Entretien des églises parisiennes : "Nous avons pris beaucoup de retard", déplore un curé

Le curé de la paroisse Saint-Paul Saint-Louis du Marais, auteur de "Notre église est celle du bout de la rue", déplore un manque de moyens.

Pierre Vivarès, le 6 février 2019.
Pierre Vivarès, le 6 février 2019. (PH.B. / MAXPPP)

"Nous avons pris beaucoup de retard" concernant l’entretien des églises parisiennes, estime sur franceinfo mardi 16 avril Pierre Vivarès, curé de la paroisse Saint-Paul Saint-Louis du Marais, alors que la cathédrale de Notre-Dame de Paris a été partiellement détruite lundi dans un incendie. L’auteur de Notre église est celle du bout de la rue (Presses de la Renaissance, février 2019), dénonce un manque de moyens et regrette qu’il faille "à chaque fois attendre qu’une pierre tombe dans la rue pour commencer les travaux"

franceinfo : Après l’incendie, on a entendu la colère d’historiens, de défenseurs du patrimoine concernant l’entretien de ces édifices. Est-ce que vous la partagez ?

Pierre Vivarès : Nous avons pris beaucoup de retard. La séparation de l’Église et de l’État a eu lieu en 1905 mais loi a été votée en 1926. En 1929, on a eu la crise, en 1939 la guerre… Et ce n’est qu’à partir des années 1970 qu’on s’est dit qu’il faudrait peut-être commencer à faire quelque chose. Après, on n’a pas débloqué les fonds qu’il fallait. Les personnels de la direction des affaires culturelles, du département des édifices cultuels et historiques sont vraiment investis, sont très compétents mais ils manquent de moyens. Anne Hidalgo avait voté 70 millions d’euros sur sept ans pour l’entretien des églises parisiennes, soit 10 millions par an, c’est-à-dire rien. Ça ne suffit pas. On fait de la rénovation de façade, comme à Saint-Paul, à Saint-Augustin. Les façades sont très jolies, mais si vous regardez le dôme de Saint-Paul, il y a des filets qui retiennent les pierres depuis 10 ans. Un jour, ces pierres vont tomber. Les églises parisiennes qui dépendent de la ville de Paris ne sont pas en bon état. Des travaux sont faits mais il faut à chaque fois attendre qu’une pierre tombe dans la rue pour commencer les travaux.

D’un côté, les Français sont très attachés à leur patrimoine. De l’autre, ils n’ont pas envie de payer plus d’impôts et donc de donner de l’argent à la mairie qui finance ces réparations. Comment faire ?

C’est une question d’équilibre budgétaire. Le tourisme rapporte en France 17 milliards nets d’euros par an. Le budget de la culture, c’est 10 milliards d’euros. Il ne faut pas tuer la poule aux œufs d’or. Nos églises, notre patrimoine français et parisien rapporte plus que ce qu’il ne coûte et ce qu’il ne coûtera, quand bien même on l’entretient véritablement.

L'incendie peut-il servir de déclic ?

J’ai peur du financement émotionnel. Anne Hidalgo a voté 50 millions ce matin pour Notre-Dame. Contre 70 millions pour toutes les églises de Paris en 7 ans. On est dans l’émotion. J’aime beaucoup Notre-Dame de Paris et il faut la reconstruire. Il faut dépasser l’émotion et entrer dans une gestion beaucoup plus longue et sérieuse. Il manque de moyens humains aussi. Le diocèse de Paris a créé une fondation pour récolter des fonds de mécénat pour entretenir les églises parisiennes. Ce sont des mécènes privés qui payent les réparations. Mais pour que les travaux aient lieux, il faut que la mairie embauche du personnel. C’est eux [la mairie, ndlr] qui restent maîtres d’œuvres et d’ouvrage. On a plus d’argent que de capacité de travaux, c’est quand même paradoxal.