La tension monte à Port-au-Prince, les habitants fuient

Alors que l'aide internationale arrive en désordre sur Port-au-Prince, des milliers de sinistrés tentent de fuir la capitale, de peur des répliques et des pillages. Mais ce début d'exode est ralenti par l'état des routes et des transports.

(Radio France © France Info)

Près de quatre jours après le tremblement de terre qui a peut-être fait 50.000 morts en Haïti, plusieurs milliers d'habitants de Port-au-Prince ont tenté de prendre la route de l'exode : “Les rues sentent la mort. Nous ne recevons aucune aide et nos enfants ne peuvent vivre comme des animaux”, lance Talulum Saint Fils, cherchant à fuir la capitale avec son mari et leurs quatre enfants. “N'importe où, pourvu que ce soit loin de la ville”, répète-t-elle.

ATMOSPHERE DE VIOLENCE

L'atmosphère de la capitale haïtienne, malgré les patrouilles de police et soldats de l'ONU, bientôt secondés par 10.000 soldats américains qui doivent être déployés d'ici quelques jours, est en effet marquée par la violence. Les rues de la capitale sont le théâtres d'affrontements. Aujourd'hui, un millier de rescapés armés de couteaux ou de marteaux se sont battus dans les décombres des maisons. Les pillages, sporadiques depuis la catastrophe semblent s'accélérer, sans que les forces de l'ordre ne soient toujours en mesure d'intervenir. les pillards prennent ce qu'ils trouvent : vêtements, jouets, sacs etc. La police haïtienne a interpellé une cinquantaine de “semeurs de troubles”, sans parvenir à juguler le phénomène.

La tension monte dans une ville où la terre continue à trembler. Une réplique de magnitude 4,5 sur l'échelle de Richter a interrompu brièvement les opérations de secours aujourd'hui. Les survivants vivent toujours dehors, de crainte de voir les bâtiments encore debout s'effondrer.

L'EXODE S'AMPLIFIE

Les habitants tentent de fuir à pied où par les rares transports, laissant vides les quartiers les plus dévastés. Ils tentent de trouver refuge et hospitalité dans des régions moins touchées. Encore faut-il pouvoir partir. Le prix des billets de bus s'est envolé, et encore, l'état des routes ne permet pas toujours de passer, quand ce n'est pas la colère des sinistrés qui bloque la circulation. Une barricade de débris et de cadavres a par exemple été élevée et incendiée à une sortie de Port-au-Prince. Les manifestants demandaient que les corps soient enlevés d'urgence.

Selon des chiffres relayés par l'ONU, 15.000 morts auraient été enterrés dans des fosses communes. Mais le bilan oscille entre 50.000 et 200.000 morts, selon des sources américaines. De nombreux corps restent coincés dans les décombres. 1,5 millions de personnes seraient sans abris et 250.000 sont blessés.

LE DESORDRE DE L'AIDE

L'odeur des corps en décomposition ne parvient pas à chasser la faim qui tenaille les Port-au-Princiens. L'aide internationale afflue en désordre et les difficultés logistiques retardent l'installation de points de distribution sécurisés. Elles se font souvent à la volée, depuis des bus, voire depuis des hélicoptères américains venus du porte-avion Carl Vinson. Des distributions qui donnent lieu à des bousculades géantes, et de nouvelles violences.