Euro d'athlétisme : malgré une grosse frayeur à la perche, Kevin Mayer valide son ticket olympique pour Paris à l'issue d'un concours maîtrisé

Le Tricolore a pris, mardi, la cinquième place du concours, avec un total de 8 476 points, supérieur aux minima exigés pour voir les Jeux olympiques de Paris cet été.
Article rédigé par Anaïs Brosseau - à Rome
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
La joie mêlée de soulagement de Kevin Mayer lors de l'épreuve de saut à la perche du décathlon des championnats d'Europe, à Rome, le 11 juin 2024. (ALESSANDRA TARANTINO/AP/SIPA)

Pas de victoire mais un sourire qui en disait long sur la sensation du travail bien fait. Après deux journées de concours globalement maîtrisées, malgré une grosse frayeur au saut à la perche et un 110 mètres haies poussif, le décathlonien Kevin Mayer a validé, mardi 11 juin, les minima olympiques. Aux championnats d'Europe, le Français a terminé à la cinquième place d'un décathlon remporté par l'Estonien Johannes Erm. Au cumul des dix épreuves, il totalise 8 476 points, soit 16 de plus que les minima olympiques. 

De retour de blessure, Kevin Mayer réussit à se qualifier pour les Jeux malgré une très forte pression. Le Français peut maintenant se concentrer sur Paris 2024 et est très confiant quant aux résultats de l'athlétisme français porté par des jeunes prometteurs.
Kevin Mayer : "À tous les Français qui disaient qu'on ne serait pas présent, j'espère que vous avez changé d'avis" De retour de blessure, Kevin Mayer réussit à se qualifier pour les Jeux malgré une très forte pression. Le Français peut maintenant se concentrer sur Paris 2024 et est très confiant quant aux résultats de l'athlétisme français porté par des jeunes prometteurs.

Dès son arrivée à Rome, le recordman du monde (9 126 points) avait rappelé que l'Italie était une étape sur son chemin vers Paris, gardant les ambitions de médaille pour plus tard. Une ligne de conduite rappelée à la mi-temps de la seconde journée, quand le bronze paraissait atteignable avant l'épreuve du javelot, un des points forts du double vice-champion olympique.

"Je vais lancer pour la première fois en élan complet. J'ai toujours l'habitude de faire un décathlon en juillet, donc là je suis un peu en retard sur mes réglages. Je vais faire de mon mieux, mais pour l'instant, je ne pense pas à la médaille", déclarait Kevin Mayer à l'issue de la huitième épreuve, le saut à la perche, revendiquant "le droit à une petite décompression".

Une entame très moyenne

Après une première journée faite de performances solides et de précautions, Kevin Mayer s'était dit "confiant" dans la possibilité de valider son objectif, soulagé de sortir de ses cinq premières épreuves "sans grosses douleurs". Rassuré mais aussi frustré de laisser ses adversaires jouer devant.

Mardi, sous un ciel nuageux et quelques rafales de vent, le Français a entamé sa journée timidement. Sur le 110 mètres haies, Kevin Mayer a coupé la ligne en 14"29, à distance de son record personnel (13"54) et de sa performance des Mondiaux d'Eugene (13"92) en 2022, dernier décathlon bouclé par la tête d'affiche de l'équipe de France.

Dans la même série, son compatriote Makenson Gletty a vécu une mésaventure dont il se serait bien passé. Perturbé par le bruit d'un drone et par un haut-parleur défectueux, le Français n'a pas entendu le coup de feu. Il a obtenu le droit de recourir son épreuve, encouragé par de sonores "allez Mak !" lancés par Kevin Mayer, alors prêt à s'élancer au disque.

Dans l'aire de lancer, ce dernier a retrouvé de l'allant, faisant gicler, au deuxième essai, l'engin jusqu'à 48,53 m, à moins d'un mètre de ce qu'il avait réalisé lors de son titre mondial 2022. Poing brandi, grand sourire, il ne fera pas mieux sur sa dernière tentative mais l'essentiel était là. L'affaire s'est ensuite gâtée au sautoir à la perche, devant son clan et une partie du staff des Bleus.

Sueurs froides

Plus d'une heure après son échauffement et après avoir fait l'impasse sur plusieurs barres, le Montpelliérain a attaqué son concours à 5 m, hauteur qu'il avait déjà franchie en salle cette année. Mais à deux reprises, Kevin Mayer s'est heurté à la barre. L'objectif de qualification s'éloignait à mesure que le soleil gagnait le tartan bleu du Stadio Olimpico. L'inquiétude s'affichait sur les visages de l'athlète et de ses proches, directeur de la haute performance compris.

"Le concours était en retard, je n'ai eu que deux sauts d'échauffement. J'ai changé de perche à chaque saut à 5 mètres. Je sautais super bien, c'était juste que mes perches étaient trop souples à chaque fois", a justifié Kevin Mayer. La preuve que la forme était là. Sur conseil de Philippe d'Encausse, coach du perchiste Thibaut Collet, le Français a reculé son élan, choisi une perche plus dure, positionné ses mains différemment. Et dans une dernière tentative pour garder en vie son espoir de voir Paris, Kevin Mayer a franchi 5 m, tirant des soupirs de soulagement et des larmes à son clan.

Kevin Mayer au saut à la perche, durant le décathlon des championnats d'Europe, le 11 juin 2024. (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

Les réglages trouvés, le Français a ensuite effacé à son premier essai 5,20 m, puis 5,30 m. Et comme pour la longueur la veille, le décathlonien a alors décidé d'arrêter son concours pour se préserver. "Je suis sur les rotules, c'est pour ça que j'arrête à 5,30 m. D'habitude, je dors bien pendant les décathlons, et là, j'ai super mal dormi. C'est un décathlon plus difficile que quand je vais chercher une médaille. J'ai trois fois plus de pression", a justifié le décathlonien. 

"Ce saut réussi m'assure les Jeux, alors que si j'avais raté je devais repartir pour un autre décathlon. Je sais que même si je fais un petit javelot et un petit 1 500 mètres, je suis qualifié. C'est un soulagement."

Kevin Mayer

en zone mixte, à l'issue du saut à la perche

Plus que de planter un javelot sans forcer, le Français a réalisé une performance de choix (69,54 m), à moins d'un mètre de ce qu'il avait réalisé à Eugene. Après l'explosion de joie, Kevin Mayer a immédiatement demandé à son entraîneur Alexandre Bonacorsi le droit de se relancer sur une deuxième tentative, finalement moins bonne, avant de zapper le dernier essai.

Sur les ultimes tours de piste, le Montpéllierain a bouclé son 1 500 mètres (4'55"99), en queue de peloton, laissant s'échapper toute possibilité de podium. "J'ai hâte de retourner peaufiner ce qu'il faut pour être bien meilleur à Paris", déclarait-il déjà à la mi-journée. Rendez-vous est donné les 2 et 3 août. Le compte à rebours a commencé.

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