Reportage "Les Jeux ont tout déclenché"… Les sportifs locaux ravis des rénovations dans les bases arrière liées à Paris 2024

Article rédigé par Hortense Leblanc
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié
Temps de lecture : 7 min
Les pilotes de BMX du club de Compiègne-Venette (Oise) à l'entraînement sur la nouvelle piste, le 14 mars 2024. (Hortense Leblanc)
Plus de 1000 centres de préparation aux Jeux, dont certains ont été très récemment construits ou rénovés, ont été retenus par les organisateurs de Paris 2024 pour accueillir les entraînements des délégations olympiques et paralympiques.

Tout en haut de la nouvelle butte de départ perchée à huit mètres, Quentin Berton, membre du bureau du club de BMX de Compiègne-Venette (Oise), actionne et prend en vidéo la grille qui retient les vélos avant le départ. Une délégation étrangère, dont l’identité ne sera pas dévoilée, a demandé ces images en vue de sa possible venue dans l’Oise pour s’entraîner avant les Jeux olympiques de Paris 2024. Mais en attendant l’arrivée d’athlètes étrangers, la nouvelle piste, construite dans l’optique d’être une base arrière des JO, profite aux sportifs locaux.

A quelques kilomètres de là, l’entraînement bat aussi son plein à l’archerie de Compiègne. Les derniers jours ont été pluvieux et frais, le pas de tir est boueux, mais peu importe pour ces jeunes archers qui profitent depuis octobre 2022 d’une toute nouvelle salle qui leur permet de tirer même l’hiver. Dans l’optique d’être un centre d’entraînement pour des délégations étrangères, une extension de l’ancienne archerie a vu le jour avec un mur vitré, dont les fenêtres sont ouvertes par les archers pour tirer sur les cibles situées en extérieur. Cette salle chauffée représente "un atout considérable dans une période incertaine au niveau de la météo", selon Guillaume Humetz, entraîneur au sein du club et du centre de formation des Archers de Compiègne.

Les archers de Compiègne (Oise) à l'entraînement le 14 mars 2024. (Hortense Leblanc)

Avant la construction de cette extension, les archers ne tiraient que très rarement à l’extérieur en hiver. "On avait deux joggings, trois t-shirts thermiques… Pour les articulations, c’était compliqué", se rappelle Jeanne Lemert, jeune archère. Avec les autres membres du club, ils devaient donc se contenter d’entraînements en salle, sur des distances moindres, à 18 mètres, alors qu’ils débutent désormais la saison en extérieur plus tôt, avec des cibles à 60 ou 70 mètres. "Pour certains, ce sont des jeunes athlètes de haut niveau, donc ça leur permet de mieux préparer les échéances de la saison en extérieur. L’idée pour eux est d’intégrer le pôle France ou l’INSEP, mais pour cela ils sont évalués en tir extérieur. Ce week-end, ils vont participer au trophée de Vittel, et ils sont mieux préparés puisqu’ils ont gardé un lien avec les distances olympiques sur la saison hivernale", explique Guillaume Humetz.

Des progrès "indéniables"

A Venette, les conditions d’entraînement pour les pilotes de BMX ont également bien changé et profitent aux compétiteurs, depuis l’inauguration de la piste en avril 2023. "Chez les jeunes, ça évolue un peu plus vite. On en a qui ont réussi à passer du niveau régional au niveau national. Et le cap entre celui qui roule pour le loisir et celui qui roule pour la compétition a changé : ils ont pris goût à la compétition", décrivent Quentin Berton et Hugues Leblanc, tous les deux anciens présidents du club.

Il faut dire que la piste s’est mise aux standards internationaux, avec notamment des buttes de départ à cinq et huit mètres - la deuxième étant obligatoire pour accueillir des compétitions élites - contre une butte de trois mètres auparavant. Dessinée par Damien Godet, le même concepteur que la piste olympique de Paris 2024, elle est également l’une des rares pistes en France, la seule au nord de Paris, à disposer d’une double section sur les trois premières lignes droites, avec une section pro pour les pilotes plus expérimentés, et une autre pour les plus jeunes pilotes.

La nouvelle piste de BMX de Compiègne-Venette (Oise), dispose de deux sections avec des bosses plus importantes pour les pilotes plus expérimentés, et des bosses plus petites pour les plus jeunes. (Hortense Leblanc)

"Avant on avait une seule ligne dédoublée, désormais on a une piste universelle pour tous les niveaux. Le fait d’avoir une équipe en division nationale et un centre de formation a été l’un des arguments parce qu’on avait besoin d’une piste adaptée à ce qu’ils vont trouver à l’échelle internationale", explique Quentin Berton, aux commandes du club quand le projet d’une nouvelle piste a abouti. "Je progresse plus rapidement, confirme Bastien Lansier, 16 ans, qui évolue désormais sur la section pro. Les entraînements sont plus adaptés au niveau de chacun. La butte à huit mètres, ça change beaucoup de choses et ça permet de prendre des repères qu’on peut retrouver ailleurs".

