Les Jeux Olympiques de Tokyo 2021

JO 2021 : sport libertaire, le skateboard va découvrir les Jeux olympiques

Le skateboard fait partie des nouvelles disciplines des Jeux de Tokyo, mais sa présence au programme olympique a longtemps divisé une communauté rebelle, toujours en quête de liberté. 

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France Télévisions
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Le Français Aurélien Giraud sur son skateboard lors de la finale du Drew Tour Long Beach, en Californie (Etats-Unis), le 16 juin 2019.  (SEAN M HAFFEY / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

L'affaire avait fait grand bruit. Du skate aux Jeux olympiques. Une hérésie pour la culture skate, une apostasie du bitume pour ceux qui voudraient y participer. Mélanger la culture underground et libertaire du skate avec le classicisme et la rigueur des JO, le mariage n'avait rien d'évident. Lorsqu'en 2016, le skateboard est annoncé parmi les nouvelles disciplines olympiques à partir de Tokyo 2020 (avec le surf, l'escalade, le karaté et le baseball/softball), la fronde s'était levée face à la volonté du CIO de dépoussiérer les anneaux olympiques.

Cinq ans plus tard, certaines rancoeurs subsistent ici et là, mais beaucoup l'ont accepté, prenant le parti d'accompagner les JO, qu'ils y participent ou non. La présence du skate - qui se déploiera entre les épreuves de Street et le Park où 40 hommes et 40 femmes se défieront - divise encore parfois, mais de moins en moins, une communauté qui a toujours voulu s'affranchir des carcans sociétaux depuis les années 1970. La transition a néanmoins pu s'effectuer autant que les esprits ont fini par s'accoutumer à la présence du skate à Toyko, à partir du 23 juillet.

"Il y a ceux qui jouent le jeu de l'olympisme et qui s'y préparent. Et de l'autre côté, il y a ceux qui refusent en bloc et qui disent que les Jeux ont besoin du skate, mais que le skate n'a pas besoin des Jeux. Mais ce sont aussi des minorités très bruyantes", débute Greg Poissonnier, responsable de la communication de la Commission nationale de skateboard, et skateur depuis 1987.

Liberté en danger 

Dans le microcosme du skate, où le crissement des roulettes et le flottement des T-shirts larges s'entremêlent depuis plus de 40 ans, la nouvelle avait au départ fait grincer des dents. Et le sujet qui fâche a souvent été mis sous le tapis entre adeptes, avant d'être finalement accepté par le plus grand nombre à mesure que les JO approchaient. "C'est un sujet très sensible dans le monde du skate. Je n'ai pas commencé le skate pour la compétition. Je ne skate pas pour gagner mais pour me sentir libre. C'est mon art, mon échappatoire. C'est un moyen de se sentir libre", affirmait à Sport Reporter en janvier 2020 Manny Santiago, double vainqueur de la Street League Skateboarding (SLS).

La SLS, le principal circuit de compétitions internationales, est désormais le point de passage qualificatif obligé pour les Jeux. La question de la notation demeure à ce titre un vrai point d'achoppement lors des compétitions et encore plus aux JO : comment juger ce que la plupart considèrent comme de l'art ?

Parmi les plus grands noms des rampes à avoir indiqué leur mécontentement, on trouvait au départ la légende Tony Hawk : "Ce qui m'inquiète, c'est que les jeunes se mettent à pratiquer le skate pour de mauvaises raisons, comme la recherche de la gloire ou de la fortune", avait d'abord lâché le skateur cinquantenaire, avant de revoir par la suite son jugement, en faveur des Jeux : "Il y a une opportunité de montrer les attributs positifs du skateboard à la jeunesse et d'exposer les compétences indéniables de quelques-uns des meilleurs skateurs à notre plus grande audience. J'ai confiance au fait que cela va inspirer une nouvelle génération à adopter le skate comme un style de vie, une culture et un art."

