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"L'Euro 2021 est un outil de dissémination du Covid par les supporters", alerte le professeur Philippe Amouyel

Les trois derniers matchs de l'Euro, qui seront joués à Wembley devant 60 000 spectateurs, inquiètent le professeur de santé publique au CHU de Lille.

Article rédigé par Apolline Merle, franceinfo: sport
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
Les supporters anglais présents en nombre à Wembley pour le huitième de finale contre l'Allemagne, le 29 juin 2021. (JVORGEN FROMME / AUGENKLICK / FIRO SPORTPHOTO / AFP)

L'Euro 2021 va-t-il se terminer par un scandale sanitaire ? Avant les demi-finales prévues mardi 6 et mercredi 7 juillet à Londres, la nouvelle poussée du coronavirus, tirée par le variant Delta, inquiète. 24 000 Britanniques ont été testés positifs le 4 juillet.

La chancelière allemande Angela Merkel et le président du Conseil italien Mario Draghi se sont dit préoccupés de voir la fin du tournoi prendre place à Londres, devant 60 000 spectateurs. Philippe Amouyel, professeur de santé publique au Centre hospitalier universitaire de Lille, fait le point sur les risques de propagation du virus dans cette fin d'Euro 2021.

Les demi-finales et la finale de l'Euro auront lieu à Wembley avec 60 000 spectateurs autorisés par match. Est-ce raisonnable alors que le Royaume-Uni est confronté à une nouvelle vague de l'épidémie, dûe au variant Delta ?

Professeur Philippe Amouyel : Si j'ai été très triste de voir la France éliminée si tôt dans la compétition, je me console en me disant que cela aura évité que de nombreux Français fassent le déplacement pour voir l'équipe de France en quart, en demie et en finale. Car il y a un vrai risque. Il n'y a qu'à voir ce qu'il s'est passé avec les 300 supporters finlandais qui sont revenus de Saint-Pétersbourg ou les 2000 Écossais, qui ont tous été contaminés par le variant delta.

On est face à une véritable interrogation car le Royaume-Uni est le pays dans lequel le variant delta circule le plus. Ils ont vraiment face à eux une nouvelle vague, avec 24 000 nouvelles contaminations par jour. Rassembler 60 000 personnes, même dans des stades aérés, fait qu'il y a un brassage important de populations aux entrées et sorties, dans le métro pour aller jusqu'au stade..., et qui risque de faciliter la circulation de ce variant. Surtout que les Australiens auraient d'ailleurs montré qu'il se dissémine beaucoup plus vite encore que les variants précédents.

Le Royaume-Uni est passé de 3000 nouveaux cas quotidiens début juin à 8000 le 11 juin puis 24 000 le 4 juillet. Peut-on dire que l'Euro a sa part de responsabilité dans cette nouvelle envolée de l'épidémie ?

Oui bien sûr. L'Euro est un outil de dissémination par les supporters qui vont suivre les matchs dans des villes comme Saint-Pétersbourg, ou à Wembley, qui sont des zones de circulation actives du virus. D'ailleurs, avec les mesures sanitaires mises en place, comme le pass sanitaire, on ne comprend pas comment 2000 Écossais et 300 Finlandais ont pu être contaminés.

Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que le stade est le point de rencontre de tous les supporters. Mais les gens ne vivent pas et ne viennent pas que pour le stade. Ils arrivent en avion, vont à l'hôtel, font la fête le soir dans des bars, et se contaminent peut-être en dehors du stade. Donc je ne sais pas quel contrôle on pourrait avoir là-dessus. Toutefois, ce n'est pas à cause de l'Euro que l'épidémie repart. Au Royaume-Uni, le variant delta était déjà présent sur le territoire avant le début de la compétition. En revanche, l'Euro a favorisé la dissémination du virus en Europe.

Pourtant, au moins 67% des Britanniques ont déjà reçu une première dose de vaccin. Boris Johnson s'appuie d'ailleurs sur ce chiffre pour lever certaines restrictions... 

C'est un faux problème. Il faudrait que toute l'Europe soit vaccinée, ou que les supporters soient vaccinés. Ce que le Premier ministre britannique dit sur la vaccination, je ne pense pas qu'il le dise pour l'Euro spécifiquement. Il dit finalement, à juste titre, que plus on vaccine, moins le risque de complication sera fort. D'ailleurs, on se rend compte, qu'il n'y a pas tant d'hospitalisations que ça au Royaume-Uni, ni une surcharge en réanimation.

Le principal problème est que les supporters vont revenir d'un pays où le virus circule beaucoup, et ils pourraient ramener avec eux le variant et faciliter ainsi la circulation du virus dans leur pays d'origine. C'est pour cela qu'il faudrait pour ces supporters un isolement obligatoire à leur retour.

Ces nouveaux foyers de contamination, couplés à l'Euro, risquent-ils de relancer l'épidémie en Europe cet été ?

En Europe, c'est déjà reparti. Regardez l'Espagne, le Portugal, le Royaume-Uni. Maintenant, est-ce que l'on va revivre une flambée telle que l'on a connu ? On n'est plus tout à fait dans les mêmes conditions, on est un peu protégés par le vaccin. Il reste toutefois, en France, trois ou quatre millions de personnes fragiles qui ne sont pas encore vaccinées. Et ce sont ces personnes qui développent des formes graves de la maladie, et qui peuvent avoir besoin d'une hospitalisation ou même d'être en réanimation. 

En France, il n'y a plus de jauges dans les stades depuis fin juin. Le nombre de cas a fortement baissé, mais la courbe s'est inversée. Doit-on prendre des mesures préventives pour éviter une nouvelle situation incontrôlable ?

Oui, mille fois oui. Car c'est au moment où les niveaux de contamination ne sont pas élevés qu'il faut prendre des mesures préventives. Je répète la même chose depuis un an et demi, il ne faut pas attendre d'avoir des milliers de cas par jour pour agir. Il faut pendre des mesures maintenant. Il faut peut-être remettre des jauges dans les stades, exiger un pass sanitaire un peu partout y compris dans les restaurants... Il faut mettre en place des choses maintenant pour éviter d'avoir en septembre des mesures insupportables économiquement et socialement. Il faut éviter une nouvelle dissémination, tant qu'on a pas une population largement vaccinée en France à deux doses.

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