Reportage Tour de France 2021 : la caravane prête pour son grand retour

Réduite de moitié en 2020, la caravane publicitaire a soigneusement préparé son grand retour sur le Tour.

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De notre envoyé spécial - Adrien Hemard - franceinfo: sport
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 7 min.
La caravane Vittel attend le départ sur le parking de Brest Expo, le 25 juin 2021. (AH)

Depuis 94 ans, la star du Tour aux yeux du grand public, c’est elle : la caravane publicitaire. Après un Tour de France 2020 maigrichon avec un cortège réduit de moitié, la caravane fait son retour sur la Grande Boucle dès ce samedi au départ de Brest. Et quel retour ! Pendant trois semaines, une trentaine de marques vont parader dans 150 véhicules plus ou moins fantaisistes avec 12 millions de goodies à la clé (tous recyclables), dans un défilé long de de 10 km qui embarque 650 personnes dont 480 caravaniers. Bref, un véritable village itinérant, qui nécessite une organisation millimétrée débutée bien en amont du Tour, et qui s’est accélérée ces derniers jours à Brest et dans ses environs.

Galette-saucisse, 2CV et congés

Jeudi matin, il flotte comme un air de colonie de vacances au centre Gorre Menez qui surplombe le bras de l’Elorn, prêt à se jeter dans la rade de Brest. Le ciel est nuageux, les cris des oiseaux plongent la forêt dans une douceur seulement brisée par quelques éclats de rire des équipes de la caravane Cochonou. "On est arrivé mercredi soir, on a fait connaissance avec les nouveaux devant Portugal-France", raconte Damien Conseil, grand enfant de 46 ans qui pointe à 16 Tour de France, tous dans la caravane du célèbre saucisson. A ses côtés, Salomé, 27 ans, en est à son huitième. Elle ajoute : "On a eu un petit buffet et surtout : on a mangé une galette saucisse devant un concert de musique bretonne." Le cadre est posé, le ton est donné.

Au lendemain de cette première soirée d’acclimatation, place aux choses sérieuses. "Avant le départ samedi, on a beaucoup de réunions, des formations sécurité, des tests… On doit aussi prendre en charge nos véhicules respectifs, tout vérifier avec les mécaniciens”, détaille Damien, conducteur attitré de la 2CV limousine réservée aux VIP. Pour les distributeurs de goodies, il faut réviser les chorégraphies, vérifier les harnais de sécurité, recevoir les consignes…" Il y a beaucoup à faire parce qu’avant d’arriver ici, on a juste eu à s’occuper de nos valises. Maintenant, il faut se mettre au niveau et vite", sourit Salomé, dont le vernis est déjà prêt.

Salomé, caravnière jusqu'au bout des ongles. (AH)

"Le plus important, c’est d’arriver avec le plein de sommeil, parce qu’on part pour trois semaines de route, 6h par jour, debout, sans un instant de répit"

Damien Conseil

à franceinfo

Tout sauf des vacances donc, même si les caravaniers voient du pays et que la plupart doivent poser des congés pour être de la partie. "Tant que le patron nous laisse partir un mois et qu’on en garde un peu pour Noël ça va", positive Damien, agent territorial en Dordogne le reste de l’année. "On ne va pas se plaindre, il y a tellement de concurrence pour intégrer la caravane ! On est que vingt-quatre chez Cochonou pour des centaines de candidats", relativise Salomé qui, comme tous les "anciens", a été reconduite pour cette année avant le processus de recrutement via les agences spécialisées. Cette année, sept nouveaux venus complètent l’équipe Cochonou.

"Une bonne caravane, c’est comme une liste des Bleus : il faut une bonne ambiance car on vit trois semaines ensemble, d’où l’importance de s'appuyer sur un noyau dur "

Salomé Desaigues

à franceinfo

Mécénat, ou l'art de voyager léger

A quelques kilomètres en contrebas, la caravane Mécénat Chirurgie Cardiaque, déjà sur le pont au parc des expositions de Brest, n’a pas ces problèmes. Avec 8 caravaniers pour 4 véhicules, l’association n'a pas la célébrité de Cochonou, mais mieux : elle réussit la prouesse de partir sur les routes sans dépenser d’argent, ou presque. Logique, puisque son but est d’en lever pour financer ses engagements le reste de l’année. "Les autres sponsors du Tour nous aident. Skoda nous prête des voitures, Leclerc organise une action pour nous sur les Villages Départ, Domitys aussi. On distribue des goodies de plusieurs marques. Par exemple on a 125 000 sachets de bonbons Haribo", détaille Colomba Chetochine, cheffe de caravane chez Mécenat.

"Être cheffe de caravane, c’est tout gérer du recrutement à la recherche d'hébergement, les véhicules, la recherche de goodies, toute l’organisation en amont. Et ensuite gérer sur le Tour, pendant trois semaines."

