Jeux paralympiques 2021 - Une vie d'athlète en manga : Gloria Agblemagnon, une compétitrice de poids à Tokyo

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La lanceuse de poids, Gloria Agblemagnon, participera à ses deuxièmes Jeux paralympiques à Tokyo. (Eternal-S)

Avant les Jeux paralympiques, franceinfo: sport dresse le portrait de six athlètes français prêts à briller à Tokyo. Atteinte de déficience intellectuelle, Gloria Agblemagnon concourra en lancer de poids pour s'offrir un premier podium paralympique.

Ce podium paralympique, elle en rêve depuis cinq ans. À Rio en 2016, la lanceuse de poids résidant à Saran (Loiret), Gloria Agblemagnon, avait terminé à la 11e place pour ses premiers Jeux paralympiques. Un résultat en-dessous de ses espérances mais surtout une expérience que la jeune athlète de 23 ans compte bien à mettre à profit cet été à Tokyo. "Cette médaille, je l'attends depuis cinq ans, surtout après l'année que nous venons de passer avec le Covid-19, confie-t-elle. Je suis dans les cinq meilleures mondiales, donc je me dis que c'est possible. La médaille serait pour moi la preuve que j'en suis capable et que j'ai réussi à accomplir de grands objectifs."

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De grands objectifs, Gloria Agblemagnon en a déjà atteints un certain nombre. Il n'y a qu'à regarder son palmarès. À 23 ans, seule la médaille paralympique manque à l'appel. En 2014, elle avait déjà remporté deux médailles d'argent (au poids et en marteau) lors du championnat d'Euope INAS (Fédération sportive internationale pour les personnes présentant un handicap intellectuel). 

Incassable

"Quand j'ai gagné ces deux médailles en 2014, j'ai eu un déclic. J'avais 16 ans à l'époque et j'ai pris conscience que, malgré mon handicap, je pouvais rivaliser et même battre les meilleures athlètes du monde", se rappelle la jeune femme, originaire de Vierzon. Entre 2015 et 2019, cinq médailles d'or sur la scène européenne et mondiale sont venues garnir son palmarès (deux en poids, deux en marteau et une en disque), ainsi qu'une médaille de bronze en poids lors des championnats du monde 2019.

Gloria Agblemagnon, athlète paralympique, dans "Incassable".  (SYLVAIN SERRANO)

Une touche à tout

Si elle a fait du poids sa spécialité, seul lancer intégré au programme paralympique dans sa catégorie (F20), Gloria Agblemagnon est une touche à tout. Au départ, elle s'oriente vers le tennis, l'équitation et le basket. Mais aucun de ces sports ne l'emballe. Ce n'est que quelques années plus tard, vers l'âge de 12 ans, que Gloria s'essaie à l'athlétisme.

"Au début, j'ai essayé beaucoup de choses comme le cross, le saut, le sprint. Ce n'est que plus tard que je me suis mise au lancer. J'ai débuté avec le javelot, puis le marteau et le disque avant de me mettre au poids", explique Gloria Agblemagnon, qui a tout de suite aimé l'importance de la technique dans ces disciplines de lancer. "Avant l'athlétisme, je faisais du sport pour faire plaisir à mon père qui détestait qu'on soit, mes frères et sœurs et moi, inactifs après l'école. Mais ce n'est qu'à partir du moment où j'ai débuté l'athlétisme, que j'ai pris du plaisir pour moi", développe-t-elle.

Petite, Gloria a subi beaucoup de moqueries lors de sa scolarité. L'athlétisme lui a permis de devenir plus forte, au point qu'aujourd'hui, cela ne l'atteigne plus. (Eternal-S)

Atteinte d'une déficience intellectuelle, Gloria Agblemagnon fait partie de ces athlètes avec un handicap invisible. Dans sa vie quotidienne, son handicap se manifeste par un besoin de temps plus important pour comprendre une consigne, une directive ou de la paperasse administrative. "Dans le sport, j'ai du mal à comprendre quelques consignes, je vais avoir besoin de plus de temps, je vais reposer la question, demander où je dois poser mon pied dans le plateau...", détaille-t-elle.

Un handicap invisible parfois difficile à vivre face aux regards des autres. "Il m'est déjà arrivé d'aller sur des compétitions et où certaines personnes me regardaient et se disaient : 'Concrètement c'est quoi votre handicap ?' Et la première phrase qu'ils disent quand ils ont la réponse, c'est 'Ça ne se voit pas'", approfondit-elle. Pendant son enfance aussi, elle a dû essuyer de nombreuses moqueries sur son handicap.

"Je me suis sentie très mal, j'étais complexée, surtout que je n'étais pas consciente de mon handicap.”

Gloria Agblemagnon, lanceuse de poids

à franceinfo: sport

"Je ne me suis jamais posé la question :'Qu'est-ce que c'est ? Est-ce que c'est grave ?' Donc le fait que des personnes se permettent de se moquer de mon handicap sans savoir, ça m'a fait mal", confie encore Gloria Agblemagnon. Face à cette épreuve, elle trouve refuge dans le sport, qui lui donne les clés pour se construire en tant que femme et athlète. "Le sport a été aussi un moyen pour moi de me libérer, de m'échapper de tout ça et de prendre confiance en moi. Il m'a permis de surmonter tout cela et a forgé mon parcours, estime-t-elle. Il fait partie de moi, je suis fière de vivre avec. Il m'a ouvert beaucoup de portes, dont celle des paralympiques. Il est devenu ma force.”

Gloria est issue d'une famille de sportifs. Son père était un footballeur professionnel et deux de ses petits frères marchent dans ses pas. L'une de ses deux grandes sœurs joue, quant à elle, au basket. (Eternal-S)

À la recherche du geste parfait

Si Gloria est arrivée jusqu'ici aujourd'hui, c'est notamment parce qu'elle est une acharnée de travail et surtout de technique. "Je me focalise beaucoup sur mes gestes, sur mes positions. Avec mes coachs, on cherche la perfection. Il faut savoir qu'au lancer, ce n'est pas que la force qui prime, c'est surtout la technique, et c'est elle qui m'intéresse dans mon sport", argumente Gloria Agblemagnon. Une perfection du geste, qu'elle assimile à l'art, et qui l'inspire dans un autre pan de sa vie : le stylisme, sa deuxième passion.

Si elle admire le styliste libanais Elie Saab, et notamment ses robes de soirées pailletées, son autre source d'inspiration vient bien des pistes d'athlétisme. "L'art a une place importante dans ma vie. Et il m'arrive de réaliser des croquis qui représentent les gestes des bras et des jambes lors du lancer, qui sont donc très techniques, et d'incorporer les vêtements par-dessus, pour arriver à des vêtements géométriques", explique celle qui veut en faire son métier une fois ses chaussures de sport rangées au placard.

Gloria rêve de décrocher une médaille à Tokyo. Reste maintenant à voir si les étoiles tokyoïtes seront alignées pour cette passionnée d'astronomie. (Eternal-S)

Mais avant de se retirer des pistes, Gloria Agblemagnon a encore de belles choses à réaliser, notamment à Tokyo, mais aussi à Paris, en 2024. "Je m'y vois déjà et je sais que ça va être quelque chose d'incroyable", affirme-t-elle, sûre d'elle. Un destin que cette amoureuse d'astronomie a peut-être aperçu à travers son télescope lors de l'une de ses soirées d'observation du ciel étoilé. Mais avant Paris, les étoiles peuvent déjà s'aligner à Tokyo et une médaille pourrait bien sortir de cette constellation.

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