Des prémices de 1948 à l'apogée de 2012, comment les Jeux paralympiques ont trouvé leur place à côté des JO

Alors que les XVIe Jeux paralympiques s'ouvrent mardi 24 août à Tokyo, retour sur les nombreuses étapes qui ont permis la pleine reconnaissance de l'événement. 

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Les membres de la délégation britannique défilent lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux paralympiques de Londres 2012, au stade olympique, le 29 août. (GLYN KIRK / AFP)

"Nous désirons la reconnaissance. Qu'on ne regarde pas certains athlètes comme des 'animaux'." Ce crie du coeur a été lancé dans L'Obs par Arnaud Assoumani, athlète spécialiste du saut en longueur et quintuple médaillé paralympique, le 30 août 2012, au lendemain de la cérémonie d'ouverture des Jeux de Londres.

À l'époque, les paralympiques ne sont que très peu médiatisés et les performances des athlètes trop peu reconnues sur l'aspect sportif. Mais Londres a changé la donne. Jamais des Jeux paralympiques n'ont autant rassemblé. Si l'édition 2012 a été donné lieu à une communion unique entre athlètes et spectateurs, cet aboutissement est le fruit de décennies d'un combat acharné pour faire reconnaître les performances des athlètes handisports au même titre que celles des valides.

Pour retrouver l'origine des Jeux paralympiques, il faut remonter à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Sensible aux sorts des vétérans blessés à la moelle épinière, le gouvernement britannique fait appel à un neurologue allemand, le docteur Ludwig Guttmann. "Il était convaincu des bienfaits du sport dans le processus de rééducation des blessés médullaires", affirme Jean Minier, chef de mission de la délégation française aux Jeux paralympiques de Tokyo. Grâce à ses recherches menées à l'hôpital de Stoke Mandeville, situé en banlieue de Londres, Guttmann s'aperçoit rapidement que la pratique sportive renforce le système immunitaire de ses patients paralysés et leur accorde une meilleure espérance de vie.

Match de net-ball, forme de basket en fauteuil, organisé lors des Jeux de Stoke Mandeville, le 7 juillet 1930. (KEYSTONE PICTURES USA / ZUMAPRESS / MAXPPP)

En 1948, alors que Londres organise les Jeux olympiques, les premiers depuis 1936, Guttmann profite de l'occasion pour organiser une compétition sportive dans son hôpital. Seize vétérans en fauteuil roulant s'affrontent lors d'épreuves de tir à l'arc et de netball, une forme de basket. Le mouvement paralympique vient de naître. "Cette manifestation a par la suite été considérée comme les prémices des paralympiques", ajoute Jean Minier.

Premiers Jeux paralympiques en 1960

La machine est lancée. Dès 1952, les premiers Jeux internationaux de Stoke Mandeville sont organisés et rassemblent des vétérans européens. Ces jeux deviennent un rendez-vous annuel et gagnent en importance et en crédibilité auprès du Comité international olympique (CIO). Après de longues années de combat, Ludwig Guttmann obtient enfin la reconnaissance espérée. En parallèle des Jeux olympiques de Rome en 1960, le CIO accepte que 400 athlètes handicapés participent à une compétition sportive qui leur est dédiée sous l'appellation des "IXe Jeux Internationaux de Stoke Mandeville". 

Trois femmes en fauteuil roulant participent à une épreuve de tir à l'arc, le 7 juillet 1950, à l'hopital de Stoke Mandeville.  (KEYSTONE PICTURES USA / ZUMAPRESS / MAXPPP)

"Ce n'est qu'a posteriori, qu'on les a appelés les Jeux paralympiques de Rome", souligne Jean Minier. Entrés dans la cour des grands, les organisateurs doivent s'atteler à la création de catégories de handicap. "Au début, c'était très informel. Mais dès Rome, ils ont été obligés d'instaurer des catégories pour avoir des compétitions à peu près égales. Aujourd'hui encore, elles sont en constante révision", raconte Jean-Loup Chappelet, professeur émérite à l'Université de Lausanne et spécialiste des questions olympiques.  

Ces premiers Jeux paralympiques de l'histoire sont un succès, 400 athlètes venant de 23 pays font le déplacement. Huit disciplines sont à l'honneur comme l'athlétisme, le basket fauteuil, la natation, le tir à l'arc, le tennis de table ou encore l'escrime fauteuil. "Au départ, les Jeux ne sont réservés qu'aux personnes en fauteuil. Il a fallu attendre les Jeux de 1972 pour que des personnes atteintes d'autres handicaps manifestent leur envie d'être intégrées à cet événement", relève Jean Minier. Ainsi, dès les Jeux de 1976, les athlètes déficients visuels et amputés rejoignent les paralympiques.

Des concurrents britanniques quittent Londres le 9 septembre 1960 pour participer aux Jeux paralympiques de Rome. (KEYSTONE PICTURES USA / ZUMAPRESS / MAXPPP)

Garantir et protéger la tenue des paralympiques

Chaque nouvelle édition est synonyme d'avancées. En 1984, le terme "Jeux paralympiques" est adopté pour la première fois par le CIO. Plus les éditions s'enchaînent, plus les paralympiques se structurent et prennent de l'importance, notamment en 1988. "À Séoul, pour la première fois, les paralympiques sont organisés sur les mêmes installations que les JO", ajoute Jean Minier. Ce n'est d'ailleurs qu'en 2001 qu'un accord est signé entre le CIO et le CIP (Comité international paralympique) afin de garantir l'organisation des Jeux paralympiques tous les quatre ans, dans la foulée des Jeux olympiques.

