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EDITO. L'important n'est plus de participer

"L’important c’est de participer", cette phrase – attribuée à tort au baron Pierre de Coubertin - est définitivement associée au mouvement olympique. Participer aux JO de Tokyo, mais à quel prix ? Face à la pandémie de Covid-19, les enjeux doivent prendre le pas sur les Jeux. Un édito d'Alexandre Boyon.
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France Télévisions
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 (KUNIHIKO MIURA / YOMIURI)

Il est loin, bien loin le temps de l’amateurisme, valeur ultime mise en avant en 1894 à La Sorbonne, lors de la rénovation des Jeux de l’ère moderne. Aujourd’hui, les enjeux olympiques sont au moins aussi importants que les Jeux eux-mêmes.

Des anneaux avec beaucoup de zéros derrière

En 2014, la chaîne américaine NBC a déboursé plus de 7 milliards et demi de dollars pour s’octroyer les événements olympiques sur une période allant de 2021 à 2034. Les anneaux des J.O. ont désormais beaucoup de zéros derrière. Les retombées sont énormes, les impacts colossaux. Des centaines de millions de téléspectateurs à travers le monde, des milliards de dollars, d’euros ou de yens engagés.

Seul événement à regrouper simultanément tous les pays du globe, les Jeux de Tokyo attendent 207 délégations. La phrase est conjuguée au présent, le CIO se refusant pour l’instant à utiliser le conditionnel. Il est encore moins apte à parler au passé. Hormis les périodes de guerre, jamais les Jeux n’ont été annulés. Ils se sont relevés des différents boycotts et même de la prise d’otages meurtrière de la délégation israélienne à Munich en 1972. L’olympisme se remettra d’un report ou d’une annulation.

Des athlètes citoyens du monde

Les compétitions de qualification olympique ne peuvent se tenir, idem pour les épreuves test des installations japonaises. Les athlètes ne savent pas qui sera qualifié et selon quels critères, leur préparation est mise entre parenthèses, l’équité et l’excellence ne sont plus de mise.

En cette période incertaine, des athlètes, comme Kevin Mayer, montrent qu’ils sont avant tout des citoyens du monde, responsables et solidaires. Ils sont de plus en plus nombreux à réclamer le report des J.O. Un acte fort. Alors que le monde est en guerre pour éradiquer le COVID-19, le CIO, tellement attaché à sa notion de trêve olympique, va devoir admettre que la diplomatie n’arrête pas un virus et que désormais, l’une des solutions face à cet ennemi est de s’armer de patience. Annuler ou reporter les Jeux de 2020, ce n’est pas annuler définitivement les J.O. Son cousin suisse de l’UEFA l’a bien compris en décidant hier de décaler l’Euro d’une année.

L’institution de Lausanne n’aime pas se faire forcer la main. Pour l’instant elle fait comme si… Son président Thomas Bach s‘en remet à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’on espère secrètement qu’une décision rapide viendra du Japon. Le microcosme feutré du CIO distille plus qu’il n’impose. Mais aujourd’hui, on ne joue plus. Quoiqu’il en coûte, le mouvement olympique sortirait grandi à opter pour le choix d’un report, "plus vite, plus haut, plus fort" pour reprendre la vraie devise du CIO. L’important n’est plus de participer.

Alexandre Boyon

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