Thibaut Pinot, chronique d'une saison manquée

Très attendu en 2020, surtout pour prendre sa revanche sur le Tour de France, Thibaut Pinot a mis fin à sa saison en abandonnant ce jeudi avant la 3e étape de la Vuelta. Il arrête les frais après avoir traîné des douleurs au dos pendant près de deux mois, laissant l’amer sentiment d’avoir manqué chacun de ses rendez-vous les plus importants.
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 (CHRISTOPHE PETIT TESSON / EPA)

"J'ai pris conscience que j'avais sûrement la gagne dans les jambes. En tout cas je pense que je l'ai prouvé. Même sur une jambe, j'avais terminé l'étape du Galibier avec les meilleurs. Dans ma tête, ça a été un déclic, celui de me dire que je pouvais gagner la plus grande course du monde”. Alors qu’il ne l’avouait qu’à demi-mot jusqu’à présent, en 2020, Thibaut Pinot a embrassé les espoirs placés en lui. Le Français a accepté d’assumer le statut de candidat crédible et légitime à la victoire sur le Tour de France, son objectif majeur de la saison. L’an passé, il avait secoué tous les favoris dans les Pyrénées sur les pentes du Tourmalet et du Prat d’Albis, avant d’abandonner à cause d’une blessure au genou en troisième semaine.

Le ciel devait être bleu

Les larmes déchirantes de Tignes avaient rapidement séché. Au moment de remonter sur son vélo, Pinot n'était pas tourné vers ses regrets "Le Tour m'a fait passer dans une autre dimension. [Avant], je ne supportais pas la pression. On me reconnaît partout où je m'entraîne, et ça ne me fait plus peur", avouait l'intéressé à l'AFP dès le mois de janvier, donnant l'impression d'être plus fort mentalement. "Au Giro (2018) au Tour (2019), j'ai pris deux belles claques. Après ça, on n'a plus trop peur de se rater", relativisait-il. Tous les voyants étaient au vert. Même le repos forcé par la crise sanitaire a été vécu comme une période salutaire :"J'avais besoin d'un grand coup de penser à rien. Je pense que ça m'a fait du bien".

Avec le report de la course olympique à 2021 et celui des Mondiaux dans la foulée de la Grande Boucle, Thibaut Pinot n'avait qu'une seule idée à l'esprit au moment de la reprise : gagner un Tour de France taillé pour lui. Lors de la présentation du parcours fin 2019, le natif de Mélisey n'avait pas caché sa satisfaction en voyant qu'un seul contre-la-montre se présenterait sur sa route, et chez lui, en bosse. "Si j'avais eu à tracer un chrono, c'est celui-là que j'aurais dessiné. C'est une route où je passe 3-4 fois par jour, alors forcément je la connais par cœur". Le grimpeur de 30 ans avait de quoi briller, surtout en terminant 2e du Critérium du Dauphiné devant tous les autres favoris. Et s'il échouait dans sa quête, les Mondiaux et la Vuelta étaient là pour sauver la mise.

La réussite reste capricieuse

Mais au moment de faire les comptes, après son abandon avant la 3e étape de la Vuelta, signifiant la fin de sa saison, l'amertume et la déception pèsent très lourd dans la balance. Pinot n'a gagné aucune course pour la première fois depuis 2014. Son meilleur résultat cette année, la 2e place du général sur le Dauphiné, a plus ressemblé à un aveu de faiblesse qu'à autre chose. Leader de la course et attaqué par ses adversaires, il avait été aperçu à la dérive dans la dernière étape. Le Français en avait jeté sa gourde, de rage. Quelques semaines plus tard, c'est la tenue déchirée qu'il a franchi la ligne d'arrivée de la première étape du Tour de France, après une lourde chute à Nice. Une journée glissante qualifiée comme "l'une des pires journées de [sa] carrière".

Touché au dos, il avait ensuite cédé dans les pentes du Port de Balès, premier col hors catégorie de l'édition. La veille, Thibaut Pinot avait pourtant montré un visage conquérant dans les bordures, celles qui l'avaient fait tant souffrir en 2019. Dépité, blasé, il avait franchi la ligne d'arrivée à Loudenvielle en 64e position, à presque 20 minutes de Tadej Pogacar (UAE), premier des favoris ce jour-là. “Aujourd'hui, c'est peut-être un tournant dans ma carrière. J'ai toujours dit que le vélo, c'était se battre, gagner des courses et prendre du plaisir. Mais il y a trop d'échecs pour moi en ce moment”, avait-il réagi en zone mixte, énigmatique quant à son avenir. 

 (STEPHANE MANTEY / POOL)

S'il a mis un point d'honneur à terminer la Grande Boucle (il termine 29e), Pinot n'a surtout pas laissé le temps à sa blessure de se résorber. Forfait pour les Mondiaux d'Imola, où il aurait pu jouer sa carte ou participer au sacre de Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step), il était attendu sur la Vuelta pour sauver sa fin de saison. Sans pression et dans des conditions climatiques qu'il apprécie, le Français aurait pu retrouver des couleurs comme il l'avait fait en 2018 après sa désillusion sur le Giro. Mais après seulement deux étapes, il a pris la décision ce jeudi de se retirer de la course, et donc de conclure sa saison, pour soigner son dos et se focaliser sur la saison 2021.

"Continue à faire tout bien et à un moment donné la porte va s'ouvrir. T'as pas le droit. T'es un grand. Un mec comme toi ça ne renonce pas", lui martelait son manager Marc Madiot en juillet 2019 pour prendre le dessus sur le désarroi de Tignes. Tombé deux fois entre le Dauphiné et le Tour de France, Pinot n'a encore une fois pas été épargné par le mauvais sort. Certains diront que la guigne ne le laissera jamais tranquille. Mais il n'y avait pas d'adieux déchirants cette année. A 30 ans, le Franc-comtois a encore le temps, lui qui a prolongé jusqu'en 2023 avec la Groupama-FDJ, ce qui lui laisse trois années entières pour continuer à viser les sommets.

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