8-Mai : "Les jeunes d'aujourd'hui ont beaucoup de mal à se situer dans la logique d'un ancien conflit", estime une spécialiste

"Pour eux, la Seconde Guerre mondiale fait partie de l'histoire ancienne", affirme sur franceinfo Hélène Miard-Delacroix, professeure à Sorbonne Université, alors que le chef de l'Etat a présidé samedi la cérémonie de commémoration du 76e anniversaire de la victoire des alliés sur l'Allemagne nazie.

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Emmanuel Macron et les chefs de corps de l'armée assistent à une cérémonie marquant le 76e anniversaire de la victoire des alliés sur l'Allemagne nazie., à Paris le 8 mai 2021. (CHRISTIAN HARTMANN / AFP)

Emmanuel Macron a commémoré samedi 8 mai le 76e anniversaire de la victoire du 8 mai 1945 devant la tombe du soldat inconnu à Paris. "Les jeunes d'aujourd'hui ont beaucoup de mal à se situer dans la logique d'un ancien conflit", a estimé sur franceinfo Hélène Miard-Delacroix, professeure à Sorbonne Université, spécialiste de l'Allemagne contemporaine et des relations franco-allemandes.

franceinfo : Les jeunes d'aujourd'hui se sentent-ils encore concernés par la Seconde Guerre mondiale ?

Hélène Miard-Delacroix : 76 ans, cela fait au moins deux générations. Les jeunes d'aujourd'hui ont beaucoup de mal à se situer dans la logique d'un ancien conflit. Pour eux, la Seconde Guerre mondiale fait partie de l'histoire ancienne. Il la porte avec eux, cette espèce de mémoire que l'on retrouve dans les films, les mauvaises blagues, mais cela appartient au passé. Quand on essaie d'argumenter auprès des jeunes en leur disant que c'est important de se rapprocher, de faire l'Europe pour éviter la guerre, souvent on se heurte à une incompréhension parce qu'ils ne voient pas le problème. Cela ne fait plus partie de leur présent.

Les relations entre la France et l'Allemagne ont beaucoup évolué. Quelles sont-elles aujourd'hui ?

Les deux pays sont liés avec une accumulation. C'est un patrimoine qu'on a construit progressivement. C'était particulièrement exceptionnel en 1945 de tendre la main l'un vers l'autre dans la mesure où on avait été jusqu'au point de non-retour. Après, cela a demandé un effort insurmontable d'accepter le pardon et la demande de pardon de l'autre pour construire quelque chose ensemble.

"Aujourd'hui, nous avons accumulé non seulement un pardon, une histoire commune, mais aussi un savoir-faire, une imbrication d'intérêts, de structures, qui font qu'il est difficile de décrire les relations franco-allemandes en une phrase."

Hélène Miard-Delacroix, professeure à Sorbonne Université

à franceinfo

Peut-on toujours parler de couple moteur en Europe ?

Ce couple a eu sa grande histoire dans les années 1970 et 1980, où on était une douzaine de pays en Europe. Les choses ont complètement changé à partir de la chute du mur de Berlin, à partir de la réunification de l'Allemagne, de l'Europe, de l'adhésion d'une dizaine de pays à l'Europe. Aujourd'hui c'est beaucoup plus compliqué d'être le moteur quand on est plus de 25 membres. Cette idée de moteur ne doit pas être prise au pied de la lettre. Il ne s'agit pas pour les Français et les Allemands d'être ceux qui se mettent devant le cortège et qui bras en avant disent 'suivez-nous'. Il s'agit plutôt d'avoir cette capacité à deux pays, qui ont des avis divergents mais qui peuvent s'entendre, à proposer des dispositifs qui emmènent les autres.

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