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Faibles résultats du tennis français : "On repère nos jeunes trop tard", selon le DTN

Comment expliquer la crise de résultats que traverse le tennis français masculin, mais quelle parade surtout? Le DTN de la Fédération française de tennis (FFT) Pierre Cherret, détaille les différentes pistes dans un entretien à l'AFP, assurant notamment que les très jeunes joueurs sont repérés "trop tard".
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France Télévisions
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Ugo Humbert, l'un des rares espoirs du tennis tricolore.  (JULIAN FINNEY / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

Partagez-vous le constat que font certains sur l'absence de joueurs capables d'intégrer le top 10 mondial après la génération dorée des "Mousquetaires" (Tsonga, Monfils, Gasquet, Simon)?
Pierre Cherret : "C'est une réalité. Cela doit nous amener à une remise en cause. Ça doit nous poser la question de notre système de formation, ce qu'il a été et ce qu'il doit être pour être performant aujourd'hui. En France on a eu beaucoup de chances, on a eu 4 joueurs dans le top 15 et deux dans les 10, et on trouvait ça normal. On s'est peut-être dit "ça fonctionne". Et on s'est peut-être un peu endormis en disant que ça allait continuer à s'alimenter. Sauf que ça ne s'alimente pas comme ça. Et puis surtout, autour de nous ça bouge."

Que faut-il changer?
PC : "Par exemple on repère nos jeunes trop tard. Dans beaucoup de clubs on ne peut pas inscrire son enfant à l'école de tennis avant 6 ans. Donc nous on a fait bouger ça. Aujourd'hui le tennis commence à 3 ans. Si on détecte les enfants à 6 ans et qu'on commence à les entraîner à 8 ans, c'est trop tard. Les Américains, les Asiatiques, les Tchèques, les Ukrainiens, les Italiens... Ils commencent beaucoup plus tôt. On a pris deux ans de retard. Ils doivent être aussi mieux entraînés, avec plus d'intensité. Avant 10 ou 12 ans, notre système aujourd'hui n'est pas fait pour préparer nos enfants à rentrer dans la boucle internationale qui débute à partir de 12 ans. La précocité, même si cela dérange en France, c'est un incontournable pour arriver à haut niveau dans ce sport."
 

Que vous inspire cette crise que traverse le haut niveau français ?
PC : "
Il ne faut pas avoir peur de remettre en cause de notre système de formation. Comment on forme nos joueurs à la spécificité de leur métier? On ne le fait pas aujourd'hui. On les entraîne physiquement, tennistiquement, ils sortent tous avec le bac, mais est-ce qu'on leur apprend leur métier? Comment appréhender les médias, c'est quoi une structure, un agent, le circuit ATP, les difficultés que tu vas rencontrer? Aujourd'hui ça n'a jamais été fait. J'en ai parlé avec Jo (Tsonga, ndlr), il m'a dit "dans ma formation, quand j'ai débarqué dans le monde pro, je n'étais pas du tout armé face aux médias, face à un agent". On est en train de le mettre en place."

Il y a aussi l'approche mentale dans votre projet...
PC : "On a plein d'entraîneurs de tennis, de physique, des kinés, des médecins. Mais on avait un tout tout petit département, une personne qui venait de temps en temps. Aujourd'hui on est en train de déployer tout un département de préparation mentale qui va du petit jusqu'au juniors. A chaque âge il y a des choses à apprendre, sur l'état d'esprit, sur la concentration. J'espère que je n'entendrais plus jamais cette phrase des coachs étrangers qui disent à leurs joueurs "tu joues un Français, accroche-toi jusqu'au bout, parce qu'à un moment il va se passer quelque chose"."

Est-ce qu'une autre génération va pouvoir prendre le relais? 
PC : "A l'US Open juniors cette année, la nation qui domine, les USA, on a 12 joueuses et 10 joueurs. La nation juste derrière, la France avec 6 joueurs et 6 joueuses. Donc la dynamique, on a commencé déjà à l'enclencher. Elle n'est pas suffisante bien sûr. Mais on  a une densité progressivement qui arrive. Maintenant on veut plus, et on veut gagner des Grand Chelem juniors."
 

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