En 2012, les liens entre les deux événements se resserrent au point qu'un même comité organise à la fois les Jeux olympiques et paralympiques. Une première. Et alors que seulement 400 athlètes participaient aux Jeux de Rome en 1960, ils étaient plus de 4 300 à Rio. Un record.

Autre record à Rio, celui de la force de frappe médiatique. Jamais les paralympiques n'ont été autant médiatisés. En France, selon les chiffres de Médiamétrie, si 40 millions de téléspectateurs ont suivi les Jeux olympiques pour près de 700 heures d'antennes, ils ont été 13,6 millions à regarder au moins un quart d'heure des Jeux paralympiques pour 100 heures de direct. 

Le tournant de Londres

Si tout cela a été rendu possible, c'est notamment grâce au tournant des Jeux paralympiques de Londres. Des stades combles, des performances incroyables et un esprit sportif sans précédent. "Les Jeux paralympiques ont connu un tournant au début des années 2000 mais le point d'orgue a été à Londres. Ils ont vendu la quasi-intégralité des billets [plus de 2,7 millions de billets, 900 000 de plus qu'à Pékin]. Ce n'était jamais arrivé", se souvient le spécialiste des questions olympiques, Jean-Loup Chappelet.

Surtout, "les organisateurs avaient bien préparé les spectateurs anglais à l'événement. Ils connaissaient les sports, les règles, les athlètes", analyse Benoît Hétet, le directeur de la communication de la Fédération française handisport et ancien responsable communication des équipes paralympiques entre 2004 à 2014. "La réussite des Jeux de Londres a décidé les diffuseurs à être plus présents, poursuit-il. D'ailleurs dès les Jeux de Sotchi en 2014, France Télévisions a couvert pour la première fois l'intégralité de l'événement. Cette dynamique insufflée par le service public a entraîné ensuite un engouement des autres médias."

Si le succès de Londres est indéniable, il serait toutefois à nuancer. "Je ne sais pas si on peut dire que Londres a été le tournant, tranche le pongiste Stéphane Molliens, champion paralympique à Rio, qui participera à ses cinquièmes et derniers Jeux à Tokyo. J'ai connu Athènes en 2004 où il n'y avait personne. À Pékin en revanche, les stades étaient constamment remplis. Mais entre le décalage horaire et le fait que la Chine soit un pays différent du nôtre, on a moins perçu cet engouement en Europe. Ce qui a joué à Londres, c'est qu'il s'agissait d'un pays voisin qui ressemble au nôtre. Le message était davantage audible", rappelle-t-il.

Des feux d'artifice illuminent le ciel au-dessus du stade olympique lors de la cérémonie de clôture des Jeux paralympiques de Londres 2012, le 9 septembre.  (BEN STANSALL / AFP)

Que ce soit Pékin, Londres ou Rio, les dernières éditions ont toutes joué un rôle dans la médiatisation et la manière de percevoir l'évènement. "Avant les Jeux d'Athènes, on parlait des JO mais très rarement des 'para'. Aujourd'hui, on parle des deux. On est beaucoup plus associés, et on vulgarise aussi plus le mot paralympiques. À l'époque, beaucoup ne connaissaient même pas le terme employé. J'ai entendu de nombreuses fois les termes 'para-olympique', 'handilympique'. Maintenant, c'est rentré dans le langage courant", affirme le pongiste Stéphane Molliens. Surtout, le regard du public et la reconnaissance des athlètes paralympiques ont considérablement évolué.

"Aujourd'hui, on nous voit davantage comme des athlètes qui défendent les couleurs de la France, et plus comme des gens qui ont un handicap et qui réalisent quelque chose de beau et de courageux."

Stéphane Molliens, pongiste

à franceinfo: sport

"On a longtemps été perçus comme ça. Maintenant, on est vraiment vus comme des sportifs", se réjouit-il. Les Jeux de Londres, avec une médiatisation jamais vue, ont aussi fait basculer les athlètes dans une autre dimension sportive. "On a aussi compris, nous les athlètes, l'exigence nécessaire pour rester au haut niveau. Car quand j'ai participé à mes premiers jeux à Athènes, j'avais le sentiment qu'on allait certes sur une compétition de référence, mais qui n'avait pas de dimension événementielle. Alors qu'aujourd'hui, nous sommes dans un vrai bel événement", souligne Stéphane Molliens.

Rendre les paralympiques plus accessibles 

Si les athlètes paralympiques ont démontré qu'ils étaient des sportifs de haut niveau à part entière, reste que leur médiatisation entre les olympiades est encore insuffisante pour fidéliser des publics. Ce sera d'ailleurs l'un des principaux enjeux des JO de Paris 2024. Après l'annonce de l'union des équipes de France olympique et paralympique pour ne former qu'une seule et même équipe afin d'offrir une même visibilité, l'objectif est maintenant de créer un lien entre athlètes handisports et le public. "Il faut médiatiser et suivre les athlètes en dehors des Jeux. Les Français ne connaissent pas assez leurs athlètes paralympiques, donc je ne vois pas comment ils iraient les encourager à Paris 2024", s'interroge Jean Minier.

Le travail est en marche, répond de son côté Benoit Hétet, de la FFH. "On travaille sur la pédagogie afin de rendre accessibles les catégories paralympiques aux futurs spectateurs. À Paris 2024, il y a la volonté de jouer le même match, les Jeux olympiques en première mi-temps, les paralympiques en seconde." 

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