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Sagan, génie du placement, artiste de la régularité

Dans le Top 5 de six des neuf étapes de ce Tour de France 2019, Peter Sagan continue son impressionnante régularité sur la Grande Boucle. Son 73e top 10 acquis à Saint-Etienne le classe déjà parmi les coureurs les plus réguliers de l'histoire. Placement, sens tactique : le Slovaque ne s'est jamais raté sur une arrivée massive depuis ses débuts sur le Tour, en 2012. Vertigineux.
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France Télévisions
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 (JEFF PACHOUD / AFP)

Réunissez tous vos souvenirs depuis le départ du Tour de France 2012, le premier du jeune Peter Sagan, alors chez Liquigas. Avez-vous mémoire, depuis maintenant huit ans, d’un sprint massif où le Slovaque était absent pour une raison de placement ou de sens tactique ? Selon les chiffres, ce n’est tout simplement jamais arrivé.

Sur les 50 emballages massifs disputés lorsque le Slovaque a été présent sur le Tour, seulement quatre ont abouti à une place hors du Top 10 pour lui. Largué pour un mauvais placement ? Absolument pas. Si l’on excepte la 4e étape du Tour 2017 à Vittel, où il a été exclu pour avoir tassé Mark Cavendish contre les barrières, les trois restantes trouvent toutes leur raison dans une chute. 

Que des Top 10 sur ses sprints depuis 2012

En 2012, Sagan tombe dans les trois derniers kilomètres de la 5e étape avec Tyler Farrar et termine 152e. L’année suivante, l’imbroglio du bus Orica-Green Edge désorganise le peloton. Sagan se retrouve pris dans un carambolage avec Cavendish, Contador ou encore Thomas. Enfin en 2014, Sagan est responsable d’une chute dans le final de la 19e étape. Quatre mésaventures qui l’ont empêché de faire un Top 10 sur un sprint massif. 

Ce qui signifie donc une autre chose : quand Sagan a pris part à un sprint sur le plat sur le Tour de France, il n’a jamais été hors du Top 10. Jamais. 46 top 10 sur 50 sprints disputés, c’est vertigineux. Aucun autre sprinteur actuel (de l’histoire ?) ne peut s’en targuer. Comment fait-il ? Le placement, avant tout. Sagan sent la course, devine toujours la bonne roue, flaire le bon coup et termine toujours placé. Il n’a pourtant jamais pu se targuer d’avoir un train comme Mark Cavendish, André Greipel ou Marcel Kittel

Observer Sagan dans un sprint sur le Tour de France (et même en général) revient à observer un prédateur : tapi dans l’ombre, il analyse les déplacements pour finalement se glisser derrière ses proies, et bondit au dernier moment. La technique est rodée, la réalisation toujours de qualité même si elle n’est pas forcément parfaite. L’inconnue de la victoire, mais l’assurance d’un résultat.

53 % de Top 10 sur le Tour

Le Tour 2019 en est une énième illustration : Sagan n’est sorti du Top 10 que lors du contre-la-montre par équipe (12e), de l’étape de montagne de la Planche des Belles Filles (128e) et dans une 9e étape gagnée par les échappés (171e). Les six autres : 2, 5, 4, 1, 3, 5. Que des Top 10 et même que des Top 5. Est-ce alors réellement surprenant de le voir empiler les maillots verts sans réellement forcer ? Sagan a fait fructifier son instinct du placement et son agilité issue du VTT pour se créer deux qualités : le placement et la régularité. 

Une régularité qu’on peut même étendre à tous les profils d’étapes, tant sa polyvalence lui permet de passer partout. Un chiffre : 53. Peter Sagan a terminé dans le Top 10 de 53 % des étapes qu’il a disputé sur le Tour de France depuis son premier, en 2012. Étapes de montagne et de contre-la-montre comprises. Soit 73 Top 10 sur 138 étapes disputées. C’est démentiel. 

Recordman de top 10 dès 2023 ?

A titre de comparaison, Sagan est pour l’instant 22e au classement du nombre de Top 10 dans l’histoire du Tour. Si l’on excepte les coureurs d’avant-guerre - une période cycliste différente - il se classe 14e. Kelly (120), Zabel (110), Merckx (106), Zoetemelk (102), Ockers (102), Jansse (98), Karstens (93), Darrigade (92), Poulidor (89), Hushovd (79), Van Impe (78), Hinault (77) et McEwen (76) le précèdent. 

Parmi eux, Kelly, Zabel, Hushovd et McEwen ont le profil le plus similaire à Sagan. Mais lui a atteint ce total à 29 ans, au cours de son 8e Tour. Sean Kelly a atteint ce total en 14 Grandes Boucles. S’il continue sur ce rythme, Sagan l’aura dépassé au terme du Tour 2023, une échéance pas si lointaine. Il aura seulement 33 ans. 

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