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Tableaux confisqués par les nazis : 5 questions autour d'une mystérieuse découverte

Près de 1 500 toiles de maître, notamment de Chagall et de Matisse, ont été retrouvées dans un appartement jonché d'ordures, à Munich, en 2012. L'affaire n'a été révélée que dimanche. 

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Parmi les presque 1 500 œuvres retrouvées en février 2012 dans un appartement à Munich (Allemagne) figure le Cheval bleu de Franz Marc. Une reproduction a été présentée lors d'une conférence de presse le 5 novembre 2013 à Augsburg.  (CHRISTOF STACHE / AFP)

Il s'agit de la plus grande découverte récente de tableaux volés durant la seconde guerre mondiale. Près de 1 500 toiles de maître ont été retrouvées dans un appartement jonché d'ordures en Allemagne en 2012 – et non en 2011 comme annoncé jusqu'ici par la presse allemande. L'affaire n'a été révélée que dimanche 3 novembre par l'hebdomadaire Focus (en allemand). Comment ces œuvres ont-elles atterri là ? A qui doivent-elles être rendues ? Francetv info liste cinq questions autour de cette mystérieuse découverte.

Comment ces œuvres ont-elles été découvertes ? 

Cette impressionnante collection est dénichée en février 2011 dans un appartement munichois où s'amoncèlent ordures et boîtes de conserve périmées, parfois depuis près de trente ans. Son occupant, Cornelius Gurlitt, est un octogénaire, manifestement atteint de syllogomanie, trouble obsessionnel qui pousse à une accumulation compulsive d'objets divers.

Il avait été contrôlé en septembre 2010 par des douaniers allemands dans un train reliant la Suisse à l'Allemagne, avec 9 000 euros en liquide, rapporte Focus. Rien d'illégal. Mais les enquêteurs, intrigués, finissent par obtenir plusieurs mois plus tard l'autorisation de perquisitionner chez lui.

C'est dans un appartement de cet immeuble, à Munich (Allemagne), que près de 1 500 œuvres ont été retrouvées en février 2012.  (MARC MÜLLER / AFP)

"Les conditions climatiques [de stockage] étaient une catastrophe pour les œuvres d'art" mais celles-ci n'ont "pas été gravement endommagées", a raconté un témoin de la découverte. 

Pourquoi ont-elle atterri dans cet appartement ? 

Ces œuvres "proviennent vraisemblablement" de collections saisies par les nazis, rachetées à bas prix par Hildebrand Gurlitt, le père de Cornelius. Ce dernier, décédé en 1956, était marchand d'art. Son fils a hérité de sa collection.

Menacé dans un premier temps, notamment parce qu'il avait une grand-mère juive, Hildebrand Gurlitt a finalement servi le régime hitlérien en écoulant à l'étranger des œuvres volées ou saisies. Une part importante du "trésor" retrouvé proviendrait donc de la spoliation de juifs. Les œuvres ont été soit confisquées par les nazis à des juifs puis revendues ; soit vendues à bas prix par des juifs en fuite ; soit confisquées par des agents du IIIe Reich parce que considérées comme étant de "l'art dégénéré".

Quels sont les tableaux mis au jour ? 

Le nombre d'œuvres découvertes s'élève à 1 406, dont la plus ancienne remonte au XVIe siècle. Parmi ces dessins, gravures, ou tableaux, figurent des créations de Toulouse-Lautrec, Renoir, Picasso, Matisse... Selon Focus, la collection compte notamment un tableau d'Henri Matisse ayant appartenu au collectionneur juif Paul Rosenberg, forcé d'abandonner sa collection lorsqu'il a fui Paris, et dont l'héritière légitime est sa petite-fille, la journaliste française Anne Sinclair.

(CHRISTOF STACHE / AFP)

Des tableaux jusqu'ici inconnus, dont un autoportrait d'Otto Dix, figurent aussi parmi les trouvailles.

(CHRISTOF STACHE / AFP)

Un tableau inconnu de Chagall a également été découvert. Selon Meike Hoffmann, historienne de l'art de l'université de Berlin, il représente une scène allégorique, datant probablement du milieu des années 1920, est "d'une valeur historique particulièrement élevée".

(CHRISTOF STACHE / AFP)

Focus estime à plus d'un milliard d'euros le montant des œuvres retrouvées, mais une experte travaillant sur l'affaire juge impossible toute évaluation.

Pourquoi l'affaire a-t-elle été tenue secrète ?  

Le long silence des autorités allemandes sur cette découverte est critiqué par des spécialistes. "Il y a un manque total de transparence et nous espérons qu'ils vont, dans les prochains jours, communiquer, publier une liste et donner un calendrier pour la restitution des œuvres", déplore Anne Webber, fondatrice et directrice de la Commission pour les œuvres d'art pillées en Europe.

Selon Focus, les autorités allemandes ont maintenu le secret en raison de la tâche immense que représentent l'identification des œuvres et la recherche des ayants droit. Elles ont admis être au courant "depuis plusieurs mois", mais observent depuis les révélations de l'hebdomadaire un mutisme presque complet, renvoyant au parquet de la ville bavaroise d'Augsbourg. Ce dernier a donné une conférence de presse mardi. 

A qui les oeuvres doivent-elles être rendues ? 

Dans un entretien à la presse allemande, le président du Conseil central des juifs allemands, Dieter Graumann, demande que les recherches soient menées aussi rapidement et complètement que possible, pour que les propriétaire légitimes ou leurs héritiers soient identifiés. Mais selon Meike Hoffmann, "les recherches sur l'origine des œuvres sont complexes et prennent beaucoup de temps".

Selon Focus, au moins 200 œuvres font l'objet de demandes officielles de recherche. De son côté, le gouvernement allemand affirme tout ignorer d'éventuelles demandes de restitution.

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