Disparition : Gérard Houllier, un homme en Nord

Disparu ce 14 décembre à 73 ans, Gérard Houllier n’était pas qu’un entraîneur à succès amoureux de l’Angleterre. Né en 1947 à Thérouanne, c’était un enfant du Pas-de-Calais, et un véritable homme du Nord où il a débuté sa carrière entre le Touquet, Nœux-les-Mines et le Racing Club de Lens. Retour sur ses années en Nord.
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France Télévisions
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 (PAUL ELLIS / AFP)

D’aveu de supporters lensois, Gérard Houllier n’est pas l’entraîneur qui a le plus marqué le club artésien. Dans le cœur des supporters lensois, on pense d’abord à Daniel Leclerq ou Arnold Sowinski, tous deux partis ces derniers mois, eux aussi. Mais il est bon de rappeler que Gérard Houllier a toute sa place au panthéon des entraîneurs du RC Lens, où il a explosé aux yeux de la France, et même de l’Europe. Car c’est sur ses terres que le natif du Pas-de-Calais s’est construit en tant qu’entraîneur, avant de briller à Paris, Liverpool et Lyon. 

Reprenons depuis le début : Gérard Houllier voit le jour le 3 septembre 1947 à Thérouanne, petit commune de moins de 900 habitants au sud de Saint-Omer, à mi-chemin entre Lens et Boulogne-sur-Mer. Fils de boucher, il s’oriente vers l’enseignement de l’anglais, d’abord à l'école normale d'instituteurs d’Arras, puis à l'ESC Lille après un passage à Liverpool en 1968-1969. En parallèle, il parcourt sa région avec son club d’Hucqueliers, dont il porte le maillot de 1959 à 1968, puis de 1969 à 1971. Il rejoint alors le Touquet Athletic Club, où les choses s’accélèrent en 1973 lorsqu’il devient entraîneur-joueur à 26 ans, et ce jusqu’à son départ en 1976. Le virus est inoculé : le professeur devient entraîneur.

L’ancien milieu de terrain raccroche les crampons pour se concentrer sur sa nouvelle passion. Et en 1978, les choses deviennent sérieuses lorsque l’US Nœux-les-Mines le désigne entraîneur. Gérard Houllier a alors 31 ans et un club de troisième division sous sa responsabilité. Loin d’effrayer le jeune technicien, cette aventure prend vite des airs de réussite éclair. Dès sa première saison, Houllier est sacré champion de D3 et ramène le club en Ligue 2. En 1981, il est même élu meilleur entraîneur de seconde division par France Football. Une juste récompense pour celui qui vient alors de manquer d’un rien la montée en Division 1, après une défaite en barrage contre Toulouse. L’année suivante, c’est en Coupe de France que les troupes d’Houllier s’illustrent en tombant en 16emes de finale contre le PSG, après avoir éliminé Nantes au tour précédent.

A Lens : une épopée et un héritage



Forcément, ces performances avec Nœux-les-Mines, club de l’agglomération lensoise aussi connu pour avoir biberonné un certain Raymond Kopa, attirent les convoitises du voisin : le Racing Club de Lens. En 1982, Houllier s’installe sur le banc des Sang & Or en Division 1. "C’était assez naturel de le voir arriver à Lens. Nœux-les-Mines était un club bien structuré, sponsorisé par Leroy Merlin où il avait eu d’incroyables résultats en D2 et en Coupe", se souvient Gervais Martel, alors journaliste. L’ancien prof de 35 ans détonne dans le paysage footballistique tricolore. Et sur les terrains, son équipe aussi, à en croire Gervais Martel : "C’était une équipe très portée vers l’offensive, avec Philippe Vercruysse par exemple. Ça jouait. Gérard n’était pas un calculateur. La preuve en est avec l’entrée de Ginola contre la Bulgarie en 1993…  Gérard était un brillant technicien et un grand formateur".

"Il nous a fait vivre trois tours de Coupe de l’UEFA incroyables face aux clubs Belges. Pour les supporters de l’époque, ce sont ces souvenirs inoubliables"

Là encore, Houllier brille dès sa première saison en hissant le RC Lens à la quatrième place de D1, synonyme de participation à la coupe de l’UEFA, la deuxième pour le RCL après celle de  1977-78.  "Il nous a fait vivre trois tours de Coupe de l’UEFA incroyables face aux clubs Belges, notamment avec ce but ricochet contre Anderlecht, où le ballon avait rebondi sur un caillou. Pour les supporters de l’époque, ce sont des souvenirs inoubliables", rejoue Gervais Martel. Les deux saisons suivantes sont plus quelconques, avec une treizième puis une septième place en championnat, mais peu importe : Houllier a déjà marqué Lens, notamment par son attitude. "J’avais un journal gratuit, le galibot, quand il était entraîneur de Lens. Je l’interrogeais chaque semaine. Il me donnait rendez-vous au stade, on parlait une heure. J’ai gardé les cassettes", raconte, ému, Gervais Martel. Il ajoute : "C’était quelque chose, il était hyper accessible et surtout très intelligent."

En 1985, Gérard Houllier quitte enfin son Pas-de-Calais à 38 ans, pour réussir à Paris après avoir fait ses preuves chez lui. La suite, on la connait. Mais en vérité, le natif de Thérouanne emmenait partout avec lui ce petit quelque chose propre au Nord de la France. "Il était très attaché à cette région des Hauts-de-France, c’était un homme du Nord, un vrai. Un mec au grand cœur, avec le contact facile, les qualités premières des gens du Nord. Gérard était très convivial, très proche des supporters", témoigne Martel, nommé président trois ans après le départ du technicien, mais tout de même redevable, à l’écouter : "On est descendu en D2 quand je suis devenu président, mais son héritage était là, surtout au niveau de la formation. Et puis, grâce à lui, j’ai réussi à me faire prêter des joueurs par le PSG"

"Il était très attaché à cette région des Hauts-de-France, c’était un homme du Nord, un vrai. Un mec au grand cœur, avec le contact facile"

Surtout, en trois ans à Lens, Houllier a, comme partout ensuite, posé les bases d’une formation plus efficace de talents locaux. Formation qui a permis la conquête du titre de champion de France du RC Lens en 1998, treize ans après son départ : "Il fait partie de cette réussite, évidemment, comme d’autres. J’ai beaucoup de respect pour lui", conclut Martel. Comme un clin d’œil, alors que le RC Lens trônait sur le football français, Gérard Houllier commençait alors sa deuxième vie d’entraîneur dans son pays adoptif à Liverpool. L’homme du Pas-de-Calais qu’il était a logiquement passé sa vie entre la France et l’Angleterre, où il a brillé sportivement et humainement, avant de s’éteindre à Paris à l’âge de 73 ans.

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