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Les pilotes de F1 sont-ils dopés ?

Des contrôles antidopage inopinés ont tiré du lit trois pilotes, dont Fernando Alonso, la semaine passée. Alors que le Grand Prix d'Australie a lieu ce matin, les coureurs de F1 sont-ils devenus des cyclistes comme les autres ?

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France Télévisions
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Le départ du Grand Prix d'Europe, à Valence (Espagne), le 24 juin 2012.  (KAI FORSTERLING / EFE / SIPA)

"Contrôle antidopage tôt ce matin. Devoir soudainement faire pipi chez vous devient difficile quand quelqu’un regarde par-dessus vos épaules !" Le pilote de l'écurie Toro Rosso Daniel Ricciardo a été tiré du lit à 6h40, mardi 5 mars, par un contrôleur antidopage et a tweeté son mécontentement. Deux autres pilotes, dont Fernando Alonso, y sont allés de leur gazouillis indigné. Car la lutte antidopage, instaurée en 2010, n'est pas dans l'ADN de la F1. Et pourtant... 

Se doper en F1, à quoi ça sert ?

Officiellement, le dopage n'existe pas en F1. Plusieurs médecins de la Fédération internationale de l'automobile (FIA) sont montés au créneau pour défendre cette idée. Dans Le Parisien, en 2008, Jacques Tropenat estime que "dans notre sport, le seul muscle à doper serait le cerveau". En 2012, dans une interview au site ESPN F1 (en anglais), Jean-Charles Piette explique que chaque pilote subira une ou deux fois par an un test urinaire. Mais pas plus, "car les coureurs trouvent ça ennuyeux. Parfois, ils doivent attendre une ou deux heures avant d'uriner en quantité nécessaire. Ils préféreraient être avec leurs ingénieurs, à analyser les données de la voiture..."

Et pourtant, il existe des produits qui améliorent la concentration, les bêtabloquants, spécifiquement interdits en F1 (PDF p. 4), et d'autres la musculature (les stéroïdes anabolisants). Même si le pilote de F1 reste dans le baquet de sa monoplace, les muscles de son cou sont mis à rude épreuve, surtout dans les virages. "Bêtabloquants et stéroïdes anabolisants sont détectables dans l'urine des sportifs, affirme Gérard Dine, spécialiste du dopage, contacté par francetv info. Des pilotes les ont utilisés jusqu'au début des contrôles, alors que dans les sports de tir de haut niveau, bien plus contrôlés, on ne s'en sert plus depuis des années."

Existe-t-il alors des produits indécelables ? Gérard Dine évoque des produits agissant sur les neuromédiateurs du cerveau, utilisés par l'armée pour permettre à un individu de rester au top pendant plusieurs jours. Un pilote de F1 a aussi obligation de maintenir sa masse grasse au plus bas taux possible : il existe des produits illicites pour cela.

"Montrer qu'on lutte, mais n'attraper personne"

Aucun pilote de F1 n'a été contrôlé positif. Tout juste a-t-on retrouvé de la cocaïne dans un hôtel lors du week-end du Grand Prix d'Australie 2007. Un pilote de GP2 a été contrôlé positif au cannabis, quelques autres soupçonnés dans les catégories inférieures. Mark Webber, pilote Red Bull, réclame plus de contrôles, mais paraît bien seul. Le dopage n'est pas un souci sur les paddocks. "On n'en est qu'aux balbutiements, fustige le docteur Jean-Pierre de Mondenard, contacté par francetv info. C'est ce qu'on faisait dans le cyclisme dans les années 1960 ! Tout ça, c'est pour préserver l'image propre de ce sport. Il faut montrer qu'on lutte, mais qu'on n'attrape personne."

Joint par francetv info, Patrick Tambay, qui a couru chez McLaren et Ferrari dans les années 1980, mesure le chemin parcouru : "A mon époque, les contrôles se faisaient de manière volontaire. J'y ai participé à chaque fois, car je roulais à l'eau claire. Pas d'autres... Des résultats n'auraient peut-être pas été entérinés s'il y avait eu des contrôles poussés à mon époque."

Caféine, jaune d'œuf et rails de coke

Le sport auto figure en pointe du dopage artisanal tout au long du XXe siècle. Dès 1928, un pilote allemand expérimente un mélange de caféine, d'épices et de jaune d'œuf pour carburer, sur le circuit du Nürburgring. En 1955, le pilote de F1 Nino Farina s'injecte de la morphine avant les courses. Et quand le coureur cycliste Raphaël Géminiani participe au rallye de Monte-Carlo dans les années 1960, "il déclare avoir vu en un week-end autant de produits dopants qu'en cinq ans de cyclisme", rappelle Jean-Pierre de Mondenard. Dans les années 1980, c'est la cocaïne qui est au centre des débats. Le magazine spécialisé italien Auto Sprint affiche en couverture la photo d'un pilote sniffant un rail de cocaïne sur son casque.  

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Alain Prost s'en fait l'écho, dans une interview à Playboy, en 1988 : "Je ne sais pas, moi, si le dopage n'existe pas. Il y a eu des doutes émis l'année dernière au sujet de certains pilotes. Et cela, uniquement lors des essais qualificatifs. Ils auraient pris quelque chose qui fait de l'effet sur une période très courte, pour, par exemple, faire un bon temps sur un tour." 

"Je n'ai jamais eu connaissance de ce genre de produits, affirme Jean-Pierre Jabouille, pilote dans les années 1970, contacté par francetv info. Qu'il y ait des pilotes qui ont fumé un joint hors des périodes de courses, oui. Mais à mon époque, la moindre petite faute sur la piste pouvait avoir des conséquences gravissimes. Il fallait toujours rester à 100%, dans les limites. Même James Hunt [pilote anglais célèbre pour ses conquêtes féminines, sa consommation de drogues et d'alcool, ainsi que pour son titre de champion du monde en 1976] ne montait pas bourré dans sa voiture." Idem pour Jacques Laffite, qui explique à francetv info n'en "avoir jamais eu connaissance" et "ne pas voir l'intérêt". 

On l'oublierait presque, mais en F1, les déclassements viennent souvent de la mécanique. "Il y a beaucoup plus de problèmes vis-à-vis des voitures et du règlement", rappelle Jacques Laffite. Une suspension trop longue d'un millimètre, une voiture trop légère à l'arrivée, et la sanction tombe. "Et ça, ce n'est pas du dopage", conclut-il.

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