ENTRETIEN. Elia Viviani : "Qu'importe la course, je veux gagner à nouveau"

Après une première saison frustrante avec Cofidis achevée sans victoire, Elia Viviani veut remettre la machine en marche en 2021. Le sprinteur italien a été contrarié par une arythmie cardiaque en janvier mais se sent dans une dynamique plus positive qu'en 2020. Avant Milan-San Remo, la course de ses rêves, Viviani se frotte cette semaine à Tirreno-Adriatico.

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France Télévisions
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Pour sa 2e saison sous les couleurs de Cofidis, Elia Viviani veut à tout prix retrouver la victoire, et ce dès Tirreno-Adriatico, du 10 au 16 mars 2021. (LUCA BETTINI / AFP)

Vainqueur d'étape sur les trois Grands Tours, champion d'Europe en 2019 et même champion olympique sur piste de l'omnium en 2016, Elia Viviani est un des coureurs les plus victorieux depuis 2010 et ses débuts chez les pros avec Liquigas. En 2020, le sprinteur italien a vécu une première saison très compliquée chez Cofidis (aucune victoire), ponctuée de chutes et de résultats loin de ses standards.

Engagé dans sa deuxième année avec la formation française, Viviani veut enfin gagner sous ses nouvelles couleurs. À 32 ans, pas question de lui parler de déclin. Placé mais pas gagnant sur l'UAE Tour (trois tops 5 dont une deuxième place), l'Italien est sur Tirreno-Adriatico avant d'attaquer le 20 mars Milan-San Remo, où il rêve de lever les bras.

Dans un communiqué de votre équipe, vous vous êtes dit "surpris" de votre état de forme en début de saison, à peine deux mois après une opération du coeur (pour soigner une arythmie cardiaque)...
Elia Viviani
: "Oui, ça va bien. Ma forme sur l'UAE Tour m'a surpris. L'opération m'a arrêté 12 jours. On a l'impression que finalement ce n'était rien mais c'est beaucoup, surtout en début de saison dans la phase de préparation. De voir que la forme est bonne malgré cette interruption, c'est ça qui me surprend. Mais j'avais vraiment bien travaillé en stage et à la maison. Mon hiver était bon juste avant ça. Les sensations sont bonnes en sprint. L'équipe est confiante autour de moi, c'est important et ça nous a manqué l'année dernière. Maintenant on doit se concentrer sur les résultats."

"Je n'y pense plus quand je suis sur le vélo"

Elia Viviani

à France info

Vous étiez inquiet au moment du diagnostic de cette arythmie cardiaque ?
EV :
"Je l'étais parce que vous ne savez pas forcément ce que c'est au départ, mais on a réglé ce problème très rapidement et je suis revenu très vite sur le vélo. Maintenant je me sens plutôt bien. À l'hôpital, le médecin m'a dit de ne pas m'inquiéter, que c'était quelque chose qu'on pouvait réparer. Alors bien sûr, avant la première étape du Tour des Émirats arabes unis je n'étais pas sûr de tout. Mais maintenant j'ai une course dans les jambes et je n'y pense plus quand je suis sur le vélo. J'ai un boîtier à l'intérieur qui permet au docteur de me suivre à distance, notamment pendant la nuit. Ça me permet de rester serein."

Ça n'a pas chamboulé vos objectifs pour la saison 2021 ?
EV
: "L'idée c'est de revenir à mon niveau habituel, donc de gagner des courses et surtout d'être régulier toute la saison. Je ne veux pas être uniquement bon quelques fois et connaître des hauts et des bas. Mon calendrier est peut-être plein (Tirreno, Milan-San Remo, Giro, JO entre autres), mais il est plein de grandes courses. Et à l'heure actuelle, qu'importe la course, je veux gagner à nouveau. Sur Tirreno-Adriatico, toute l'équipe a été construite autour de moi pour les sprints. Cela prouve la confiance que me porte l'équipe et cela me donne beaucoup de responsabilités. C'est ce que je veux."

Votre participation à Tirreno-Adriatico n'est pas anodine, il y a bien sûr Milan-San Remo en vue juste derrière...
EV
: "C'est clair. J'ai besoin d'emmagasiner de la confiance sur Tirreno pour faire mieux sur Milan-San Remo que les dernières fois (65e en 2019, 39e en 2020). Mais, je ne veux pas me tuer en pensant constamment à San Remo. C'est la course de mes rêves, je veux la gagner au moins une fois, mais je dois prendre les choses plus calmement que ces dernières années. Il ne faut pas que je me mette trop de pression, ni à l'équipe. Je m'y rendrai avec l'idée de faire de mon mieux. Et comme je l'ai dit, le premier but de ma saison c'est de retrouver la victoire, qu'importe la course. Avant de réaliser mon rêve, je dois déjà gagner à nouveau."

