Tour de France féminin : "Il faut que les organisateurs de courses se lancent"

"Le cyclisme est un sport mixte, rappelle sur franceinfo Claire Floret, fondatrice de l'équipe Donnons des ELLES au vélo. "Or, il n'y a pas de Tour de France féminin" , déplore-t-elle, assurant pourtant que les médias et les partenaires étaient intéressés.

Photo prise en 2002 à Paris, lors de la 11e édition de la Grande Boucle féminine cycliste.
Photo prise en 2002 à Paris, lors de la 11e édition de la Grande Boucle féminine cycliste. (JEAN-PIERRE MULLER / AFP)

Elles ont bouclé samedi 28 juillet les 3 351 km du Tour de France. Treize amatrices qui, pour la quatrième année consécutive, font leur Grande Boucle, version féminine et avec 24 heures d'avance, dans le but de promouvoir le cyclisme féminin.

"Le cyclisme est un sport mixte, rappelle Claire Floret, fondatrice de l'équipe "Donnons des ELLES au vélo" et coureuse dans une équipe de division nationale. Or, il n'y a pas de Tour de France féminin." La sportive estime qu'il faudrait davantage de courses organisées pour les femmes et davantage de médiatisation pour commencer à faire changer l'image du cyclisme. Les médias et les partenaires sont intéressés, assure-t-elle. Maintenant, "il faut que les organisateurs de courses se lancent".

franceinfo : Pourquoi cette idée de courir le Tour de France avec un jour d'avance ?

Claire Floret : On a fait le constat, il y a quatre ans, qu'il y avait très peu de pratiquantes féminines dans le milieu du cyclisme. Donc on a cherché une manière de parler du cyclisme au féminin. On s'est dit que le Tour de France, c'est le moment où tous les regards sont tournés vers le cyclisme. On s'est lancé dans cette idée un peu folle de réaliser cet exploit sportif, de tenter de boucler la Boucle, les trois semaines d'étapes. On ne savait pas si on allait y arriver la première année et finalement, on a réussi. Ça été l'occasion de passer notre message : le cyclisme est bien un sport mixte. Or, il n'y a pas de Tour de France féminin.

Vous faites exactement le même parcours, mais sans les infrastructures ?

Exactement, on réalise les mêmes étapes. Mais nous, on ne le fait pas sous le format course. On part ensemble et on arrive ensemble. On peut se permettre de respecter les règles de circulation, de s'arrêter aux feux et aux stops. Mais en effet les infrastructures ne sont pas les mêmes et c'est pas toujours évident de se retrouver au milieu de la circulation.

Comment s'est passée cette édition 2018 ?

Nous sommes parties à 13, arrivées à 13. Tout s'est très bien passé, on a constaté cette année une très forte mobilisation de la part des cyclistes des différentes régions traversées. Nous les invitions à venir rouler à nos côtés, que ce soit des hommes ou des femmes. Le but est vraiment de travailler en mixité, de montrer que les hommes nous accompagnent aussi pour porter ce message. Cette année, on a eu au minimum une cinquantaine de personnes, au maximum 250 personnes, hier, sur cette dernière étape qui arrivait aux Champs-Élysées, pour nous accompagner et rouler avec nous.

Comment s'explique le manque de femmes sur le Tour de France et plus généralement dans le monde cycliste ?

C'est un peu le serpent qui se mord la queue. S'il y avait un jour des compétitions médiatisées, ce serait à mon avis un très bon levier pour permettre une identification des jeunes filles et des femmes qui auraient envie de venir au vélo. On va naturellement vers les images que l'on peut avoir. Et là, on a d'ailleurs l'exemple du foot féminin qui se développe. On pense que l'organisation de courses féminines médiatisées serait un excellent levier pour développer notre sport. Tout le monde a sa part de responsabilité. Il faut que les organisateurs de courses se lancent. Ensuite, les médias sont partants, nous nous en sommes rendues compte l'année dernière, France Télévision a relayé notre aventure. Les partenaires s'y intéressent de plus en plus. Maintenant, il faut des organisations de courses, sur des courses masculines où l'on aurait des épreuves féminines.