Paris 2024 : "Le cerveau et le corps connaissent le lieu par cœur, c'est l'avantage"... Comment les Français tirent déjà profit des sites de compétition

Depuis plusieurs années, les équipes de France de voile, de tir et de canoë-kayak peuvent s'entraîner sur les futurs sites olympiques et paralympiques des Jeux de Paris, à Vaires-sur-Marne, Châteauroux et Marseille. Un avantage non négligeable pour les athlètes français.
Article rédigé par Apolline Merle
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié
Temps de lecture : 7 min
Un site de canoë-kayak, le 11 mars 2024. (DIMITAR DILKOFF / AFP)

Profiter de l'avantage d'accueillir les Jeux olympiques et paralympiques à la maison. Pour de nombreux athlètes tricolores, les futurs sites olympiques et paralympiques sont depuis plusieurs années leur terrain d'entraînement. C'est le cas des équipes de France de voile, de tir et de canoë-kayak, qui profitent respectivement des installations de Marseille (Bouches-du-Rhône), Châteauroux (Indre) et Vaires-sur-Marne (Seine-et-Marne) pour préparer les Jeux de Paris.

Jean-Baptiste Bernaz, laseriste, champion du monde en laser (2022) et quatre fois finaliste aux Jeux olympiques, s'est même installé à Marseille il y a deux ans pour préparer son aventure olympique. "J'ai vraiment eu envie de m'imprégner des lieux. On a pris en main le plan d'eau depuis deux ans, avant même la rénovation. Le fait d'y passer du temps permet de gagner énormément en connaissance et en anticipation", confie celui qui a voulu mettre toutes les chances de son côté pour "ne ressentir aucun regret dans cinq mois". Si la Marina de Marseille a été inaugurée le 2 avril, les athlètes peuvent déjà s'entraîner depuis un an sur un site flambant neuf. "C'est vraiment royal, se réjouit-il. Nous avons une préparation aux petits soins."

La connaissance du lieu et des conditions météo

En voile, la connaissance des lieux est un axe déterminant à la performance. "Chaque plan d'eau est différent. Et Marseille est très particulier, avec du relief et de la chaleur l'été, analyse Jean-Baptiste Bernaz. Cela provoque des courants d'air et des perturbations, qui peuvent être très variables. Le fait de s'entraîner sur le site nous permet de mieux appréhender ses conditions et d'arriver à trouver des repères." Si les athlètes étrangers peuvent eux aussi venir prendre leurs marques sur le site, l'équipe de France effectue, elle, de nombreux entraînements depuis plusieurs années à différents moments, afin de se frotter à toutes les conditions climatiques. 

Le raisonnement est le même pour le tir. "Selon votre position dans le stand, vous allez avoir des conditions qui sont un peu différentes, en fonction du vent et de la température, d'où l'intérêt d'essayer les différents placements", explique Jérémy Monnier, entraîneur national de l'équipe olympique de carabine.

Photo illustrative du centre nautique du Roucas Blanc, construit pour les Jeux olympiques Paris 2024, à Marseille, et inauguré le 2 avril 2024. (ANNE-SOPHIE NIVAL / AFP)

Pour les athlètes, l'enjeu est donc le même en voile et en tir, autrement dit de se familiariser avec les installations et les conditions caractéristiques du lieu, comme "connaître les caprices du vent et de la mer dans la baie de Marseille, note Julien Bontemps, entraîneur de l'équipe de France de planche à voile. Par exemple, quand le vent vient de la terre, la mer est en général plutôt plate, et quand on a le mistral, cela entraîne de la houle." Autant de données que Julien Bontemps et les entraîneurs de l'équipe de France répertorient afin de construire une sorte de dictionnaire des bonnes stratégies à adopter, et ce, quelles que soient les conditions météorologiques.

"L'objectif est de bien identifier les conditions, pour ensuite utiliser notre expérience afin de tirer les bons bords."

Julien Bontemps, entraîneur de l'équipe de France de planche à voile

à franceinfo: sport

Ce n'est pas la première fois que Jean-Baptiste Bernaz se met dans ce type de conditions olympiques. "Pour les Jeux de 2016, je suis parti vivre un an à Rio, raconte-t-il. Mais tout était compliqué, que ce soit l'accès à la mer ou aux bateaux car il fallait passer par un yacht-club, moyennant beaucoup d'argent." A Marseille, les athlètes français peuvent s'entraîner librement et avec plus de confort. "Quand on part en stage dans le pays hôte, on ne peut pas emmener tout notre staff, car cela coûte très cher. Ici, comme on est à la maison, on a tout à disposition, toute notre équipe et notre matériel. Sans parler du fait que tout ce que l'on ne dépense pas dans les déplacements, on le met dans de la technologie et l'expertise."

