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Terminator, cuisine bio et caractère bien trempé : l'incroyable carrière de Jeannie Longo

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France Télévisions
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Jeannie Longo au départ du championnat du monde de contre-la-montre à Stuttgart (Allemagne), le 26 septembre 2007.  (WOLFGANG RATTAY / REUTERS)

La championne cycliste fait désormais parler d'elle à la rubrique judiciaire, mais ces rebondissements ne doivent pas occulter son histoire hors du commun. 

On la surnomme "Terminator" ou "Mamie". Quand on parle d'elle, les adjectifs "inusable", "inoxydable", "indémodable" ne sont jamais bien loin. Et pourtant, Jeannie Longo, 55 ans, fait désormais parler d'elle dans la rubrique judiciaire. Vendredi 28 mars, on saura si la championne cycliste obtient gain de cause contre l'Agence française de lutte contre le dopage, qu'elle accuse de violation du secret professionnel. Depuis deux ans, Jeannie Longo et son mari, Patrice Ciprelli, doivent se défendre de suspicions de dopage (manquement aux règles de localisation pour les contrôles, achat d'EPO sur internet...). Mais la championne la plus titrée du sport français - 31 titres de championne de France et 9 titres de championne du monde - ne va pas s'arrêter là-dessus. Toute sa vie le prouve. 

"Je suis venue au vélo par accident"

L'histoire d'amour de Jeannie Longo avec la petite reine commence dans le sang et les larmes. Des bobos d'enfants, mais n'empêche. "Je n'ai jamais mis les petites roues pour apprendre à faire du vélo et je suis tombée plusieurs fois", confie-t-elle sur France 2, en 2000. Jeune, Jeannie Longo se partage entre plusieurs passions : le piano et le ski. Dans les deux disciplines, c'est une virtuose. On trouve sur le site de l'INA la vidéo d'une compétition de ski qu'elle remporte avec brio... même si le speaker l'appelle "Jeanine". "Je suis presque venue au vélo par accident. Je m'entraînais à vélo l'été, mais j'étais d'abord skieuse. Et un jour, on m'a conseillé de prendre une licence de cyclisme pour voir ce que ça donnerait", explique-t-elle.

Jeannie Longo et Patrice Ciprelli, son mari et entraîneur, à Mexico (Mexique), le 8 octobre 1989. (NICOLAS TAVERNIER /SIPA)

C'est sur les pistes qu'elle rencontre Patrice Ciprelli. Il est entraîneur de haut niveau, elle encore sportive universitaire. C'est le coup de foudre, mais aussi le début d'un duo qui va détonner dans le monde du cyclisme. Son surnom à lui, c'est "le Sanglier", et sa passion, la recherche de la performance, au point de prendre plaisir à bricoler un vélo dans le garage toute la nuit. Leur relation professionnelle atteint des sommets. Niveau personnel, c'est plus compliqué. "Je suis la poupée qu’il a fabriquée ! C’est un vrai tyran, un jusqu’au-boutiste, confie Longo, au moment d'un de ses nombreux breaks. Chaque fois que j’ai voulu arrêter, il a toujours su me relancer. Si j’ai si longtemps couru, c’est pour ne pas le perdre." Patrice Ciprelli entraînera quand même quelques mois la principale rivale de Jeannie Longo, Edwige Pitel, en 2007.

"Mamie" fait de la résistance

Depuis 30 ans, le cyclisme féminin en France, c'est Jeannie Longo, qu'on le veuille ou non. Neuf fois championne du monde, médaillée d'or olympique à Atlanta, triple vainqueur du Tour de France féminin, Jeannie Longo a le plus beau palmarès du sport féminin français. "On m'encourage en me disant : 'Allez Mamie'. Je n'aime pas trop", s'amusait-elle... il y a 14 ans. Jeannie Longo a résisté aux critiques, mouchant Laurent Fignon en direct à la télé. L'indélicat avait dit : "Une femme sur un vélo, je ne trouve pas ça très esthétique". La réponse est sortie du tac au tac : "Toi non plus, sur un vélo, je ne te trouve pas très esthétique." Depuis quelques années, Longo doit faire face au ras-le-bol de la jeune génération. Comme Pauline Ferrand-Prevot, qui l'a détrônée aux championnats de France de contre-la-montre en 2012 et 2013, citée par Sud-Ouest : "C’est la fin du règne de Jeannie Longo, c’est pour ça que beaucoup de gens sont contents." 

Peu de personnes diront du bien de Jeannie Longo. Son ancienne équipière Nathalie Hervier se souvient, dans L'Union, d'une fille "pas facile à vivre". L'ancien directeur technique national Lucien Bailly la résume en deux phrases, dans Le Monde (article abonnés) : "Elle n'est pas toujours très diplomate. Elle engueulait tout le monde." A commencer par la Fédération française de cyclisme (FFC). En 1991 éclate l'affaire du pédalier. Jeannie Longo se voit interdire le départ des championnats du monde de Stuttgart car elle refuse d'utiliser les pédales de la marque qui fournit la FFC. Têtue, Longo porte l'affaire en justice et gagne.

En 2008, les relations se sont un peu apaisées, et la FFC décide de l'honorer. Jeannie Longo raconte la suite sur RTL : "On m'a demandé quel cadeau je souhaitais avoir. Jean Pitallier [le président de la FFC à l'époque] savait très bien que des coupes et des médailles, c'était pas ce qu'il me fallait. J'ai parlé d'un âne, car j'ai toujours eu envie d'avoir un âne, et on m'a prise au mot !" 

