Arnaud Démare : "Je suis au début de mes meilleures années"

Arnaud Démare (Groupama-FDJ) aurait dû lancer sa saison 2021 sur le Tour de Valence mercredi, avant qu'il ne soit reporté en dernière minute. Le sprinteur picard reprendra finalement sur le Tour de La Provence le 11 février. Avant le grand départ, il s'est confié à france tv sport sur sa préparation hivernale, sa saison faste et l'année à venir. Entretien.
Article rédigé par
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 6 min.
Arnaud Démare sur le Giro 2020. (FABIO FERRARI / POOL)

Arnaud, votre reprise sur le Tour de Valence a été reportée au Tour de La Provence, comment avez-vous accueilli cette nouvelle ?
Arnaud Démare (Groupama-FDJ) :
"Ça perturbe, on était prêt, on avait fait les intensités qu’il fallait mais on n'a pas d'autre choix que de s’adapter. Je suis contraint à devoir repartir vers de meilleures conditions car à la maison, je ne peux pas m’entraîner correctement. Dimanche dernier il faisait un degré, ce n’était pas terrible. J’espère que Le Tour La Provence (11-14 février) aura lieu sinon, je ne recours que dans un mois avec les courses en Belgique (pour Kuurne-Bruxelles-Kuurne le 28 février). Il faut partir dans l’idée que les courses auront bien lieu parce que sinon on ne sera pas prêt."

Comment s'est passée votre préparation hivernale ? 
AD :
"J'ai fait un stage à Gran Canaria (Canaries) début janvier, j’étais avec ma compagne les sept premiers jours puis Ramon (Sinkeldam), Jacopo (Guarnieri), Miles (Scotson) et Valentin (Madouas) sont venus me rejoindre. J’ai continué sur ce que je sais faire et ce qui me convient. Je connais ma préparation idéale donc j’essaye de la reproduire : aller au chaud, prépa physique, gros entraînements… On sait en tant qu’équipe ce qui me convient, donc je suis confiant et j’ai hâte de voir si en reproduisant les mêmes recettes, on a les mêmes résultats."

Comment vous sentez-vous à l’approche de la reprise ? 
AD :
"Je me sens bien. J’ai fait un bel hiver même si je suis tombé malade au moment de la présentation d’équipe (le 19 janvier). Finalement, c’est bien revenu, j’ai retrouvé de bonnes sensations, je suis prêt. Je suis comme tout le monde inquiet sur ce qui nous attend car on n'a aucun pouvoir là-dessus. On n'a pas le choix d’avancer parce qu’il le faut mais on a peur de se prendre un mur à un moment-donné."

"Le Giro m’a vraiment énormément apporté. J’ai toujours voulu être ce sprinteur qui domine sur un Grand Tour car tous les ans, il y en a un qui sort du lot, et en 2020, sur le Giro, c’était moi." - Arnaud Démare

Vous avez réalisé une année 2020 exceptionnelle et votre statut a encore évolué : comment le gérez-vous ?
AD :
 "Même si ça fait dix ans que je suis pro, j’ai toujours l’impression qu’il faut que je montre ce que je vaux. On est toujours en train de dire qu’il va falloir que je confirme. Ça fait dix ans que je confirme, mais il y a toujours ce mot qui ressort. Malgré tout, dans le sport de haut niveau, tu n’existes que quand tu es en haut donc il faut continuer à être devant. J’ai l’habitude, je m’en sers comme motivation. Chaque année, je remets à zéro, il faut refaire ses preuves. C’est peut-être pour ça que ça marche bien : je ne me repose pas sur mes lauriers, et les saisons un peu moins bonnes, il y a quand même des résultats."

Cette année faste peut-elle vous apporter quelque chose de fondamental dans la durée ?
AD :
 "Le Giro m’a vraiment énormément apporté. J’ai toujours voulu être ce sprinteur qui domine sur un Grand Tour car tous les ans, il y en a un qui sort du lot, et en 2020, sur le Giro, c’était moi. Le fait d’avoir gagné en 2020 sur des parcours accidentés comme en Wallonie devant Philippe Gilbert et Greg Van Avermaet, aux Championnats de France devant Julian Alaphilippe en style puncheur et sur le Giro face à Michael Matthews lors d’une arrivée compliquée, j’ai pris conscience de quelque chose. Je sors du rôle de pur sprinteur. Même si j’avais renforcé le côté explosif,  j’ai aussi gagné en résistance, et c’est parfait pour ces courses qui sortent complètement du rôle de sprinteur."

