Paris 2024 - Petites histoires des Jeux : trop petit, caractériel mais invité au journal télévisé, le destin en or de Jappeloup
Une anomalie de la pâture. Voici ce que fut Jappeloup, cheval adulé par les Français, dernière monture tricolore à avoir décroché une médaille d'or aux Jeux olympiques, mais que rien ne prédestinait à une telle épopée. Ni sa taille, ni son pedigree, ni son caractère. Il aura fallu le flair et la patience d'un cavalier, Pierre Durand, pour révéler ses incroyables dons et faire entrer le sport équestre dans une autre dimension.
"Tous derrière et lui devant". Contrairement au petit cheval de la chanson de Brassens, Jappeloup n'était pas blanc. Sa classe naturelle l'a pourtant propulsé devant tous les étalons du genre. Malgré effectivement une taille très modeste. 1m58 au garrot, pour un cheval destiné au saut d'obstacles, c'est souvent rédhibitoire. C'est d'ailleurs la première réaction qu'a eue Pierre Durand lorsqu'on lui a présenté ce hongre, en 1979. De ses propres mots, il l'a même trouvé disgracieux et dégingandé. L'histoire d'amour commençait plutôt mal.
Ange et démon
Il faut dire, à la décharge du cheval, qu'il n'était pas issu d'une noble lignée. Né d'un père trotteur inconnu au bataillon des champs de courses, et d'une jument pur sang, son patrimoine génétique ne laissait rien augurer du sauteur exceptionnel qu'il allait devenir. Un an après sa première rencontre avec Pierre Durand, Jappeloup, alors âgé de cinq ans, a l'occasion de montrer son jump en conditions réelles. Cette fois, le cavalier est sidéré par la détente de l'équidé et acquiert aussitôt celui qu'il décrira comme "le cheval de sa vie". Le plus célèbre duo de l'équitation française était né.
Les premières victoires s'enchaînent, avec notamment un titre de champion de France en 1982, et c'est confiants que l'homme et sa monture débarquent aux JO de Los Angeles en 1984. C'était sans compter sur l'impétuosité de Jappeloup. S'il a toujours démontré un caractère imprévisible et impulsif, le cheval choisit bien mal son jour pour le faire connaître à tous. Devant les yeux du monde olympique, le jour du concours par équipes, il désarçonne Pierre Durand en refusant un obstacle ! Le cavalier se retrouve projeté en l'air, de l'autre côté de la barrière, pendant que le diablotin file vers les écuries, sous les rires des 36.000 spectateurs.
Pierre Durand, pourtant, ne met pas longtemps à se relever. Physiquement comme moralement. Alors que les moqueries du milieu des sports équestres s'abattent sur lui et son partenaire, il va garder confiance en Jappeloup. Ensemble ils se remettent en selle et réapprennent à se comprendre, à anticiper les réactions de l'autre, à s'apprivoiser mutuellement. "J’ai fait l’effort d’aller vers lui et de tisser un véritable lien affectif", raconte le cavalier dans le journal suisse Le Temps. "C’est là qu’il s’est ouvert". Cette confiance réciproque, ce travail, cette complicité paient enfin quatre ans plus tard à Séoul.
Comme dans un rêve, le petit cheval efface les obstacles avec une facilité déconcertante et réalise un parcours sans-faute. On dira de lui qu'il mettait un point d'honneur à ne pas toucher les barres alors qu'en vérité il en avait tellement peur qu'il faisait tout pour les éviter. Respect ou crainte, peu importe après tout. C'est bien lui qui paradait, médaille d'or accrochée autour de la bride, devant les caméras du monde entier, après cette éclatante victoire. Les chevaux ordinaires ruminent de l'herbe. Jappeloup, lui, avait ruminé sa revanche. L'affront de Los Angeles était lavé.
Dès lors, une véritable "Jappeloupmania" s'empare de la France. Le peuple s'éprend de l'histoire de ce cheval jugé trop petit, de ses humeurs de diva, de ses facéties, et l'on s'arrache le moindre de ses crins... Apothéose incongrue de cette médiatisation inédite, l'animal est même l'invité du journal télévisé de TF1, où il apparaît à côté du présentateur, Yves Mourousi. On ne sait pas s'il repense alors au chemin parcouru, de l'anonymat douillet de ses verts pâturages de Gironde où il est né jusqu'à ces millions d'yeux braqués sur lui.
Sa cote d'amour ne faiblira jamais auprès du grand public, un film lui est même consacré en 2013, et c'est en héros national qu'il est fêté, au Champ-de-Mars, lors de sa retraite, annoncée en 1991. Deux mois plus tard, le 5 novembre, Jappeloup s'éteint subitement d'un arrêt cardiaque. Il n'avait que 16 ans. Le dernier obstacle était de trop.
"J’ai une explication pour ça, mais elle est un peu mystique", reprend Pierre Durand dans Le Temps. "Ce cheval était un envoyé du ciel et une fois sa mission terminée, il est parti. C’était dans son tempérament facétieux de prendre ainsi le contre-pied des choses. Il y avait la main de Dieu derrière ce cheval". Le cavalier, qui a reçu des milliers de lettres de soutien à l'annonce de la mort de son fidèle compagnon, enterrera "le cheval de sa vie" dans la commune du centre équestre qu'il dirige. Depuis ce jour, Jappeloup repose près du box qui l'a vu grandir. Certes pas beaucoup, mais suffisamment pour devenir une légende.
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