Ane, chèvres, poules, chats et compléments alimentaires

L'âne rejoint un sacré bestiaire. Dans le chalet de Jeannie Longo, près de Grenoble (Isère), on trouve déjà trois chèvres, Binette, Diabolo et Robinet. "C'est moins compliqué qu'un chien parce qu'une chèvre, ça s'autogère. Il ne faut pas grand-chose", confie-t-elle à l'émission 30 millions d'amis, dans laquelle elle est passée deux fois. La championne a aussi eu des poules, des animaux peu compatibles avec la vie aux quatre coins du monde d'une sportive de haut niveau. "J'ai dû les donner. C'était plutôt les renards et les buses qui s'en occupaient." Son chat Riri, à qui elle a dédié un de ses livres, est, lui, de tous ses déplacements. Jeannie Longo aime les animaux. Vraiment tous. "J'ai plein d'araignées chez moi, et si j'en aspire une dans l'aspirateur, ça me traumatise." Forcément, son ménage dure des heures... 

Jeannie Longo avec ses chèvres, à Saint-Martin-le-Vinoux (Isère), dans la banlieue de Grenoble, le 19 septembre 2006.  (MAXPPP TEAMSHOOT)

Sa cuisine aussi. Jeannie Longo ne mange que bio, avec des produits des fermes voisines. Au point d'apporter des sandwiches bio à son mari lors de sa garde à vue, note le Nouvel Obs. Ou d'apporter sa propre nourriture sur les grandes compétitions : des œufs fermiers, des graines, deux brûleurs à gaz, du jambon séché pour les Jeux de Pékin, ce qui lui a valu de longs palabres à la douane, d'après Libération.

Lors de ses visites à Paris, elle fuit les invitations à déjeuner pour pique-niquer au calme dans un square. Devinez quoi ? Les animaux ne sont jamais bien loin : "Quelques fourmis affairées qui se font la passe avec un morceau de couenne, un moineau ami et quémandeur, un chat errant en mal de caresses sont les compagnons heureux de mon pique-nique", écrit-elle dans son livre Jeannie par Longo. Elle complète son alimentation par des huiles essentielles... et des compléments alimentaires. La cycliste a toujours défendu la créatine, un produit à la limite du dopant, au point d'en faire la promotion sur son site. Elle se défend en expliquant l'utiliser à petite dose, pour éviter de manger trop de viande. 

Armstrong lui a tout piqué

La relation de Jeannie Longo avec le dopage est des plus ambiguës. Elle a été contrôlée positive une seule fois, en 1987, pour des quantités infimes d'éphédrine. Il s'agirait de gélules à base de plantes, d'après elle. "Neuf dixièmes des Français prennent des antidépresseurs, et des athlètes qui ne font de mal à personne sont harcelés", se défend-elle. Pour elle, ce "harcèlement" consiste à remplir son agenda sur le système de localisation des athlètes de haut niveau (Adams). Elle affirme préserver sa vie privée. Adams suppose de se connecter régulièrement à internet. Or, la technologie n'est pas son fort. Elle ne répond pas à ses mails. Son site internet est préhistorique. Elle tapait encore à la machine dans les années 90, et n'a pas de téléphone portable. 

Pourtant, la modernité l'intéresse, par certains aspects. Elle a été l'une des pionnières des chambres à hypoxie, permettant de recréer les conditions de l'entraînement en altitude, et ainsi de stimuler la production naturelle d'EPO dans le corps. Les compléments alimentaires et les vitamines, elle connaît. Bref, tout ce qui améliore la performance, à la frontière avec le dopage. D'ailleurs, ses méthodes inspirent les meilleurs... "Maintenant, nous sommes copiés dans les entraînements spécifiques, Patrice et moi. Je connais l'entraîneur d'Armstrong. J'ai couru avec lui, c'est un gars du Colorado. Les méthodes de travail dans le cyclisme ont copié Longo-Ciprelli même s'ils ne veulent surtout pas l'avouer", écrit-elle dans son livre paru en 2010. 

"Je serai ermite quand je serai grande"

Jeannie Longo en compagnie de Jacques Chirac, candidat à la présidentielle, et Alain Prost (à droite), le 18 avril 1995.  (REUTERS )

Désormais, Jeannie Longo aspire à la tranquillité. Elle voulait faire ses adieux aux JO de Londres en 2012, mais les affaires de dopage l'en ont empêchée. Un baroud d'honneur à Rio en 2016 est-il possible ? Dans une de ses dernières interviews, sur TF1, elle ne cachait pas "être en préretraite". Pour faire quoi après ? "Depuis toute petite, je me disais que je voudrais être ermite quand je serai grande. J'ai toujours aimé la solitude." Mais avant le retrait du monde, quelle reconversion envisager ? 

La politique ? La championne a toujours eu des idées bien tranchées sur la question. En 1987, elle s'était offert le luxe de refuser d'être décorée de la Légion d'honneur par François Mitterrand, préférant son Premier ministre d'alors, Jacques Chirac, qui passait justement dans sa région, rapporte Le Monde (article abonnés). Deux ans plus tard, en 1989, elle est élue en 4e position sur la liste RPR menée par Alain Carignon à la mairie de Grenoble. Son cœur a toujours été chiraquien. Quand elle gagne la médaille d'or à Atlanta, le ministre des Sports de l'époque, Guy Drut, lui passe Jacques Chirac au téléphone, raconte Libération. Le président est le premier à la féliciter alors qu'elle n'est pas encore descendue de vélo ! Sa proximité avec Jacques Chirac lui vaudra aussi... d'être citée dans le procès des emplois fictifs de la mairie de Paris. 

Sinon, on lui a proposé Koh-Lanta. Sa réponse, du Jeannie Longo tout craché : "On mange peut-être bio à Koh-Lanta mais on ne mange pas forcément ce qu'il faut ! Si c'est pour avoir des candidoses et des choses qui traînent toute sa vie dans l'intestin, non merci, je n'y tiens pas trop..."

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