Sur les classiques flandriennes, toute cette confiance peut vous aider ?
AD :
"Ça ne peut que me donner confiance. En 2020, on devait choisir entre le Giro et les classiques. Cette année, je vais pouvoir retourner sur des flandriennes : Kuurne, Gand-Wevelgem, Roubaix. Vu l’annulation du Circuit de la Sarthe - Pays de la Loire, peut-être que j’irai sur le Tour des Flandres. Sur les Flandres, ça serait sans doute un peu dur face à des extra-terrestres comme Wout van Aert et Mathieu van der Poel, mais sur Roubaix, où le dénivelé est moins important, j’aurai peut-être plus ma chance. J’ai les caractéristiques pour. On va devoir subir et résister à leurs attaques. Avec les jambes que j’avais l’année dernière, il y a moyen d’aller chercher quelque chose de très beau. Mais dire que je peux gagner, non. Ça reste une course, il peut se passer beaucoup de choses."

En 2020, vous avez eu un calendrier très compact. Cette année, ça apparaît beaucoup plus clairsemé. Comment s'y préparer ?
AD :
"Ce n’est pas évident à gérer. On part sur un programme inconnu, on a des trous car on nous enlève des courses. L’année dernière, on avait moins d’interrogations : une fois que c’était parti, on savait que ça allait être très concentré. On était prêt, on avait eu cette frustration de mars à juillet. Là, on part sur un programme normal, donc moins concentré que l’année dernière, et en plus on annule des courses. Si le Tour La Provence est annulée, je ne recoure que dans un mois alors que je suis prêt."

En cas de nouveau confinement, comment pensez-vous le gérer ?
AD :
"J’ai envie que les courses aient lieu, mais bizarrement je serai moins inquiet si on me dit qu’on reprend au mois de mai, plutôt que d’être dans l’attente et le doute. Une course, on se projette toujours plusieurs semaines avant de se faire mal. Quand ça n’a pas lieu, on se démoralise car on était prêt et qu’on s’était mis sous pression. De plus, on a des annulations quelques jours avant. Pour le Tour de Valence, on a su cinq jours avant le départ ! Mais on n’est pas à plaindre, le vélo post-confinement a bien fonctionné en 2020. Il y a eu très peu de cas positifs et aucun cluster, c’est signe que le système est bon."

Vous allez avoir 30 ans cet été, comment abordez-vous cette nouvelle partie de votre carrière ?
AD :
 "Je suis au début de mes meilleures années. Même si j’en ai eu des belles, j’ai compris ce dont j’avais besoin pour performer, ce qui était bon pour moi. Mine de rien, cela prend du temps, certains n’y arrivent jamais. Je crois vraiment aux années qui vont arriver, physiquement je me sens bien et j’ai hâte de voir ce que ça peut donner en course."

"Je ne peux pas dire aujourd’hui que je vais à la chasse au maillot vert. C’est un objectif qui viendra pendant la course." - Arnaud Démare sur le Tour de France 2021

On a l’impression que votre train de sprint est la clé de toute cette réussite...
AD :
 "J’ai énormément confiance en eux, ils font un travail remarquable. Chacun apporte sa personnalité sans qu’un ego soit au-dessus des autres. On est tous bienveillants, mais on peut se dire les choses franchement sans vexer l’autre. Ce groupe est international : on n’a pas la même culture, on se rend compte qu’en France on est bien servi. Quand tu es Lituanien et que tu marches, tu dois faire deux fois plus tes preuves qu’un Français qui gagne une "coursette". Ça fait relativiser."

Vous revenez sur le Tour cette année après deux ans d’absence. Le maillot vert est-il un objectif ?
AD : "Forcément, on y pense. Je ne peux pas dire aujourd’hui que je vais à la chasse au maillot vert. C’est un objectif qui viendra pendant la course. Il faut d’abord gagner une voire deux étapes mais on considère trop souvent que c'est facile d'en gagner. Ensuite, on pourra envisager ce maillot vert. C’est comme ça que j’ai évolué sur le Giro : je sprintais pour rester dans le match mais ce n’était pas mon obsession."

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Cyclisme

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.