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A Tours, une "Dispute" de Marivaux où les spectateurs deviennent voyeurs

Une arène fermée par un mur de miroirs sans tain derrière lesquels sont postés 28 couples de spectateurs : Jacques Vincey a présenté le 2 février à Tours une mise en scène astucieuse de "La Dispute" de Marivaux en forme de peep-show.
Article rédigé par franceinfo - franceinfo Culture (avec AFP)
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"La Dispute" de Marivaux, dans une mise en scène astucieuse de Jacques Vincey
 (Marie Petry)

"Dans l'oeuvre de Marivaux, deux couples sont soumis à une expérience  durant laquelle on assiste à leurs premiers émois, à leurs premiers ébats... Je  voulais que les spectateurs soient partie prenante de la pièce, dans un rapport intime, car tous nous avons traversé ces premiers émois, ces premiers ébats",  explique à l'AFP le metteur en scène et directeur du Centre dramatique régional  de Tours.

Troublant jeu de miroirs

Avec ce texte étrange où Marivaux refuse de marivauder, Jacques Vincey et les six jeunes comédiens du Jeune théâtre en région Centre-Val de Loire (JTRC)  emmènent les spectateurs dans un troublant jeu de miroirs. En mettant en présence deux hommes et deux femmes élevés à l'écart de leurs semblables et de la société, un prince se fait fort de découvrir lequel des deux sexes a été, le premier, infidèle dans ses rapports amoureux. "La Dispute, c'est une expérience ratée", constate le metteur en scène : aucune réponse ne pourra être apportée au terme de la confrontation.
"La Dispute" au Centre dramatique régional de Tours
 (Marie Petry)

Entre temps, les témoins de "La Dispute", parqués par deux dans des cabines  obscures, auront suivi les dialogues des cobayes grâce aux écouteurs mis à leur disposition. Voyant sans être vus, ils observent le laboratoire où les  comédiens sont confrontés à leur reflet démultiplié.

"Peep-shows" et télé-réalité

On pense bien sûr aux cabines de strip-tease, mais aussi aux émissions de téléréalité mettant des individus et des couples à l'épreuve du désir sous l'oeil des caméras et des téléspectateurs. "Ces émissions de téléréalité, ces faux-semblants réels, ou ces réalités fictives, qu'on le veuille ou non, nous y sommes confrontés", reconnaît Jacques  Vincey : "la question c'est l'époque où la pièce a été écrite, et l'époque à laquelle on vit... De savoir à quel point notre éducation influe sur nos impulsions".

Car Marivaux, bien de son époque, triche en mettant en présence ses jeunes  cobayes censés être "à l'état de nature" lorsqu'ils sont mis en présence les uns des autres. "Cet objet s'appelle un homme", expose le tuteur à l'une de ses  pupilles après la première rencontre... Et la tutrice de renchérir : "Je ne  m'étonne point qu'il vous aime et que vous l'aimiez, vous êtes faits l'un pour  l'autre".

"La détermination culturelle, raciale et sexuelle vient inévitablement  fausser le résultat de l'expérimentation", constate Jacques Vincey. Cette problématique du passage d'une économie sexuelle du XVIIIe siècle à celle du XXIe siècle est habilement résolue par le metteur en scène qui brouille la carte du tendre en mélangeant celles des genres. Cependant, confronté aux limites et aux règles de la vie en société, le désir et le plaisir résistent encore et toujours à l'analyse... et La Dispute se poursuit.

"La Dispute" de Marivaux au Théâtre de l'Olympia de Tours
Du 2 au 12 février, puis du 24 mai au 3 juin.
    http://www.cdrtours.fr/

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