All-Star Game : Rudy Gobert snobé par les fans français ? Pourquoi c'est vrai... et pourquoi cela n'explique pas tout

Le pivot français du Utah Jazz Rudy Gobert n'a pas été retenu parmi les titulaires du All-Star Game, le match qui réunit les meilleurs joueurs de la saison NBA à mi-parcours. L'international tricolore avait pointé du doigt dernièrement le manque de soutien du public français, nécessaire alors que les 5 de départ sont choisis en majeure partie par les fans. Si Gobert a raison de s'en émouvoir, cela n'explique pas tout.
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France Télévisions
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Le pivot français du Utah Jazz, Rudy Gobert. (ALEX GOODLETT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

La NBA a officialisé la nuit dernière les 5 de départ du All-Star Game, programmé le 7 mars prochain à Atlanta, à condition que la situation sanitaire le permette. Si les habitués LeBron James, Stephen Curry ou Kevin Durant seront bien titulaires, pas de Rudy Gobert à l'horizon. Le joueur français signe une belle saison (14,2 points, 13,4 rebonds et 2,7 contres de moyenne) avec le Utah Jazz, sa franchise de toujours qui flambe cette saison. Pourtant, les belles performances tant individuelles que collectives n'ont pas suffi à l'ancien Choletais pour se frayer une place parmi les titulaires de la Conférence Ouest. Lui pointe du doigt la faible participation des fans français pour appuyer sa candidature. La réalité est un peu plus complexe que cela.
 

Le constat est implacable. Avant même la publication des votes, Rudy Gobert se savait déjà hors du coup, la faute à un système qui tient autant à la méritocratie qu'au plébiscite. Les titulaires du All-Star Game sont définis à partir des votes de trois groupes : les fans, les médias et les joueurs. Mais ces sources n'ont pas le droit à la même part du gâteau. Le vote populaire compte pour la moitié du scrutin, les voix des journalistes et celles de confrères de Gobert se répartissant à 25% chacune. 

La France premier marché de la NBA en Europe, mais… 

Cette organisation permet aux passionnés de NBA d'avoir droit au chapitre quant au casting sur la piste aux étoiles. Ils en avaient même le contrôle total avant 2017. Le vote des fans était alors seul juge de paix pour les 5 de départ, donnant lieu à quelques élans patriotiques. Le pivot Yao Ming, superstar en Chine, a longtemps bénéficié de l'appui de son peuple durant les années 2000 pour être propulsé chaque année parmi les titulaires (à huit reprises), ce en dépit de blessures qui ont régulièrement plombé sa carrière. Son compatriote Yi Jianlian était passé tout proche d'en faire de même en 2009. Bien moins peuplée avec ses 3,7 millions d'habitants, la Géorgie avait fait d'une mission d'ordre national le vote en faveur de Zaza Pachulia, (très) modeste pivot, passé à 14 000 votes seulement d'être titulaire en 2016. Le président géorgien Guiorgui Margvelachvili, ou la principale banque du pays, la TBC Bank, avaient alors appelé de leurs voix à la mobilisation de toute la population dans cette entreprise.

Alors à quand Emmanuel Macron tweetant "Rudy Gobert #NBAAllStar" ? L'idée a de quoi faire sourire. Elle amuse pourtant peu le principal intéressé. Invité de l'émission Sunday Night Live sur beIN Sports dimanche dernier, Gobert a avancé une explication à son absence parmi les dix ailiers-intérieurs ayant reçu le plus de vote au dernier pointage le 11 février dernier. "Les Français ne me portent pas trop non plus, s'est-il ému. Je ne suis pas déçu, parce que chaque année c'est un peu la même chose. Mais c'est vrai que quand je vois les joueurs qui ont leur pays à fond derrière eux, alors qu'en France les gens préfèrent mettre en valeur les joueurs d'autres pays, c'est dommage."

La France du basket aurait pourtant les moyens de s'imposer dans le débat, possédant le deuxième plus grand nombre de licenciés en sports collectifs de l'Hexagone. Seulement, contrairement à l'Eglise, être pratiquant ne signifie pas forcément être croyant en ses saints nationaux pour la Grand-Messe du basket nord-américain. En son temps pas si lointain, Tony Parker non plus n'avait pas eu le droit à la grâce du public bleu-blanc-rouge, à une époque où les votes du All-Star Game se restreignaient à un formulaire sur le site de la NBA. Mais même l'ouverture au scrutin sur les réseaux sociaux n'ont pas fait de la France une réserve de voix importante. 

