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Reportage "J'ai fait un tour et je me suis joyeusement perdu" : dans les coulisses de la "Chartreuse Terminorum", le trail que personne n'a jamais fini

Article rédigé par Emma Sarango - édité par Xavier Allain
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Forêts, pentes, cailloux et orties : Benoît Laval, l’organisateur de la course, fait les derniers repérages avant le départ. (EMMA SARANGO / FRANCEINFO)

Malgré la canicule attendue dans le parc régional de la Chartreuse, en Isère, ce week-end, les courageux se sont élancés, vendredi 17 juin peu après minuit, pour l’une des courses les plus difficiles au monde.

C'est simple : personne n'a jamais réussi à terminer la course. Considéré comme le trail le plus difficile d'Europe, la cinquième édition de la "Chartreuse Terminorum" est donc partie, vendredi 17 juin à 0h04.

Pour les connaisseurs de la discipline, il s'agit de la version française de la Barkley, course devenue mythique aux États-Unis. Et le principe est simple à énoncer, beaucoup moins à réaliser : réaliser cinq boucles de 60 km en moins de 80 heures, que ce soit de jour comme de nuit. Tout cela sans balise GPS, sans ravitaillement, dans des sentiers très escarpés avec 4500 mètres de dénivelé et perdus au milieu de la montagne et de la forêt. 

Mickaël, l’un des participants de la "Chartreuse Terminorum", prend la pose sur le "rocher du départ", quelques heures avant la course. (EMMA SARANGO / RADIOFRANCE)

Cette année, ils sont une quarantaine, venus du monde entier, sur la ligne de départ. Ou, du moins, autour du rocher qui sert de point de départ. Car ici, les repères d'une course classique sont quasi-inexistants. Et chaque coureur qui patiente dans sa tente, comme Magnar, un Norvégien de 45 ans, le sait bien. "Ils vont souffler dans la corne une heure avant le départ, et ça peut être à n'importe quel moment", rigole-t-il, en révisant l'itinéraire qui vient d'être dévoilé.

"Il ne faudra pas qu'ils se trompent de chemin..."

Équipés uniquement d'une carte et d'un compas, les coureurs n'ont pas de GPS. D'ailleurs, il est inutile, comme on peut le constater avec l'organisateur de la compétition, Benoît Laval. "Ça ne se voit pas franchement mais là, à gauche, il y a un chemin qui part qui n'est pas sur les cartes. Il ne faudra pas qu'ils se trompent de jour comme de nuit, parce que naturellement on a envie de prendre le chemin le plus accessible !", souligne-t-il, en montrant une sentier particulièrement pentu, rempli d'orties.

Et pour être sûr que les coureurs empruntent le bon chemin, le plus rude, quinze livres sont dispersés le long du parcours : les coureurs devront arracher puis rapporter la page correspondant à leur numéro de dossard. "On met les livres dans une pochette pour qu'ils ne s'abîment pas, qu'ils ne prennent pas la pluie. Et puis après, on les cache sous une pierre pour qu'il n'y ai pas un sanglier, une biche ou un loup qui vienne le ramasser et l'emporter", explique Benoît Laval.

Pour prouver qu'il a bien parcouru la distance, chaque athlète doit arracher une page des livres disposés sur le parcours, comme ici. (EMMA SARANGO / RADIOFRANCE)

"Ça fait peur et en même temps, ça donne envie"

Ces pages sont un véritable sésame. "C'est une angoisse de se dire pendant la course qu'on peut perdre les pages... sourit Mickaël, 34 ans, qui participe pour la troisième fois. À ma première participation, j'ai fait un tour et je suis reparti sur un deuxième... où je me suis joyeusement perdu. Pour la deuxième participation, j'ai fait deux tours et un tiers du parcours sur la troisième boucle avant de rentrer avec un camarade, en boitant à cause d'une grosse tendinite. On ne sait pas comment s'y préparer puisque personne n'a encore trouvé la formule parfaite. Je me suis entraîné sur le physique, le mental, la gestion du sommeil, l'alimentation et l'hydratation. Il y aura toujours une part d'inconnu. Ça fait peur et en même temps, ça donne envie", assure-t-il, équipé de quelques barres de céréales et de l'eau, même si cinq fontaines sont dispersées sur le parcours

"C'est toute une gestion : j'ai appris à faire des micro siestes d'environ un quart d'heure et si besoin, d'avoir des moments qui vont durer où je peux m'endormir. Et j'ai appris à dormir n'importe où. De toute façon, quand on est épuisé, on s'endort très vite. Et puis, si on voit que trois ou quatre minutes ça ne marche pas, il faut repartir, tout simplement", explique-t-il. 

C’est un coureur basque, Imanol Aleson Orbegozo, qui en parcourant un petit peu plus de trois boucles, en 2019 détient, pour l’instant, le record de cette "Chartreuse Terminorum". 

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