SÉRIE. Premiers JO à Tokyo 2021 : Thomas Goyard, toutes voiles dehors

Pendant les JO, franceinfo : sport dresse le portrait de cinq athlètes français qui disputent leur premier rendez-vous olympique à Tokyo. Avant de changer de discipline pour les Jeux de Paris 2024, Thomas Goyard veut défendre ses chances avec fierté en voile RS:X.

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Thomas Goyard lors de la deuxième étape de la Coupe du monde de RS:X en 2017 à Santander. (LUIS TEJIDO / EFE / MAXPPP)

Il y a près d'un an et demi, alors que la France basculait dans un confinement inédit pour contrer la pandémie de Covid-19, la famille Goyard était au large, là où elle se sent le mieux depuis toujours. Son catamaran de 13 mètres mouillait dans une baie de Nouvelle-Calédonie pendant cette période tourmentée. "On avait un dessalinisateur pour faire de l'eau potable, il y avait une cascade pas loin pour prendre des douches, on avait pris pas mal de nourriture", expliquait Thomas, l'aîné, à Ouest-France.

Les planches à voile, elles, n'étaient jamais loin. Après la fin des restrictions, avec son frère Nicolas et Adrien Mestre, le copain d'entraînement, l'ingénieur en systèmes industriels de 29 ans naviguait de la baie de Sainte-Marie vers le lagon autour de Nouméa, jusqu'aux îlots Larégnère et Goéland près de la barrière de corail. Un terrain de jeu que les frangins connaissent par cœur, eux qui ont grandi et vécu au large de l'archipel. Un moyen parfait, aussi, de reprendre l'entraînement sans pression pour Thomas, l'esprit allégé par une qualification olympique brillamment conquise avec une troisième place aux championnats du monde à Sorrento (Australie) en février 2020.

"Même si je rêvais de participer aux JO, jamais je n'aurais pensé que ma passion m'emmènerait à ce niveau-là"

Thomas Goyard

à franceinfo : sport

De longs mois ont passé depuis ce premier confinement aux confins du monde. L'échéance tokyoïte, elle, approche à grands pas. "Je me souviens quand j'avais 11-12 ans, je disais à mon père : 'Papa, je ne pense pas qu'il y ait un seul enfant sur terre meilleur que moi !' ", se rappelle dans un sourire le champion d'Europe RS:X 2016.

L'ingénieur savoure sa qualification olympique, d'autant plus qu'il évolue dans une discipline qui ne récompense qu'un seul élu. Car ils étaient trois à se tirer la bourre en équipe de France avec Louis Giard et Pierre Le Coq. "Je pense que je peux le dire, cette épreuve de sélection olympique, c'est celle qui a été la plus dure dans ma carrière." Peut-être également une référence aux tensions, une fois la qualification validée, avec Le Coq, coéquipier devenu adversaire principal, et qui s'était laissé aller à quelques propos cinglants dans la presse...

Thomas Goyard en 2014 à Çeşme, dans le district d'Izmir en Turquie, lors des championnats d'Europe de voile RS:X. (GOKSEL KAYSERI / ANADOLU AGENCY)

"Je n'aime pas trop qu'on me foute la pression"

Aujourd'hui, tout cela est mis de côté. Place à la concentration et au travail de fond. Malgré le contexte sanitaire, un certain nombre de compétitions ont pu se tenir. Une chance pour Thomas Goyard qui a continué à travailler sur son matériel RS:X et pu "reprendre de la caisse physique". "On nous demande d'être explosif et endurant à la fois, il faut arriver à trouver un bon équilibre, explique-t-il. Le type d'effort demandé peut être totalement différent. Sur une semaine de petit temps, cela peut être très dur physiquement, et s'il y a du vent ça peut l'être aussi sur des aspects comme le gainage et des tenues de position."

Lorsqu'on évoque avec lui la pression d'être le seul représentant tricolore dans la discipline avec la championne olympique en titre, le véliplanchiste botte en touche. "Je ne suis pas Charline (Picon), elle est clairement la patronne mondiale et l'a encore montré récemment sur les championnats d'Europe. Ce n'est pas mon cas même s'il y a de très bonnes choses. Je n'aime pas trop qu'on me foute la pression. Toutes mes grosses performances, je n'avais pas prévu de les faire, je ne m'étais pas fixé d'objectif spécial."

Autant dire qu'il en sera de même sur le plan d'eau d'Enoshima, au sud de Tokyo, où Thomas Goyard avait pris la cinquième place du test event en 2019. "Si tu es intelligent, que tu régates bien sans prendre trop de risques et que tu es à ton meilleur niveau, cela peut bien se passer", analyse-t-il.

Au charbon en windsurf foil avec Paris 2024 dans le viseur

Ce que le membre de l'Armée de champions de la Marine nationale évite pourtant de mentionner dans ses préparatifs, c'est la transition compliquée vers le windsurf foil - ou windfoil. À Tokyo, le RS:X tirera sa révérence olympique pour laisser place à une planche à foil en 2024 à Paris. Le report des Jeux japonais a donc eu pour effet de précipiter le "double travail" pour Thomas Goyard, obligé de concourir dans les deux disciplines. Pas de quoi entamer sa motivation à vivre, peut-être, de nouveaux Jeux dans trois ans. Ce qui pourrait donner lieu à un duel fratricide en amont...

Champion du monde en 2019 et sacré champion d'Europe en février dernier, Nicolas, le cadet de 24 ans, règne en maître sur le circuit en windfoil. Un partenaire de choix pour progresser, forcément. Mais aussi un adversaire redoutable pour arracher le seul et unique billet pour les JO en France. Une anecdote revient alors, pour mesurer la rivalité chez les Goyard : lors du premier jour du déconfinement, les deux frères avaient voulu se faire tracter par le catamaran des parents pour leur première sortie sur planche à foil.

Engagés dans une course folle, ils n'avaient pu éviter la collision. "On n'était pas chauds", rigolait alors Nicolas en expliquant la mésaventure à notre journaliste Eric Cintas... De quoi laisser présager de belles joutes enflammées jusqu'à Paris.

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