Le pays est pourtant le premier marché de la ligue en Europe, comme elle l'a expliqué dans une infographie publiée par NBA Europe le 11 février dernier. Mais si les Français sont de fervents consommateurs de NBA, place forte du marketing sportif mondial, tant par les ventes de maillots qu'en nombre de vues sur Instagram ou Youtube, ils ne sont pas d'aussi ardents acteurs. La France pointe ainsi "seulement" à la quatrième place du continent au nombre d'abonnés au NBA League Pass, la plateforme de diffusion officielle du championnat.

Gobert, gros poisson dans une petite mare 

Rudy Gobert peut souligner le faible engagement de la communauté de la balle orange en France. Mais il est loin d'être la seule explication à son absence parmi les cinq joueurs retenus pour débuter le All-Star Game. Le dossier du joueur tricolore est certes pertinent, mais il subit de nombreux éléments en sa défaveur. Et pour lesquels le joueur n'y est majoritairement pas pour grand-chose.

Si "Gobzilla" brille sur les parquets, c'est par son impact défensif très au-dessus de la moyenne. Le genre de profil nécessaire pour une formation mais rarement spectaculaire. Gobert fait gagner, mais n'est pas sexy, et ne présente pas des statistiques aussi ronflantes que d'autres stars de la ligue. "Il est énorme tous les soirs, a résumé son coéquipier Joe Ingles jeudi 18 février après la victoire du Jazz sur les Clippers, avec un match XXL du Français (23 points, 20 rebonds). Ça ressort plus quand il fait 20 et 20, mais on sait ce qu’il fait pour nous tous les soirs. Il a fait des matches où il n’était pas à 10 points mais où son impact défensif était colossal. Il nous met en valeur de par son jeu. Ça fait des années que je passe pour un bon défenseur grâce à lui."

Gobert est à l'image d'Utah, autant que la réciproque est vraie. Le Jazz est porté par ses valeurs collectives et défensives plutôt que par son sens du show. Utah pâtit également comme de nombreuses autres franchises de sa situation d'agglomération de seconde zone en comparaison des mastodontes Los Angeles, San Francisco, ou Houston. "Bien sûr, on sait que c'est une question de marketing : à Utah on est un petit marché" acquiesce Rudy Gobert. Pour le double médaillé de bronze mondial avec les Bleus, le problème ne s'arrête donc pas aux frontières hexagonales. A l'échelle des Etats-Unis, l'impact commercial de Salt Lake City, ville où est implanté le Jazz, est dérisoire. Pas étonnant alors de le voir derrière des joueurs blessés comme Christian Wood (Houston Rockets) ou moyens cette saison tel Andrew Wiggins (Golden State Warriors), qui ont obtenu plus du double de suffrages. Gobert est au même niveau de voix que Klay Thompson (Warriors), absent toute la saison sur blessure, ou Alex Caruso, coqueluche des réseaux sociaux mais joueur de rotation aux Los Angeles Lakers.

L'intérieur français est une star discrète tant par ses chiffres que par son image. Outre son jeu, Gobert paie une personnalité contrastée de l'autre côté de l'Atlantique. Le géant tricolore n'est que peu enclin à attirer la lumière, n'inonde pas les réseaux sociaux de sa présence, ne marque pas l'opinion pour ses tenues délirantes. En revanche, son nom est revenu dans plusieurs polémiques ces derniers mois. 

Testé positif au coronavirus, Gobert avait lancé la cascade de dominos qui avait entraîné la longue pause de la NBA. Le joueur avait alors été ouvertement critiqué pour avoir pris la pandémie à la légère, touchant tous les micros autour de lui lors d'une conférence de presse quelques jours avant son infection. Dernièrement, son nouveau contrat à hauteur de 205 millions de dollars signé en décembre 2020 lui avait valu les taquineries de Shaquille O'Neal, ancienne gloire de la ligue devenu pitre populaire comme consultant TV, et qui s'amusait de la somme rondelette eu égard à la production du Français. Une guéguerre de punchlines que le joueur a soigneusement évitée. 

Que Gobert et ses partisans se rassurent toutefois, le pivot français devrait bien être de la partie malgré tout à Atlanta. Comme la saison dernière, le Français a de très fortes chances d'être retenu par les entraîneurs parmi les remplaçants de la rencontre. S'il n'a terminé qu'avec le 12e total de voix des fans, ses pairs (7e total) mais surtout les médias (4e total) ont su reconnaître son bon début de saison. Les résultats éclatants du Jazz, meilleur bilan de la NBA et vainqueur de 20 de ses 21 derniers matches, plaident également en sa faveur. De quoi faire oublier un peu la bouderie du public bleu-blanc-rouge.

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