"Les joueurs progressent plus vite et les résultats sont meilleurs, c’est indéniable", abonde aussi Fabrice Morgado, joueur de l’équipe de France de cécifoot et président du club de Précy-sur-Oise, qui bénéficie depuis septembre 2021 de deux terrains dédiés à la discipline, les premiers en France. "Avant, on avait l’habitude de s’entraîner sur des terrains pas adaptés, pas forcément aux dimensions. Soit dans des ‘Five’, mais il y a des barrières sur tous les côtés du terrain, alors qu’au cécifoot le ballon peut sortir en corner. Soit dans des gymnases ou des terrains de foot pour valides, mais parfois il n’y avait pas de barrières, donc les valides devaient aller chercher le ballon s’il sortait", raconte-t-il.

Des constructions majoritairement financées par les collectivités locales

Même si ces nouvelles infrastructures vont accueillir les entraînements de délégations olympiques, le Comité d’organisation des JOP n’a pas participé financièrement à leur construction ou leur rénovation. Les aménagements de l’archerie ont coûté un total d’1,11 million d’euros, financés par le département de l’Oise, l’Agence nationale du sport, la région et la ville de Compiègne. La piste de BMX a quant à elle coûté 2,7 millions d’euros, pris en charge par le conseil départemental, la région et l’agglomération de Compiègne, et les terrains de cécifoot ont été majoritairement financés par les collectivités locales. Des financements qu’il était compliqué d’obtenir sans l’accueil des JO en France.

"J’ai démarré le projet en 2015, on avait un dossier aux petits oignons mais on nous prenait pour des ovnis, et quand Paris a été retenu pour accueillir les Jeux, ça a tout déclenché. Sans les Jeux, je ne sais pas où on en serait et si on aurait eu une si grande piste"

Quentin Berton, ancien président du club de BMX de Compiègne

à franceinfo: sport

"Ça parlait déjà de rénovation avant, mais les JO ont accéléré beaucoup de choses", confirme aussi Guillaume Humetz du côté de l’archerie. Pour justifier ces investissements, l’accueil de délégations du monde entier a effectivement été un moteur. "C’est une source de fierté pour chaque Compiégnois et notre territoire profitera de ce rayonnement à des fins touristiques, que nous allons capitaliser dans le temps. Des équipements rénovés, de qualités, peu gourmands en énergie, c’est, pour les générations à venir, l’assurance de pouvoir pratiquer une activité physique dans des conditions optimales mais également pour les clubs, la possibilité d’évoluer au niveau national et international", explique Philippe Marini, maire de Compiègne et président de l’agglomération.

Des records du monde à l'entraînement

Avec sa nouvelle piste aux normes internationales, le club de BMX est passé de 150 à 200 licenciés en un an. Depuis l’inauguration de ses nouveaux terrains, le club de cécifoot de Précy-sur-Oise a lui ouvert une école multisport pour déficients visuels. Et les archers de Compiègne, qui étaient 74 licenciés en 2022 après une période difficile en raison du Covid et des travaux, ont désormais vu leur nombre doubler, "et je pense qu’on peut aller encore plus loin", espère Guillaume Humetz. Ce sont autant de jeunes sportifs qui vont pouvoir côtoyer de près quelques-uns des meilleurs de leur discipline quand les délégations étrangères viendront s’entraîner dans leurs infrastructures. 

Le club de Précy-sur-Oise, dont l'équipe évolue au plus haut niveau national, profite de nouveaux terrains depuis 2021. (FC Cécifoot Précy-sur-Oise)

Les archers indiens et sud-coréens ont déjà effectué des stages à Compiègne pour des compétitions récentes, et le club local espère encore accueillir les seconds, considérés comme les meilleurs du monde. "Ils nous autorisent à les voir à l’entraînement et c’est super intéressant, parce que certains font des records du monde tranquillement, à côté de nous. Les Coréens étaient ouverts, je leur ai posé des questions et ils ont répondu, on peut en apprendre plus, c’est bénéfique", se réjouit Léa Grimault, jeune archère compiégnoise.

Le club précéen de cécifoot espère lui que l’accueil de délégation mettra davantage en lumière sa discipline : "Ce qui est essentiel pour nous, c’est que les supporters locaux, les jeunes de l’Oise, ça les fasse un peu rêver de savoir que des équipes nationales viennent, qu’ils en soient fiers, et qu’ils voient avant tout des athlètes avant de voir des déficients visuels", espère Fabrice Morgado.

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