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Au Grand Prix d'Austin, choc des cultures garanti sur le circuit

La Formule 1 aux Etats-Unis, c'est une longue histoire de rendez-vous manqués. Rien ne dit que le nouveau Grand Prix d'Austin, qui a lieu aujourd'hui, sera un succès.

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France Télévisions
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Un technicien du Grand Prix des Etats-Unis met la dernière main à la ligne d'arrivée, le 14 novembre 2012 à Austin (Texas).  (RODOLFO GONZALEZ /SIPA )

FORMULE 1 – La Formule 1 aux Etats-Unis, c'est une histoire qui s'inscrit en pointillés. Les bolides ont fait hurler leurs moteurs à Sebring, Riverside, Phoenix, Dallas, Detroit, sur le parking d'un casino à Las Vegas, sur le circuit mythique des 500 miles d'Indianapolis, sans jamais percer dans le cœur du public américain. Mais, promis-juré-craché, le Grand Prix d'Austin (Texas), dimanche 18 novembre, va dépasser toutes les espérances et relancer le business de Bernie Ecclestone outre-Atlantique. Ou pas.

Le public américain, enthousiaste en apparence

Toutes les places pour la course ont trouvé preneur. Mais avoir 100 000 spectateurs ne garantit absolument pas que la course sera rentable. Le promoteur Bobby Epstein a fait ses comptes, et les détaille au site spécialisé Racer.com (lien en anglais) : "Si chacun des 75 000 spectateurs dépense 3 000 dollars pour un séjour de quatre ou cinq jours, ça fait déjà 225 millions de dollars de chiffre d'affaires… Trois mille dollars par personne, ce n'est rien ! Nous saurons que nous aurons réussi si le visiteur de cette année revient l'année prochaine. Et nous lui aurons vraiment tapé dans l'œil s'il amène un ami avec lui en 2013."

Un objectif irréaliste ? Des milliers de touristes déferlent sur Austin, jusque-là connue pour ses festivals de musique et comme fief de Lance Armstrong. D'après BusinessF1.com, les spectateurs viennent des cinquante Etats américains et de trente-sept pays différents. Beaucoup d'hôtels affichent complet, les sites de bons plans conseillant de se rabattre sur des camps de chasseurs ou de pêcheurs pour trouver un logement à un prix décent. A San Antonio, la grande ville voisine, on se frotte les mains. Pas étonnant qu'un entrepreneur propose carrément des liaisons entre le circuit et le centre-ville d'Austin en hélicoptère pour 500 dollars les dix minutes : "Le public de la F1 peut se le permettre", explique Randy Riggs, l'entrepreneur, dans le Texas Tribune (lien en anglais).

La Formule 1, ce sport d'une autre planète

La F1 n'a jamais percé aux Etats-Unis, malgré le fait que le premier Grand Prix s'y est couru en 1908. Encore aujourd'hui, il n'y a pas d'équipe américaine, ni de pilote américain. La tenue d'un Grand Prix à Austin répond à une logique commerciale pour les sponsors des équipes. Pas à une demande du public.

Le spectateur américain, texan en particulier, est habitué au Nascar, le type de sport automobile le plus populaire aux Etats-Unis. Son public et celui de la F1 n'ont absolument rien en commun. "Aller voir une course de Nascar coûte 20 dollars, explique à francetv info Arnaud Rémy, du site us-racing.comLes gens y vont en famille, pendant trois jours, et ne font pas que passer leur temps à regarder les voitures. Autour du circuit, chaque sponsor a un stand, où il y a des animations et où on distribue des cadeaux. Ce sont des sponsors de la vie quotidienne, l'équivalent de Conforama et la Fnac en France, alors qu'en F1 c'est plus des banques ou des marques de montres. D'ailleurs, en F1, on reste assis sur son siège, car on a payé sa place très cher !" 

Le journal d'Austin, The Statesman (lien en anglais), propose à ses lecteurs un guide de survie humoristique pour les préparer à l'arrivée des cols blancs fans de F1 : "N'oubliez pas que la F1 est comme le football, les mariages arrangés et la nourriture à base de chien. Beaucoup d'Américains s'en moquent, mais c'est très important à l'étranger." Autre guide de survie, celui du site Jalopnik (lien en anglais) : "Regarder la F1 est une expérience très différente de regarder un autre sport mécanique. Ça va plus vite, c'est plus technique et, pour le non-initié, c'est beaucoup plus ennuyeux."


Vue aérienne du circuit des Amériques, à Austin (Texas), le 15 novembre 2012.  (ALBERT MARTENEZ / SIPA)

Les supporters mexicains à la rescousse

Face à la tiédeur du public américain, les organisateurs comptent beaucoup sur les passionnés venus du Mexique tout proche. Les aéroports de la région ont renforcé les vols venant de ce pays, 30 000 spectateurs mexicains sont attendus pour acclamer leur pilote, Sergio Perez. Au volant d'une modeste Sauber, il multiplie les exploits, a déjà décroché trois podiums et a signé dans la prestigieuse écurie McLaren pour la saison prochaine. Il ne s'en cache pas, ce Grand Prix d'Austin, c'est sa course : "C'est comme une course à domicile pour moi. C'est le circuit le plus proche de mon pays, il y aura beaucoup de Mexicains."

Même des hauts responsables mexicains, en déplacement à San Antonio pour une conférence sur les 20 ans de l'accord de libre-échange entre les Etats-Unis et leur pays, feront un crochet par la course. Un succès qui ne durera peut-être pas : le financier du Grand Prix d'Austin cherche à lever les 70 millions de dollars nécessaires pour rénover la piste du Grand Prix du Mexique, près de Mexico, avec l'appui de l'homme le plus riche du monde, Carlos Slim. Le public mexicain hésitera à dépenser deux fois une fortune pour voir une course.

Dimanche 18 novembre, à 13 heures heure du Texas (20 heures en France), le Grand Prix d'Austin aura les honneurs de la chaîne nationale NBC, alors que les autres courses sont reléguées sur la chaîne confidentielle Speed. La garantie d'un succès d'audience ? Rien n'est moins sûr pour Arnaud Rémy : "Le Grand Prix débutera une heure avant la dernière manche du championnat Nascar. On a assisté à la plus belle saison de Nascar qu'on ait jamais vue. J'ai peur que les gens regardent le début du Grand Prix, puis zappent pour voir la course qui les intéresse vraiment."

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