L'athlète français Maxime Logeon se prépare à tirer lors d'une compétition de tir au ball-trap paralympique dans le cadre d'un test event en amont des Jeux de paris 2024, au Centre national de tir français (CNTS), à Deols, près de Châteauroux, le 9 avril 2024. (ALAIN JOCARD / AFP)

L'expertise peut d'ailleurs aller jusqu’aux embarcations qui sont adaptées aux spécificités du plan d'eau. "Nos bateaux sont profilés pour naviguer sur un lac et pour la vitesse, par conséquent ils ont un côté instable, explique la kayakiste Manon Hostens, qui a augmenté chaque année depuis trois ans sa fréquence d'entraînement sur le site olympique. Mais le site de Vaires-sur-Marne est très exposé au vent, il est même répertorié pour pratiquer la voile. Le plan d'eau est donc souvent instable, et là-dessus nous avons un avantage. Nous pouvons faire des tests au niveau des bateaux, notamment au niveau de la hauteur du siège, pour l'adapter aux conditions, afin de garder en stabilité."

La mémoire du mouvement

La connaissance des éléments météorologiques du site n'est pas le seul paramètre à étudier. "Comme nous avons le site au quotidien, nous acquérons également, du point de vue technique, la connaissance des mouvements d'eau sur le bassin d'eau vive ou la connaissance du bassin d'eau calme. Chaque millimètre du bassin va s'infuser dans le regard des entraîneurs et dans les sensations ressenties par les athlètes. Le cerveau connaît par cœur le lieu, mais le corps entier aussi, c'est là l'avantage", abonde Rémi Gaspard, directeur de la performance au sein de la fédération française de canoë-kayak. Un plus même sans connaître le parcours.

"On va tomber sur des mouvements qu'on aura reconnus à l'entraînement. On n'aura jamais fait tout le parcours en entier de la même manière, mais il y aura des enchaînements clés qu'on connaîtra forcément."

Rémi Gaspard, directeur de la performance au sein de la fédération française de canoë-kayak

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Au-delà du cadre sportif, les athlètes tricolores peuvent aussi se familiariser avec l'environnement qui entoure le site. Un détail qui a son importance dans la préparation olympique. "En été, il fait très chaud à Marseille. Il y a donc des habitudes à prendre au niveau du climat, avant d'aller sur l'eau en termes de protection solaire, d'hydratation, d'alimentation", souligne Julien Bontemps.

L'importance de se ressourcer

Autre avantage selon l'entraîneur de l'équipe de France de planche à voile : connaître les alentours pour savoir où se ressourcer pendant les Jeux. "En planche, notre régate dure une semaine. Il est donc important d'avoir des moments où on peut aller se ressourcer, s'aérer un peu l'esprit et recharger les batteries", appuie le coach qui sera à temps plein à Marseille dès le mois de mai jusqu'aux JO.

"La connaissance du lieu, de son environnement, de tous les à-côtés aussi, sont de l'énergie économisée pour les athlètes. Cela enlève des incertitudes et du stress supplémentaire."

Jérémy Monnier, entraîneur national de l'équipe olympique de carabine

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Plus globalement, la reconnaissance des lieux est un gain de sérénité pour les athlètes. "On a tellement testé le site que cela laisse moins de place à l'imprévu. On ne sera pas surpris par le soleil qui nous éblouit ou par un vent de côté par exemple", estime Manon Hostens, six fois championne du monde en descente sprint en individuel. Pour la kayakiste, la connaissance des infrastructures fait également partie intégrante de sa préparation mentale. "À l'approche de la compétition, j'aime bien être dans l'instant présent. On travaille en prépa mentale sur les odeurs, les bruits, autant de choses qui permettent de créer un environnement familier autour de moi."

Cette photographie aérienne prise le 7 février 2024 montre une vue du site olympique de Paris 2024 à Vaires-sur-Marne, où se dérouleront les épreuves de kayak et d'aviron. (MARTIN BUREAU / AFP)

Sans oublier l'avantage de la culture française et l'absence de décalage horaire. "Cela paraît logique mais le mode de fonctionnement du pays n'est pas toujours si évident quand on va à l'étranger. On se demande toujours comment fonctionne la vie quotidienne", ajoute Jean-baptiste Bernaz. Enfin, le laseriste voit encore un dernier avantage : le partage avec les proches. "Comme nous sommes à la maison, nous pouvons faire découvrir notre quotidien à nos proches, qui n'ont pas les moyens de se déplacer sur les JO d'habitude. Pour moi, il s'agit d'une énorme force". Bien que l'avantage de s'entraîner sur les sites olympiques soit certain pour les athlètes, les Jeux à domicile sont aussi synonymes de pression et d'attente autour d'eux. Un juste équilibre à trouver d'ici le 26 juillet prochain.

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