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Polnareff contre Cetelem : les cinq commandements du bon sosie

Alors que le chanteur poursuit l'organisme de crédit à la consommation pour avoir utilisé un sosie dans ses publicités, francetv info vous recommande de lire ce papier avant d'imiter votre idole.

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min.
Capture d'écran de la série de publicités Cetelem, où un acteur joue un sosie du chanteur Michel Polnareff. (CETELEM / YOUTUBE)

Michel Polnareff est fâché tout rouge. Voilà qu'il attaque en justice Cetelem, car il estime être ridiculisé par une série de publicités télé qui met en scène son sosie, notamment accroupi les mains dans le béton. "Cela porte atteinte à son image de marque, à sa carrière, à sa considération, cela le déshonore", estime son avocate, Viviane Simon, avant d'ajouter qu'on "peut faire de la parodie et de la caricature, mais jamais à des fins commerciales".

"La question qui est posée est la suivante : est-ce que le sosie de la publicité est un prétexte pour utiliser Michel Polnareff, ou est-il évoqué un sosie en tant que tel, par dérision ?", résume l'avocat Julien Fournier, contacté par francetv info. Entre le respect du droit à l'image et la liberté d'expression, comment imiter son idole en toute sécurité ? Francetv info vous a préparé ce petit guide pour vous épanouir dans les règles de l'art.

1Tu conserveras de l'humilité et du respect

"Je n'approuve pas du tout la pub Cetelem. J'ai de l'humour – Michel aussi – mais là, il y a des limites." Antoine Lozano est un sosie de Michel Polnareff depuis sept ans. Il a même obtenu l'autorisation du chanteur. "En août 2013, après plusieurs échanges, on a discuté au téléphone. J'étais en vacances, dans les toilettes de la salle de bain. Il m'a dit que si ça l'avait dérangé, il m'aurait fait cesser depuis longtemps, parce qu'il était au courant de tout ce qui avait trait à son nom."

Mariages, comités d'entreprises, anniversaires et nombreux passages à la télévision... Antoine "Loznareff" est très pris par cette activité, cumulée avec son métier d'agent immobilier. "Mais si je devais faire quelque chose qui sort de l'ordinaire, comme une tournée au Japon, alors je lui demanderais. Et s'il disait non, je ne le ferais pas."

"Aux Etats-Unis, vous savez, les stars choisissent elles-mêmes leur sosie officiel. Parfois, il y a même des concours." Sauf que Michel Polnareff "s'en fout", et lui aussi, d'ailleurs. Pour Antoine Lozano, l'essentiel est de garder la tête sur les épaules, avec du respect pour l'artiste. "Je recommande de ne pas faire de play back ou de mettre une perruque." Quant aux lunettes, accessoire phare du chanteur, les siennes ont été fabriquées par Pierre Marly, le lunettier des stars. "Mais attention à ne pas faire ça uniquement pour l'argent. Ceux qui le font salissent l'image de l'artiste. Il faut garder de l'humilité, savoir rester à sa place."

2Tu informeras ton idole de tes activités

Voilà plus d'un an qu'Aimerson est le sosie de Maître Gims, le chanteur du groupe Sexion d'Assaut. Le jeune homme a donc décidé de mettre les choses au clair. "J'ai contacté son frère pour lui demander si cela posait problème, j'attends sa réponse. Johnny Hallyday a plein de sosies en France, je ne suis pas sûr qu'ils aient tous demandé l'autorisation... Mais moi, je fais attention, je veux faire les choses bien." Aimerson assure des prestations dans les boîtes de nuit, mais il n'aime pas trop parler de cachets. "Gim's pourrait se dire que je me fais de l'argent sur son dos."

