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Le Festival d'Avignon 2022 ouvre le 7 juillet sur fond d'inquiétude dans le monde du théâtre

Alors que le Festival d'Avignon, l'une des plus grandes manifestations consacrées au théâtre ouvre le 7 juillet, le monde du théâtre, toujours affecté par la crise du Covid, s'inquiète.

Article rédigé par franceinfo Culture avec AFP
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Olivier Py, Directeur du Festival d'Avignon, le 8 novembre 2019 pose dans les gradins du Théâtre Graslin à Nantes (LOIC VENANCE / AFP)

Le monde du théâtre se retrouve cette semaine à Avignon pour son grand rendez-vous annuel mais s'inquiète déjà pour la rentrée, après une saison où les salles n'ont toujours pas retrouvé leur public de pré-pandémie.

Le Festival d'Avignon et le "off" - le plus grand marché de spectacle vivant en France - démarrent jeudi avec l'esprit à la fête, renouant dès la veille avec la parade traditionnelle, absente pendant deux ans.

"On est à 70% des ventes, comme l'année dernière", affirmait en amont du festival Olivier Py, son directeur sortant, à qui va succéder l'acteur et metteur en scène portugais Tiago Rodrigues.

"Saison compliquée"

En 2021, malgré des jauges réduites, le taux de remplissage avait été de 85%, après une année record en 2019, à 95,5%. "Les festivals vont mieux que les salles ; la sortie le long de l'année ne s'est pas reconstruite", précise Olivier Py.

Pour les salles de théâtre, notamment à Paris, c'est en effet la consternation, à quelques exceptions près. En février, l'ex-ministre de la Culture Roselyne Bachelot avait annoncé une baisse de 25% de la fréquentation des salles de spectacle vivant et de cinéma.

"Pour nous, c'est entre 30 et 40% en moins. Cette saison a été compliquée, on ne va pas se voiler la face", affirme à l'AFP Nathalie Szewczyk, administratrice générale du Théâtre Rive Gauche.

"On a été nombreux à penser que ça allait démarrer très, très vite. Ce n'est pas du tout le cas. Les gens ont radicalement changé d'habitudes", regrette-t-elle, évoquant l'effet de la fermeture des salles, la distanciation sociale, le port du masque, les pass sanitaire et vaccinal. "Et ce n'est pas fini", dit-elle en référence à l'actuel rebond des contaminations au Covid et aux mesures prises pour remplacer les comédiens malades.

"Qu'est-ce que vous avez comme pièce pour rire?"

"En plus, on nous annonce déjà une rentrée sociale compliquée", ajoute Nathalie Szewczyk. Sans compter l'inflation. "Le café peut augmenter de prix, les gens continueront à en acheter, mais la culture, ça passe à la trappe, les gens se disent 'on regardera Netflix'".

Sa salle avait pourtant programmé Adieu Monsieur Haffmann, un drame à succès et adapté au cinéma, mais c'était sans compter avec un phénomène qui s'est accentué avec la pandémie.

"Les gens nous appellent en demandant : 'Qu'est-ce que vous avez comme pièce pour rire? La guerre, on n'en veut pas, on a ça à la télé'", explique l'administratrice. "Je peux comprendre cela mais c'est inquiétant si on va devoir faire tous la même chose".

"Il y a comme un nivellement par le rire, c'est très difficile de sortir des comédies"

Marc Lesage

directeur de la Michodière, des Bouffes Parisiens et du Théâtre de Paris.

Ses trois théâtres ont fait un peu exception à la règle avec des spectacles qui ont cartonné, notamment la comédie musicale Les producteurs d'Alexis Michalik ou Un couple magique, la nouvelle pièce de Laurent Ruquier avec l'animateur Stéphane Plaza."On s'en est très bien sorti mais je sais que, dès qu'on s'aventure sur un terrain un peu risqué, on est fragilisé", dit-il. "Les gens veulent le rire et des valeurs sûres".

"Quadrature du cercle"

La quasi-totalité des théâtres a pu tenir pendant deux ans grâce à des aides inédites de l'Etat mais, avec l'inflation - les constructions de décors ont augmenté de 20% selon M. Lesage -, rien n'est moins sûr.

La hausse des prix "impactera les charges fixes au moment où les collectivités diminuent leurs aides", rappelle Nicolas Dubourg, président du Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac).

"De plus en plus de structures parlent de déficits et, construire la saison 2023 avec ça, c'est la quadrature du cercle", dit-il.

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