Le style avant le métal 

Si cette participation a autant clivé sa communauté lors de l'annonce, c'est parce que beaucoup de pratiquants ne voyaient pas l'apport des Jeux olympiques dans le développement de leur passion. Pour eux, la culture skate existe avant tout à travers les magazines, les vidéos sur les réseaux sociaux, le style de chaque skateur et la renommée dans ce monde difficile à pénétrer pour les profanes. Et une reconnaissance par ses pairs vaut au moins une breloque olympique.

À savoir s'il préfère une médaille olympique ou être en couverture de TransWorld, un des magazines de skate les plus réputés, le numéro 2 français Vincent Milou hésitait avant de trancher : "C'est chaud… Une couverture de TransWorld je pense." Signe que la valeur d'une médaille pour un skateur est plus relative que pour d'autres athlètes olympiques.

Pourtant, le mouvement est amorcé et le temps n'a cessé de rapprocher le skate des Jeux olympiques. Alors certains choisissent d'écarter leur rancoeur et d'épouser ce choix, pour mieux protéger le skate. "Il vaut mieux que ce soit des skateurs qui s'en occupent et ne pas tout refuser car cela vient de l'extérieur. Quand on est systématiquement rejeté dans la rue, ma démarche c'est d'essayer de faire comprendre ce qu'on fait", continue Greg Poissonnier.

Le spectre de l'échec du snowboard

Le CIO, au fait de la méfiance grandissante face à ce choix, a mis de l'eau dans son vin. Pas d'adaptation forcée ou précipitée au moule olympique, c'est aux JO d'embrasser la culture skate tout en l'incitant à rentrer dans certaines cases. "Ils savaient la réticence du monde du skate. Donc pour que ce soit accepté, ils ont décidé de former une commission de skateurs respectés et respectables", explique Greg Poissonnier. Présent à Rio de Janeiro en 2019 pour une compétition de la SLS, Vincent Milou, acquiesçait : "C'est bizarre cette histoire de porter une tenue équipe de France, jamais je n'aurais pensé ça. Mais ils font ça bien, c'est discret. Ils n'essayent pas de changer ce qu'on fait ou qui on est."

L'exemple du snowboard, arrivé aux Jeux olympiques d'hiver à Nagano (Japon) en 1998, a aussi refroidi les ardeurs. "Le niveau du snow à Nagano n'était absolument pas représentatif du niveau du snow freestyle", se souvient Greg Poissonnier. Afin d'éviter cet écueil, le CIO tente d'attirer les meilleurs skateurs mondiaux, alors que le snowboard est aujourd'hui en retrait face au ski freestyle.

"Je ne pense pas que le skate subira le même chemin que le snow. Des gens vont découvrir le skate grâce aux JO et l'aborderont peut-être comme une discipline classique. D'autres vont peut-être embrasser la culture skate après l'avoir découverte aux JO", ambitionne Greg Poissonnier.

Quel futur pour le skate aux JO ?

Les Jeux olympiques peuvent-ils aspirer l'âme contestataire et désobéissante du skate ? Pour Tony Alva, pionnier du skate et premier champion du monde, la culture skate est trop solide et historique pour se faire happer par un tel événement. "Je ne pense pas que les JO aient le pouvoir de nous faire du mal. Le seul point négatif, ce serait le côté commercial", racontait-il à L'Équipe en 2019.

Un constat partagé par Greg Poissonnier, qui voit déjà des effets bénéfiques qui pourraient encore s'accroître avec la proximité de Paris 2024. "C'est un progrès, une reconnaissance. L'impact de l'olympisme est palpable sur les équipements et sur le nombre de formations pour devenir prof de skate. Avec l'aval olympique, on considère le skate comme un truc sérieux, alors que les skateurs continuent de faire exactement la même chose ! Il y a toute une perception qui a changé : d'un seul coup, les portes sont ouvertes parce que le skate est olympique."

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