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JO 2022 : on vous explique la polémique des disqualifications sur l'épreuve de saut à ski par équipes mixte

Cinq skieuses ont été disqualifiées pour des combinaisons non conformes lors de la première épreuve de saut à ski par équipes mixte des Jeux olympiques, lundi.

Article rédigé par Louise Gerber, franceinfo: sport
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
La Japonaise Sara Takanashi est l'une des cinq skieuses a avoir été disqualifiée de l'épreuve de saut à ski par équipes mixtes des Jeux olympiques de Pékin, le 7 février 2022 à Zhangjiakou (Chine). (Yosuke Hayasaka / The Yomiuri Shimbun via AFP)

C'était une première qui restera dans l'histoire. Le concours de saut à ski par équipes mixte, qui faisait ses débuts aux Jeux olympiques, a été marqué lundi 7 février par les disqualifications de cinq participantes pour avoir porté des combinaisons jugées trop amples, censées donner un avantage aux athlètes lorsqu'elles sont dans les airs.

L'équipe de Slovénie a décroché le titre devant celle du Comité olympique russe et le Canada, à la surprise générale. Ultra-favorite, l’Allemagne a vu sa star Katharina Althaus, vice-championne olympique en individuel la veille, disqualifiée pour une violation de costume lors des qualifications. La Japonaise, Sara Takanashi, recordwoman de victoires en Coupe du monde, l'Autrichienne Daniela Iraschko-Stolzet et deux Norvégiennes, Silje Opseth et Anna Odine Ström ont également eu des problèmes avec les règles.

De multiples réglementations

Le saut à ski est une discipline très réglementée, comme l'explique Christian Hoffelinck, du service compétition ski nordique à la Fédération française de ski (FFS). "Tous les deux, trois ans, la Fédération internationales de ski (FIS) effectue plusieurs mesures sur chaque athlète : la taille, le poids, la pointure et la distance entre le sol et l'entrejambe." Avant chaque saut de n'importe quelle compétition, les skieurs passent systématiquement un contrôle en haut du tremplin : la distance entre le sol et l'entrejambe doit correspondre à la longueur mesurée en début de saison. "Si en haut du tremplin, la longueur est inférieure à celle mesurée en début de saison, c’est qu’il y a plus de tissu que normalement et donc plus de portance, ce qui est un avantage pour le skieur, surtout quand il y a du vent", développe Caroline Espiau, ancienne couturière des équipes de France de combiné nordique et de saut à ski. 

L'Allemande Katharina Althaus a été disqualifiée de l'épreuve de saut à ski par équipes mixtes des Jeux olympiques de Pékin pour une combinaison jugée trop ample, le 7 février 2022 à Zhangjiakou (Chine). (MU YU / Xinhua via AFP)

Après chaque course, d'autres contrôles peuvent être effectués de manière aléatoire: épaisseur de la combinaison, taille des skis en fonction du poids de l'athlète, ou encore perméabilité du tissu, c'est-à-dire le nombre de litres d'air que laisse passer la combinaison. "Cette perméabilité ne doit pas être inférieure à 40 litres par cm²", précise Christian Hoffelinck qui insiste: "L’essentiel des disqualifications se fait sur les mesures à l’entrejambe.”

"Jouer avec les limites"

Pour Caroline Espiau, il est difficile d'éviter les débordements sur les combinaisons. "Sur chaque étape de Coupe du monde, il y a des disqualifications pour combinaisons non conformes. Mais c’est la première fois qu’il y en a autant avec d’aussi grosses nations."

Un constat partagé par indique Christian Hoffelinck de la FFS. "Tout le monde joue constamment avec la limite autorisée. Il n’y a pas beaucoup de combinaisons qui se plient au règlement. Lors des contrôles, cela peut être quitte ou double." Et pour cause, modifier l'épaisseur du tissu a un impact non négligeable sur les performances : "A niveau égal et dans des conditions similaires, la différence entre deux sauteurs peut aller jusqu’à cinq ou six mètres en fonction de la combinaison", estime Caroline Espiau. "Le matériel a un tel impact sur les performances qu’on a envie de l'améliorer au maximum." Ce qui explique pourquoi, depuis sept, huit ans, chaque équipe fait appel à des couturiers qui travaillent expressément sur les combinaisons des skieurs, comme l'a fait un temps Caroline Espiau pour la France.

Les sauteurs à ski passent également "des heures et des heures" à s’entraîner à passer des contrôles d’avant-saut. "Ils s'entrainent à tirer un maximum sur leurs combinaisons pour que, le jour J, la mesure corresponde à celle enregistrée par la FIS", expliquent Christian Hoffelinck et Caroline Espiau.

Taper du poing sur la table

A Zhangjiakou, la FIS a haussé le ton pour mettre en garde sur les contournements des règles. Si un cadre de la fédération allemande a fortement réagi et défendu les skieuses, expliquant que "ces quatre grandes nations n'étaient assez 'connes' pour vouloir contourner le règlement (...) et pour tricher aux Jeux olympiques", la disqualification de la star d'outre-Rhin Katharina Althaus n'a pas étonné Caroline Espiau: "Cela fait plusieurs semaines que sa combinaison est systématiquement trop grande. A Willingen (Allemagne), l'étape de Coupe du monde précédant les Jeux olympiques, ça se voyait directement à l'œil qu'elle portait ce qu'on appelle communément un 'parachute'.

Katharina Althaus a publié un message de déception sur les réseaux sociaux après sa disqualification lors de l'épreuve de saut à ski par équipes mixtes aux Jeux olympiques de Pékin, le 7 février 2022. (CAPTURE D'ECRAN INSTAGRAM)

Pour l'ancienne skieuse française et Christian Hoffelinck il est possible que la FIS se soit montrée beaucoup plus sévère sur l'épreuve mixte parce que l'épaisseur de la combinaison de l'Allemande avait fait polémique la veille, sur l'épreuve individuelle."Les skieuses ont joué, elles ont perdu. C’est dur à encaisser, mais c’est le risque. Avant les prochains concours, je pense que les coachs et les couturiers de certaines nations vont passer des nuits blanches pour retoucher et resserrer les combinaisons", conclut Caroline Espiau.

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