JO 2021 : pourquoi le cheval Jet Set de l'équipe suisse a dû être euthanasié après une chute lors du cross

La décision de mettre fin aux souffrances de l'équidé, qui s'était arraché un ligament en tombant, a suscité une vague d'émotion chez les amoureux des animaux.

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France Télévisions
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Le cavalier suisse Robin Godel sur son cheval Jet Set lors du cross country de l'épreuve du concours complet des JO de Tokyo, le 1er août 2021. Le cheval a dû être euthanasié après une mauvaise chute. (BEHROUZ MEHRI / AFP)

La course de cross, deuxième volet du concours complet d'équitation par équipes, a été stoppée, dimanche 1er août. Le temps d'examiner la blessure de Jet Set, le cheval monté par le cavalier suisse Robin Godel, victime d'une lourde chute sur un des obstacles. "Le cheval a été l'objet d'une attention immédiate près de l'obstacle, et après un premier diagnostic, a été transféré en ambulance équine à la clinique vétérinaire sur zone", décrit la fédération internationale dans un communiqué*. 

C'est là qu'a été décidé de mettre fin aux souffrances de l'animal. "Des scanners ont mis en évidence un arrachement irréparable des ligaments sur le membre inférieur droit." La décision a été prise conjointement par les vétérinaires, le cavalier et le propriétaire. Le comité olympique suisse a tenu à préciser dans un communiqué* que "l'accident n'est dû ni à une faute du cavalier ni à des défauts de terrain du Sea Forest Cross Country Course." 

Le membre inférieur, talon d'Achille du cheval

L'épreuve du cross country est particulièrement redoutable pour les chevaux. Jet Set est le quatrième cheval à y laisser la vie cette année, après la mort de Kasheer et Nightcaps en mai dernier en Australie, puis Hendrix au Royaume-Uni en juin, souligne le site spécialisé Horse Talk*. Si l'équitation est loin d'être le sport le plus risqué pour les athlètes (5% des cavaliers ont été blessés aux Jeux de Rio, loin derrière les handballeurs ou les joueurs de badminton, selon les calculs du site Insider*), les accidents y sont beaucoup plus graves.

Pour les chevaux, la pire des blessures est celle qui se produit à la jambe, un membre assez fin supportant 125 kg, un quart du poids de l'animal. Impossible de lui poser un plâtre, ni même qu'il puisse continuer à vivre normalement sur trois jambes. "On serait obligé de le suspendre, mais un cheval, pour vivre, a besoin de marcher, argumente Virginie Coupérie, consultante équitation pour France Télévisions. Tout se nécrose, le cheval aurait subi des souffrances épouvantables."

En effet, la finesse du membre entraîne bien souvent des fractures ouvertes après une lourde chute. L'os se brise en de multiples morceaux, après s'être tordu. Même si on arrivait à les ressouder ensemble, il aurait une forme bien différente de celle d'avant l'accident, explique la vétérinaire Jenny Hall, qui a officié auprès de l'équipe britannique aux Jeux de Londres, dans le Guardian*. Selon le degré de la fracture ou l'âge de l'animal, les médecins posent un diagnostic sur ses chances de survie. Et même si leur pronostic est positif, encore faut-il que le propriétaire ait les moyens de financer la convalescence de son cheval.

Le cas de Barbaro, célèbre outre-Atlantique pour avoir remporté le Kentucky Derby dans les années 2000, demeure emblématique. Une opération pour lui implanter des plaques en acier et une convalescence de huit mois (avec rééducation dans une piscine spéciale pour chevaux) n'ont pas suffi à sauver l'animal, victime d'une fracture au niveau du sabot. Après de multiples complications, décision a été prise de mettre fin à ses souffrances, à l'âge d'à peine 3 ans.

Des accidents mortels en baisse

L'American Association of Equine Practitioners a établi les règles pour faciliter la décision d'euthanasier un cheval*. Parmi les questions à se poser : le cheval souffre-t-il d'une maladie chronique et incurable qui le fait souffrir inutilement ? Le pronostic de qualité de vie du cheval est-il sans espoir ? Actuellement et dans un avenir prévisible, le cheval sera-t-il incapable de se déplacer sans aide, d'interagir avec d'autres membres de son espèce et d'adopter des comportements qu'on pourrait considérer comme essentiels à une qualité de vie acceptable pour lui ? Le cheval devra-t-il recevoir des analgésiques de façon continue et souffrir le reste de sa vie ? 

La fédération britannique, la British Horseracing Authority, tient des statistiques* sur le nombre de chevaux morts en compétition année après année. Selon ses données, le nombre d'accidents mortels – déjà faible – a baissé d'un tiers en vingt ans, pour atteindre 0,18% des chevaux. Cela s'explique en partie par une adaptation des parcours pour amener les cavaliers à freiner davantage et le choix d'obstacles moins résistants pour éviter les chutes. "Désormais, le cahier des charges impose un tiers ou un quart d'obstacles susceptibles de casser si une certaine pression est exercée, expliquait le cavalier Arnaud Boiteau dans L'Equipe en 2019. Il casse quand le cheval accroche et menace de basculer, risquant de provoquer un 'panache' mortel. C'est une évolution majeure : le couple est à terre mais sans mal."

* Les liens suivis d'un astérisque sont en anglais.

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