas ma femme, je n’ai pas mon burn-out, et je ne suis pas devant vous pour en parler aujourd’hui. Il faut assumer les moments qu’on a vécus. Je témoigne de cette expérience, ce que j’en ai compris, et si ça parle à certains on en discute et on échange. 

De cette expérience vous avez tiré une force de transmettre votre histoire et d’aider les autres, avec votre association, NeoHeros. Quelles actions voulez-vous mener concrètement ?

Bien sûr, il ne reste qu’à aller sur le terrain pour aller à la rencontre des jeunes, de tout le monde, et d’en parler. J’ai un projet de documentaire, de caspules vidéos témoigages. Je vais créer une application où les sportifs pourront venir pour se faire suivre s’ils en éprouvent le besoin, avec des psychologues, des coachs, des addictologues. Puis je vais ouvrir un “lieu-tampon” dans le Sud de la France pour aider les sportifs qui en ont besoin. Mais la priorité c’est avant tout la prévention car on est sur un sujet encore assez tabou. On humanise le sujet, et quand ils ressentiront ce besoin ils pourront venir, ils connaîtront ces solutions

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