Aimerson respecte le chanteur. Les flyers, les affiches, les comptes Facebook et Twitter rappellent bien qu'il est un "sosie". Pas question, non plus, de porter atteinte à la réputation de l'original. "Je ne fais pas n'importe quoi. On m'a déjà proposé des émissions bizarres comme Le Prince de l'amour. Mais je me mets dans mon personnage et je sais que ça ne correspond pas à l'image de Gim's." Tous n'ont pas les mêmes égards. Brahim Tavarez, sosie de Booba, a participé à "Séduis-moi... si tu peux !", une émission de W9, où il a repris la chanson Scarface.

3Tu n'entretiendras pas la confusion

C'est peut-être une évidence, mais "il faut toujours spécifier qu'il ne s'agit pas de l'original, quand on fait la promotion d'un spectacle", explique Martine Tournié, de l'agence spécialisée Belinda Productions. "Il faut bien le préciser sur chaque support de communication", poursuit son collaborateur. "Par exemple, on peut écrire 'Florent Pagny' et jouer là-dessus, mais il faut obligatoirement le terme 'sosie'."

Quand il s'agit simplement d'un sosie vocal ou d'un imitateur, le terme "interprète" peut être préféré. Enfin, les affiches et flyers doivent présenter une photo du sosie et non de l'artiste en question, une dernière façon de dissiper les doutes.

4Tu t'abstiendras d'en profiter

En mai 2013, un Auvergnat de 34 ans s'était fait passer pour le chanteur Psy à Cannes (Alpes-Maritimes), au point d'abuser des médias. Coup de chance, l'épisode avait amusé l'artiste sud-coréen. Face à un faux Jim Carrey monté sur scène lors de la cérémonie de récompenses du cinéma tchèque, en février, à Prague, le public et les téléspectateurs s'étaient, eux, montrés circonspects.

Mais si vous comptez vous servir de votre (prétendue) ressemblance avec Nolwenn Leroy pour entrer gratuitement au Kouign-amann Club, faites tout de même attention. En France, l'usurpation d'identité est un délit pénal qui peut être sanctionné de cinq ans de prison et d'une amende de 75 000 euros. Au Maroc, en septembre dernier, un homme a été condamné à trois ans de prison pour avoir profité de sa ressemblance avec le roi Mohamed VI. "J'aime le roi et j'aime imiter ses tenues vestimentaires", avait-il expliqué.

5Tu éviteras les utilisations commerciales

En général, les juges ont moins de mansuétude avec la publicité, conçue pour faire vendre. "Quand un sosie se met en scène et se grime, il crée une œuvre originale, qui relève de la liberté d'expression. Mais il peut y avoir des limites, quand l'image de la personne est utilisée pour en tirer un profit", résume l'avocat Julien Fournier.

En 2007, une vidéo de faible qualité met en scène un homme ivre dans un avion, présenté comme l'animateur Jean-Luc Delarue. Il s'agit en réalité d'une publicité, accompagnée du slogan suivant : "Si c'était vrai, ce serait dans Choc Hebdo". L'affaire est portée devant la justice, qui donne raison à l'animateur : “Jean-Luc Delarue (...) est en droit de se plaindre de l’emprunt (...) censé le représenter dans une saynète fictionnelle détournée de l’actualité d’un fait divers (...) même sur un mode humoristique". A l'époque, l'intéressé avait fait l'objet de trois plaintes pour son comportement à bord d'un vol Paris-Johannesburg

Publicité et sosies font mauvais ménage, même à des degrés de confusion moindres. En 1984, déjà, la marque de chocolat Suchard-Tobler avait été condamnée pour avoir fait tourner un comédien anglais sosie de Gérard Depardieu. "Le préjudice moral de cet artiste est établi, le public ayant pu croire qu'il avait consenti à ce que son image soit associée à celle d'une marque de chocolat et qu'il avait perçu une rémunération en conséquence", avaient conclu les magistrats, cités par l'avocat Emmanuel Pierrat

Michel Polnareff a imaginé une autre issue à sa mésaventure, loin des tribunaux, rapporte L'Obs"Prendre un sosie du patron de la BNP [propriétaire de Cetelem]", pour le mettre "sur un chariot, les mains dans le béton et le cul en l'air !"

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