"Juste Heddy", un récit chorégraphique touchant qui met K.O. les préjugés

Dans les quartiers Nord de Marseille où il a grandi, la danse c’est pour les fillettes. Mais Heddy Salem n’en a cure. Ce gosse des cités qui a enchaîné les galères a trouvé sa voie : celle de la danse. Grâce au chorégraphe Mickaël Phelippeau, le jeune homme raconte sa vie à coup de poings et de pieds avec une grâce inattendue. "Juste Heddy" est un spectacle original qui fait tomber les préjugés.

Reportage : M. Quioc / A. Poitevin / A. Vergnault
Seul sur le ring, ou plutôt la scène, il se bat pour se faire une place dans un monde qui ne l’a pas épargné. A 23 ans, Heddy Salem a déjà eu son lot de difficultés. Originaire des quartiers Nord de Marseille, il a vécu dans la rue, s’est engagé dans l’armée avant d’arriver à mettre des mots sur ses maux. Mais chez Heddy, la parole n’est pas facile, alors c’est avec son corps qu’il s’exprime. Son langage c’est celui de la boxe. Coups de pied, coups de poing…Une énergie folle presque farouche, que le chorégraphe Mickaël Phelippeau l’a aidé à canaliser.

Du noble art à l'art tout court

Pendant trois ans, les deux hommes ont travaillé ensemble pour faire du "noble art" de l’art tout court. Le résultat est surprenant, presque gracieux. Mais pour Heddy Salem, rien d’étonnant : "la boxe ça peut être très doux, quand tu fais du shadow (ndlr : méthode d’entrainement qui consiste à mimer les coups), tu boxes dans le vide et tu sens le vent passer autour de toi. Tes mouvements, tu les ralentis. Il y a un endroit dans la boxe qui peut être très sensible". Une sensibilité qu’il assume et dont il a fait sa force. Aujourd’hui très impliqué au sein du Théâtre du Merlan, scène nationale de Marseille implantée au cœur des quartiers Nord, Heddy espère attirer des publics qui n’ont pas l’habitude de fréquenter les lieux de culture. Le jeune homme conclut dans un rire : "Partageons un moment ensemble, de toute façon aujourd'hui avec le système, on est tous dans la même galère".