Des Jeux olympiques sans public étranger, une situation qui divise les athlètes français

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France Télévisions
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 (POOL FOR YOMIURI / YOMIURI)

Disputer des Jeux olympiques sans public, sans leurs proches, n'a pas la même saveur pour certains athlètes.

Les JO de Tokyo auront lieu sans public étranger. Pour les athlètes français, la compétition se fera donc sans supporters ni famille à leurs côtés. Ils oscillent entre frustration et excitation devant un événement malgré tout exceptionnel.

• Mélanie de Jesus dos Santos (gymnastique, qualifiée par équipes) : "On mettait à l'entraînement des sons de personnes qui crient pour se préparer…"

"Les JO sans public, c'était une éventualité que j'avais en tête. Il devrait y avoir du public japonais, mais même ça, ça peut encore changer. Une étape de Coupe du monde devait avoir lieu à Tokyo et a été annulée, c'est dommage. Cela devait être dans la salle olympique, je pensais que ça allait m'aider en termes de repères, de voir comment la compétition allait être. Ce seront mes premiers Jeux et pour moi, les JO, c'est l'événement avec le public, la famille qui vient nous encourager. Que nos proches ne voient pas participer leur fille, leur cousine… c'est quand même très bizarre.

On a toujours fait des compétitions avec du bruit dans les oreilles, on a été habitués. On met parfois à l'entraînement des sons de personnes qui crient pour justement se préparer à ce que ce soit comme ça pendant la compétition. On se préparait à matcher dans une ambiance. On s'y fait, même si cela reste compliqué. Il va falloir s'y habituer pour un petit moment désormais. On nous a dit comment cela va se passer : on aura des tests antigéniques tout le temps, il n'y aura peut-être pas de public, mais il y aura des caméras partout. On est bien préparés mentalement pour être à l'aise quand on y sera. Enfin, j'espère."

Réécoutez notre podcast "Entre-Deux" avec Mélanie de Jesus dos Santos

• Yohann Ndoye Brouard (natation, qualifié sur 100m dos et 200m dos) : "Je me voyais déjà partir avec ma famille dans les gradins"

"Je me doutais que ça allait être compliqué pour les spectateurs d'autres pays. Mais qu'il n'y ait que des Japonais, ça m'a un peu surpris, même si je peux comprendre qu'ils aient peur d'un point de vue sanitaire. C'est un peu frustrant, je me voyais déjà partir avec ma famille dans les gradins, passer du temps avec eux après la compétition. 48 heures après la course, on va devoir rentrer chez nous, ça n'a pas le même goût... Jordan Pothain m'en a pas mal parlé, surtout de la cérémonie de clôture, qui lui avait donné envie de repartir à Tokyo. Il avait des étoiles dans les yeux rien qu'à penser à cette cérémonie, que rien que ça le motivait pendant quatre ans. Tu te dis que c'est un truc de fou, un truc à vivre.

Au début, l'absence de public était compliquée, mais ça a un peu changé. Les premières compétitions, c'était vraiment vide. Mais par exemple à Marseille [le 21 mars dernier], j'ai trouvé une ambiance vraiment bonne, les nageurs encourageaient même les membres d'autres clubs. Je trouvais ça énorme, ça faisait un esprit équipe de France, ça remplaçait presque un public. Avec le coronavirus, ce sont des marques à prendre. Au début j'oubliais mon masque pour arriver sur le plot de départ et une fois j'ai failli plonger avec. On finit par s'y habituer. Et je ne pense pas que cela rendra les résultats moins savoureux. Je n'ai pas connu d'autres médailles. Les futures n'en seraient que plus belles. Celles de Tokyo seraient dans tous les cas magnifiques."

• Laura Glauser (handball, qualifiée) : "Les JO restent les JO, qu'il y ait des spectateurs ou non"

"Bien sûr, ce sera différent. Ce qui fait la beauté des Jeux, ce sont les gens qui viennent des quatre coins du monde, et qui sont là pour rendre l'événement encore plus beau. Mais les JO restent les JO, qu'il y ait des spectateurs ou non. Il y a un titre à aller chercher. Covid ou non, public ou non, si vous êtes champion olympique, cela reste écrit sur le papier pendant des années. Peu importe les circonstances, cela reste la compétition la plus belle, la plus importante, la plus intense. Il va falloir carburer pour aller chercher une médaille."

• Bassa Mawem (escalade, qualifié en combiné masculin) : "Le soutien du public est indispensable pour faire quelque chose de fou, de plus grand que soi"

"Une compétition sans public, c'est très bizarre, il y a moins d'ambiance, pas de bruit... c'est très spécial à vivre. Mais quand on fait de la compétition, on est là pour montrer le résultat de notre entraînement, de notre préparation. Je suis en Nouvelle-Calédonie, il y a eu très peu de confinement ici. Mais la Covid-19 bloque un peu l'émulation. Habituellement, je passe six mois ici et six mois à l'extérieur pour être avec des athlètes, me tirer la bourre, donner plus que je suis capable de donner à l'entraînement.

Pour le TQO [Tournoi de qualification olympique, disputé à Tournefeuille en novembre 2019], j'étais venu un mois et demi avant, à Toulouse, pour voir les gens du club, pouvoir me préparer, avoir leur soutien. La qualification, cela se joue pour trois ou quatre centièmes et ce soutien peut vous porter. C'est indispensable à la très haute performance, pour faire quelque chose de fou, de plus grand que soi. Mais même sans public, ils resteront comme les premiers JO pour l'escalade. Il y aura quand même les caméras, les journalistes, le village olympique. Cela va plus perturber ceux qui ont déjà vécu les Jeux avec l'ambiance. Nous, nous allons là-bas pour la première fois."

• Julien Gobaux (gymnastique) : "J'ai vécu Rio, si je me qualifie, j'imagine que Tokyo n'aura pas le même goût"

"J'ai vécu ceux de Rio. Si je me qualifie pour Tokyo, j'imagine qu'ils n'auront pas le même goût. Ce qui fait les JO, ce n'est pas la compétition en elle-même, c'est vraiment tout ce qui gravite autour : le village, les gens, la ferveur, l'ambiance, le public, les stars qu'on voit à la télé et qui sont dans le village. Une compétition comme les JO sans spectateur, cela peut être un peu morose. Souvent, la famille est là, tous les supporters sont là, de toutes les nations du monde. Même s'ils ne suivent pas la gym d'habitude, ils nous encouragent. Ça nous donne encore plus envie. Les JO c'est le but ultime, c'est le Graal, donc on a envie de se donner encore plus. Ce n'est que tous les quatre ans, et, parfois, ça peut n'être qu'une fois dans une vie."

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