Grève à i-Télé : "Bolloré ne nous aime pas"

Depuis plus de 24 heures, la chaîne d'info en continu diffuse de vieux programmes. Les salariés protestent contre la suppression annoncée de 70 postes et contre l'absence de stratégie de la chaîne, détenue par l'homme d'affaires Vincent Bolloré.

Un logo de le chaîne d\'information en continue iTélé, le 9 décembre 2015, dans les studios de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).
Un logo de le chaîne d'information en continue iTélé, le 9 décembre 2015, dans les studios de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Le groupe Canal+, dirigé par Vincent Bolloré, est une nouvelle fois dans la tourmente. La rédaction de la chaîne d'information du groupe, i-Télé, a entamé une grève reconductible, lundi 27 juin aux alentours de midi. Depuis plus de 24 heures, les images tournent en boucle. Seuls les bandeaux d'alerte en bas de l'écran restent alimentés par des journalistes stagiaires. 

Les salariés de la chaîne protestent contre les suppressions de postes prévus à la rentrée prochaine. Au total, sur les quelque 220 salariés de la chaîne, ce sont 70 postes qui vont disparaître, indique un communiqué du syndicat PlusLibres, notamment en raison de la quasi-disparition des JT sur Canal+ et sur D8. La direction a notamment annoncé son intention de ne pas renouveler 52 CDDU (contrat à durée déterminée d'usage), en raison de leur illégalité. 

"Il s'agit d'un plan social déguisé, s'étouffe une journaliste de la chaîne contactée par francetv info, on ne demande pas le maintien des CDDU, mais leur requalification en CDI." Les journalistes ne décolèrent pas depuis qu'ils ont appris la semaine dernière cette cure d'amincissement en même temps que la nouvelle grille des programmes. "Même si on nous enlève 1h30 d'antenne, on nous demande de faire quasi la même chose avec 50 personnes en moins", continue une salariée de la chaîne.

C'est irréalisable, on est incapable de tenir ce rythme.Journaliste d'i-TéléFrancetv info

Projets de publireportages et pressions éditoriales

Les journalistes se révoltent également contre le flou du projet éditorial proposé par leur direction. Début juin, ils avaient voté massivement pour une motion de défiance contre cette direction, après l'annonce notamment de projets de publireportages. 

"La colère remonte déjà à plusieurs mois. Il n'y a aucune stratégie, on ne nous donne pas d'infos, sans parler des pressions sur la ligne éditoriale", s'exaspère Jean-Baptiste Rivoire, élu SNJ-CGT et membre de la société des journalistes de Canal+ et d'i-Télé, contacté par francetv info. Le rédacteur en chef adjoint de "Spécial investigation", émission supprimée à la rentrée, était aux premières loges au moment de la censure par Vincent Bolloré d'une enquête sur le Crédit Mutuel.

Les journalistes d'i-Télé visent directement Vincent Bolloré, le patron de Vivendi et de Canal+. "Au début, il est venu nous voir et a fanfaronné avec ses milliards d'euros en disant qu'il comptait investir dans la chaîne", se souvient une journaliste sous couvert d'anonymat, "et maintenant on a tous l'impression qu'il cherche à assainir les comptes pour pouvoir nous revendre. On sent bien qu'il ne nous aime pas, qu'il n'apprécie pas notre métier".

Déficit chronique

Du côté de la direction du groupe Canal+, on explique que "la direction d'i-Télé doit prendre les mesures nécessaires pour assurer l'équilibre et la pérennité de la chaîne". En clair, il faut faire des économies. Depuis sa création en 1999, i-Télé perd de l'argent. Un déficit situé autour de 20 millions d'euros l'an dernier et qui pourrait monter à 25 millions en 2016, indique Le Figaro. Vincent Bolloré a d'ailleurs placé Serge Nedjar, fin mai, à la tête de la chaîne afin de redresser les comptes.

La grève pourrait donc encore durer. Un comité d'entreprise doit avoir lieu mardi à 15 heures et la direction d'i-Télé pourrait tenter à cette occasion d'arrondir les angles. Mais Jean-Baptiste Rivoire craint que ce ne soit insuffisant : "Ils vont juste nous donner quelques petits bonbons." Les journalistes ont rendez-vous à 19 heures pour décider de la suite du mouvement. Lors de la dernière assemblée générale, lundi soir, 73 journalistes ont voté la grève (11 ont voté contre et 34 ne se sont pas prononcés).