Maurice Genevoix au Panthéon : "Il a porté la parole de ses camarades après la guerre et jusqu'à la mort"

Pour Joseph Zimet, préfet de la Haute-Marne, en charge de l'organisation des commémorations de la Grande Guerre, l'écrivain "résume l'humilité des combattants de 14, leur misère et leur grandeur".

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Le cercueil de l'écrivain Maurice Genevoix, porté par la Garde Républicaine, entre au Panthéon, mercredi 11 novembre 2020. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Maurice Genevoix a été "un formidable témoin qui a porté la parole de ses camarades après la guerre et jusqu'à sa mort", salue, mercredi 11 novembre, Joseph Zimet, préfet de la Haute-Marne, chargé de l'organisation des commémorations de la Grande Guerre, alors que l'auteur de "Ceux de 14" entre au Panthéon.

>> Sur les traces de l'écrivain Maurice Genevoix, témoin des tranchées, qui entre au Panthéon.

La cérémonie du transfert du cercueil de l'écrivain, présidée par Emmanuel Macron, est l'aboutissement du "combat familial" de sa fille Sylvie Genoix et de son mari Bernard Maris, précise Joseph Zimet. Elle arrive également comme "le point d'orgue symbolique du centenaire" de la Grande Guerre, souligne le haut fonctionnaire.

franceinfo : C'est vous, Joseph Zimet, qui avez, dès 2011, proposé la panthéonisation de Maurice Genevoix. Neuf ans plus tard, c'est un soulagement et une joie aujourd'hui pour vous ?

Joseph Zimet : Ce n'est pas un soulagement. C'est une grande émotion de voir aboutir ce beau projet que m'avait proposé Sylvie Genevoix, la fille de l'écrivain et son mari Bernard Maris, tous les deux disparus. Sylvie Genevoix a été emportée par la maladie, Bernard Maris par les balles des tueurs de Charlie Hebdo. C'est un peu tout ça, tout ce combat, leur combat familial, qui est aujourd'hui concrétisé par Emmanuel Macron. Ça a pris du temps. Les panthéonisations prennent du temps.

Emmanuel Macron lisait Maurice Genevoix dans sa jeunesse. Et lorsqu'il est arrivé aux affaires et voyant à l'horizon pointer le bout du cycle commémoratif du centenaire, il a rouvert le dossier. Il l'a concrétisé.

Joseph Zimet

à franceinfo

Et aujourd'hui, ce qui est d'autant plus fort au plan symbolique, c'est que c'est adossé au centenaire du soldat inconnu. Cela fait beaucoup d'ingrédients réunis aujourd'hui au Panthéon. C'est une très belle façon de terminer le cycle commémoratif du centenaire qui a été long, mondial, mais aussi familial, qui a marqué les Français.

Pourquoi Maurice Genevoix a-t-il sa place au Panthéon ?

Maurice Genevoix, c'est un écrivain combattant, mais ce n'est pas seulement un écrivain combattant. C'est aussi un formidable témoin qui a porté la parole de ses camarades après la guerre et jusqu'à sa mort. Il est apparu souvent à la télévision. Il a écrit. Il est même intervenu dans des cérémonies à l'invitation du général de Gaulle pour le cinquantenaire de la deuxième bataille de la Marne. C'est aussi l'homme qui a concrétisé l'idée d'un musée de Verdun, le premier mémorial de Verdun, sur le champ de bataille de Verdun, en 1967, avec des objets qui avaient été ramassés sur le champ de bataille. Donc il ne faut pas l'enfermer dans la querelle des écrivains parce qu'on n'en sortira pas pour savoir s'il fallait Barbusse ou Péguy. Ce n'est pas que pour son mérite littéraire, même si son mérite littéraire est immense.

Genevoix, c'est une œuvre majestueuse, un peu oubliée. Donc cette cérémonie va la ramener un petit peu sur le devant de la scène.

Joseph Zimet

Et puis, c'est l'auteur de l'un des chefs d'œuvre, sinon le chef d'œuvre, Ceux de 14, qui résume d'une certaine façon la littérature de la guerre. Genevoix a toute sa place comme écrivain et comme témoin. Il est là comme point d'orgue symbolique du centenaire et donc c'est une très belle chose.

Maurice Genevoix a rendu hommage à ses compagnons de route, ses camarades disparus. Le lieutenant est devenu le chantre de la mémoire de cette guerre, le porte-parole des anciens combattants ?

Vous entendez cette voix empreinte d'humilité. Vous avez à la fois le classicisme du normalien et vous avez ce patois solognot, cette petite gouaille qui pointe comme ça. Quand vous lisez Genevoix, vous avez parfois l'impression de lire un patois, une langue vernaculaire sortie de la forêt. Et en même temps c'est un homme d'une exigence littéraire absolue, une langue d'une rigueur, une écriture d'un classicisme très cristallin. Et ce qui frappe chez Genevoix, c'est son humilité, le respect qu'il a pour porter la parole de ses camarades. Et c'est toute l'émotion de ce personnage très modeste qui a eu de grandes fonctions, puisqu'il a été secrétaire perpétuel de l'Académie française, ce qui n'est pas rien. Mais il résume l'humilité des combattants de 14, la misère de ces combattants et leur grandeur en même temps. Avec cette très grande modestie qui le caractérise, une langue très simple, sans atours, sans fard. C'est ça aussi qui entre au Panthéon. C'est la misère et la grandeur du peuple de 14.

Et il y a aussi les manuscrits, et notamment de l'ouvrage "Ceux de 14", qui vont entrer à la BNF.

Oui, c'est la grande générosité de la famille de l'écrivain. Toute son œuvre littéraire a été conservée dans sa maison à Vernelles qu'Emmanuel Macron avait visité au mois de janvier dernier, juste avant le confinement. Il avait tenu à déjeuner avec la famille, avec son biographe également, Michel Bernard, sur les bords de la Loire. C'était une très belle journée. Il avait feuilleté les manuscrits de l'écrivain, conservés pieusement par la famille dans la maison de Vernelles. C'était une très belle journée. Et ces manuscrits, une partie, vont être déposés à la Bibliothèque nationale de France. Donc aujourd'hui les collections de l'État vont aussi s'enrichir d'un nouveau patrimoine littéraire. Ceux de 14 entre aussi dans le panthéon littéraire du pays, à la BNF. C'est aussi un très beau symbole.

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