Que représente Milan-San Remo quand on est un sprinteur et quand on est Italien ?
EV
: "C'est le seul Monument qu'un sprinteur peut gagner. Le tracé est moins dur que les quatre autres, même s'il n'est pas pour autant facile. Et quand on est italien, forcément on veut gagner Milan-San Remo. En Italie, on parle souvent des victoires d'étapes sur le Giro, mais gagner à San Remo c'est encore au-dessus. C'est une course d'un jour, la plus importante du début de saison. Surtout, n'importe quel type de coureur peut s'y imposer. On a l'a vu avec Vincenzo Nibali en 2018 par exemple. Au départ, beaucoup de coureurs espèrent être les premiers sur la Via Roma. Ça rend la course vraiment spéciale."

Aucune des quatre dernières éditions de la course n'a été remportée par un pur sprinteur, ça devient de plus en plus compliqué pour les coureurs de votre profil...
EV
: "C'est clair que la tendance et les statistiques ne sont pas en faveur des sprints massifs ces derniers temps. On est passé proche quand Nibali a gagné, mais maintenant il y a toujours deux ou trois coureurs devant qui font la différence dans le Poggio (la dernière difficulté avant l'arrivée) et le sprint n'est maintenant réservé que pour les places d'honneur. Je pense qu'on a besoin d'une équipe très bien organisée capable de contrôler le Poggio parce qu'on a vu que si un coureur prend plus de 10 secondes d'avance dedans, c'est sûr qu'il tiendra jusqu'à la ligne d'arrivée. Je n'ai pas peur du Poggio, mais c'est évident que c'est le point chaud où tout le monde attaque au moment où je veux rester dans le peloton. Au moins, je sais à quel moment précis je dois me placer dans le jeu et essayer de m'accrocher."

"Aujourd'hui la considération est de plus en plus accordée aux grimpeurs"

Elia Viviani

à France info

Est-ce que vous avez l'impression que dans le World Tour, les occasions se font de plus en plus rares pour les purs sprinteurs dont vous faites partie ?
EV
: "Oui, totalement. Après, il n'y a plus vraiment de purs sprinteurs dans le peloton. Honnêtement, tout le monde doit être capable de tenir dans les ascensions et de survivre aux étapes difficiles. Il faut dire qu'on considère aujourd'hui que certaines étapes avec plus de 2000 mètres de dénivelé sont des étapes de sprint. J'ai vu ce changement ces dernières années, encore plus récemment. Je comprends que les organisateurs des courses et les téléspectateurs puissent trouver certaines étapes de sprint ennuyantes avant les cinq derniers kilomètres, mais ça fait partie de l'histoire du vélo."

Est-ce que vous sentez un manque de considération à l'égard des sprinteurs ?
EV
: "Aujourd'hui la considération est de plus en plus accordée aux grimpeurs. Peut-être parce que cela participe à plus de spectacle. D'ailleurs je pense pas que les organisateurs souhaitent faire en fonction de tel ou tel type de coureurs, mais il y a cette idée de proposer plus de spectacle télédiffusé. Lors du dernier Giro et du dernier Tour de France, le classement général a été bouleversé par le dernier contre-la-montre. Ça peut devenir une mode de placer systématiquement un chrono pour terminer les Grands Tours. On ne demande pas à ce qu'il y ait plus d'étapes plates mais simplement plus d'opportunités pour nous (les sprinteurs)."

Comment avez-vous vécu la transition entre votre saison 2019 ponctuée de 10 victoires, du maillot de champion d'Europe, et celle de 2020, la première sous les couleurs de Cofidis, la première aussi sans la moindre victoire ? Y a-t-il une anxiété de se dire qu'à 32 ans, il est possible que vous ne reveniez pas à votre niveau d'avant ?
EV
: "J'étais très frustré. C'est difficile de s'adapter à une nouvelle équipe, c'est ça qui a posé quelques problèmes tout au long de la saison. Ma condition n'était probablement pas non plus à 100%. J'ai enchaîné le Tour de France et le Giro sans réussir à améliorer ça. C'était aussi une année étrange mais ça ne peut pas être une excuse. Cette année a déjà mieux commencé, donc on espère être sur la bonne voie. En tout cas, je n'ai pas du tout ce sentiment d'être déjà vieux à 32 ans. J'adore courir, les chiffres sont encore bons. Je dois juste trouver le bon état d'esprit mental et les bons automatismes avec l'équipe pour décrocher de vrais gros résultats."

Propos recueillis la veille de la première étape de Tirreno-Adriatico, remportée par Wout Van Aert, au terme de laquelle Elia Viviani a pris la 20e place, dans le même temps que le vainqueur.

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