Colomba Chetochine

à franceinfo

Pour rester dans les clous et dépenser le moins possible, les équipes de Mécennat Chirurgie Cardiaque dorment même chez l’habitant : "On active notre réseau de bénévoles dès que le parcours est dévoilé, et on y arrive. C’est parfois compliqué de trouver un logement unique pour les 8 membres de l’équipe, mais on arrive toujours à rester proches", détaille Colomba, qui dresse le portrait robot du bon caravanier : "Il faut avoir une bonne attitude, être souriant, sociable, et savoir gérer la pression. On aime bien les profils sportifs, parce que la caravane c’est de l’endurance, mais on n’impose pas de programme d’entraînement à suivre non plus (rires)".

Une fois l’équipe constituée, rendez-vous a été donné à trois jours du départ à Brest pour les derniers préparatifs, et le protocole sanitaire, covid oblige. "La seule différence c’est qu’on a prévu des masques et des gels en plus des goodies. Et puis on fait des tests PCR réguliers, comme les coureurs. Dans notre cas, on en demande aussi aux gens qui nous hébergent", développe Colomba, tandis que quelques klaxons mythiques du Tour résonnent dans le Brest Expo, lieu de vie du Tour avant le départ. Et pour cause, derrière le grand rideau, on procède aux dernières vérifications mécaniques en marge du Safety Center.

Pauses techniques, tri sélectif et garde républicaine

Au milieu des outils métalliques qui s’entrechoquent dans le grand hangar du parc des expos, des caravaniers slaloment ballon de basket en main, entre quelques plots, sur un stand Continental. "Bienvenue au Safety Center", accueille Mikael Aladenise, responsable produit et technique du fabricant de pneus. Il précise : "L’ensemble des participants au Tour de France passent ici pour recevoir des formations liées à la prévention de risque, nous, on sensibilise sur les pneumatiques et le freinage, notamment via ces ballons de baskets gonflés, et sous-gonflés, pour illustrer les risques". De l’autre côté de la porte, on apprend les gestes de premiers secours, ou encore le maniement d’un extincteur. Des ateliers ludiques qui viennent compléter l'éventail de réunions obligatoires sur les risques routiers, sanitaires ou médicaux.

Formation au maniement d'un extincteur pour les caravaniers avant le départ du Tour de France à Brest, le 24 juin 2021. (AH)

Et puis arrive le moment fort de ces deux jours de préparation, le vendredi après-midi, sur les coups de 16 heures. Un à un, tous les caravaniers du Tour redonnent vie aux tribunes de la Brest Arena à l’occasion de la traditionnelle réunion d’avant-départ de la caravane. "Merde, on est en rouge, comme tout le monde, on va jamais retrouver les nôtres", s’inquiètent deux amis à la vue des tribunes où prennent place les équipes. Au menu : un rappel de toutes les règles, du dispositif et des risques, notamment via un powerpoint pas avare en jeux de mots de qualité sur le monde d’Astérix, histoire de capter l'attention. (Les irréductibles étant ici caravaniers, et non pas gaulois). Le tout dans une ambiance bien plus chaude que la météo toute bretonne à l’extérieur, confirmant que la caravane est bien de retour sur cette Grande Boucle 2021.

Contrôle d’alcoolémie ou stupéfiants inopinés, dispositif policier, mesures sanitaires; conseils d’ergonomie en voiture, tri sélectif, goodies recyclables ou encore comment bien négocier une pause pipi, dites "pause technique", tous les thèmes sont repris un par un par les différents responsables d’ASO, ainsi que la sanction, unique, à savoir la "BTM" pour "Bagage, Train, Maison". Joyeux mais studieux, les caravaniers écoutent, sans broncher, sans jamais perdre leur enthousiasme.

"Le sérieux passe par le recrutement assez sélectif. On est là pour prendre beaucoup de plaisir, c’est une aventure humaine incroyable, mais ça reste un travail avec des responsabilités"

Valentin Bastard

à franceinfo

Du haut de ses 8 Tour, dont 4 en tant que chef de caravane Krys, le Tourangeau Valentin Bastard salue ces journées de formations parfois fastidieuses, mais indispensables à ses yeux : “En tant que responsable, ça me rassure que mon équipe soit bien briefée comme ça. Ensuite mon rôle c’est de vérifier que tout soit bien appliqué, que toutes les conditions soient réunies pendant un mois”, développe ce régisseur en événementiel qui travaille sur ce Tour depuis la mi-juin environ, "Et même toute l’année, puisque là on prépare déjà celui de 2022."

Avant le départ, tous les véhicules de la caravane sont lavés plusieurs fois, soigneusement. (AH)

Mais avant le départ de Copenhague en juin prochain, il y a celui de Brest ce samedi, où ses équipes planchent depuis le début de la semaine. "On a fait tout le travail de l’ombre, invisible mais capital, de la préparation des véhicules, goodies et conducteurs à ces ateliers, maintenant on est prêt", affirme-t-il vendredi en début de soirée, après une ultime réunion. "Et n’oubliez pas de vous reposer, ne commencez pas à accumuler de la fatigue avant le départ", lance au loin une responsable d’ASO. Un conseil avisé puisqu'après trois jours de préparation soutenue, le long marathon de trois semaines sur les routes du Tour commence.

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