Art africain : selon le président Kabila, la RDC demandera officiellement des restitutions à la Belgique

Dans des déclarations publiées le 7 décembre par le quotidien belge Le Soir, le président congolais Joseph Kabila assure que son pays demandera officiellement dans quelques mois la restitution d’œuvres d'art à son ancienne puissance coloniale, la Belgique. Cette demande qui s'inscrit dans le cadre du débat lancé par le président Macron sur la restitution du patrimoine africain, il y a un an.

Joseph Kabila, président de la République Démocratique du Congo, ici à l\'ONU en septembre 2018.
Joseph Kabila, président de la République Démocratique du Congo, ici à l'ONU en septembre 2018. (Frank Franklin II/AP/SIPA)
Le président Kabila s'exprimait à la veille de la réouverture, après cinq ans de travaux, du Musée royal de l'Afrique centrale, à Tervuren près de Bruxelles, un site qui abrite une des plus grandes collections d'art africain au monde.

En attente de l'ouverture d'un musée à Kinshasa

"Tervuren possède un grand nombre de documents, nos archives, que nous voudrions récupérer", affirme le président de la République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre).
Il explique qu'une demande de restitution sera formulée officiellement, probablement au printemps 2019, en lien avec l'ouverture à Kinshasa d'un musée construit en coopération avec la Corée du Sud.

"Nous attendons la fin des travaux et l'ouverture de notre propre musée (...) La demande de restitution sera évidemment sur la table. Un mois avant la fin des travaux, qui est prévue pour le mois de juin, il y aura une requête officielle", souligne Joseph Kabila, qui ne se représente pas à l'élection présidentielle prévue le 23 décembre en RDC.

Débat lancé par le président Macron à Ouagadougou

En novembre 2017, lors d'une visite à Ouagadougou, le président français Emmanuel Macron avait ouvert le débat sur la restitution du patrimoine africain, dont 85% à 90% se situerait hors du continent noir. Il y a deux semaines, après la remise d'un rapport d'experts concernant le patrimoine hébergé en France, Emmanuel Macron avait décidé de restituer "sans tarder" 26 oeuvres réclamées par le Bénin, des prises de guerre de l'armée française en 1892.

En Belgique, où vivent 250.000 personnes d'origine africaine, principalement congolaise, ce débat a connu un fort écho à l'approche de la réouverture du musée de Tervuren.

Le musée de Tervuren au coeur de la question en Belgique

Après le vaste chantier de rénovation, la direction du site revendique désormais une nouvelle approche "décolonisée" de ses collections, avec un regard critique sur la présence belge au Congo, au Rwanda et au Burundi. Mais certains détracteurs estiment que le musée continue de négliger le point de vue africain.
Oeuvres exposées dans le nouveau musée de l\'Afrique de Tervuren, près de Bruxelles, qui a été inauguré le 8 décembre 2018.
Oeuvres exposées dans le nouveau musée de l'Afrique de Tervuren, près de Bruxelles, qui a été inauguré le 8 décembre 2018. (THIERRY ROGE / BELGA MAG / Belga)
"Sur les 450.000 objets d'art africains pillés pendant la colonisation, une grande quantité provient de la RDC", a estimé Joseph Ibongo, ex-directeur général de l'Institut des musées nationaux du Congo, interrogé par l'AFP à Kinshasa. Ni le Premier ministre belge ni le Roi Philippe n'ont assisté à l'inauguration du musée rénové de Tervuren. "Le Roi ne s'immisce pas dans les débats en cours (...) Le climat n'est pas tout à fait propice à son déplacement", a expliqué cette semaine le Palais royal à l'AFP.