A Rio, une bibliothèque plonge ses visiteurs dans l'univers d'Harry Potter

De l'extérieur, cet édifice majestueux et immaculé ressemble aux autres bâtiments coloniaux du centre de Rio de Janeiro. Mais en entrant dans le Cabinet royal portugais de lecture, bibliothèque étonnante aux ornements spectaculaires, on a l'impression de se retrouver plongé dans l'univers de Harry Potter.

Construit en 1837, le Cabinet royal portugais de lecture réunit la plus grande collection de livres en portugais en dehors du Portugal.
Construit en 1837, le Cabinet royal portugais de lecture réunit la plus grande collection de livres en portugais en dehors du Portugal. (Carl DE SOUZA / AFP)
"On a vu ça dans Harry Potter, on voit des bibliothèques comme ça!", s'exclame Didier Margouet, touriste français de 57 ans, stupéfait devant les multiples étagères remplies d'ouvrages anciens aux reliures de cuir, le tout éclairé par un lustre monumental et des vitraux octogonaux qui laissent filtrer la lumière du jour par le plafond. "Oui, c'est comme au cinéma", acquiesce sa compagne Laeticia Rau, 50 ans. 
L\'intérieur du Cabinet royal portugais de lecture, avec son impressionant lustre.
L'intérieur du Cabinet royal portugais de lecture, avec son impressionant lustre. (Carl DE SOUZA / AFP)

Ce bijou néogothique a été construit en 1837 par une association d'immigrés portugais qui s'occupe encore aujourd'hui de sa conservation.Les mosaïques, sculptures et somptueux bas-reliefs en bois célèbrent l'âge d'or des grandes découvertes des navigateurs portugais, aux 15e et 16e siècles. Avec 350.000 livres, certains très rares, la bibliothèque réunit la plus grande collection de livres en langue portugaise en dehors du Portugal.

Symbole des liens toujours forts entre le Portugal et le Brésil

Malgré sa dénomination de "cabinet de lecture", c'est plus un lieu touristique qu'un lieu d'étude, même s'il continue d'attirer certains fidèles dévoreurs d'ouvrages anciens. Parmi eux, Carlos Francisco Moura, 86 ans, architecte et chercheur féru d'histoire portugaise. Arrivé du Portugal à l'âge de quatre ans avec ses parents, il se rend à cette bibliothèque depuis sa plus tendre enfance. "C'est l'alma mater des Portugais au Brésil", résume-t-il. Selon lui, depuis les années 1930, chaque livre publié au Portugal compte un exemplaire au Cabinet de lecture de Rio. 
La façade du Cabinet royal portugais de lecture, orné des drapeaux portugais et brésiliens
La façade du Cabinet royal portugais de lecture, orné des drapeaux portugais et brésiliens (Carl DE SOUZA / AFP)
Les liens entre le plus grand pays d'Amérique latine et son colonisateur durent depuis plus de 500 ans, le navigateur portugais Pedro Alvares Cabral étant le premier européen à avoir accosté sur le littoral brésilien, en 1500. En 1808, la cour du Roi Jean VI du Portugal, fuyant les troupes napoléoniennes, s'est établie à Rio de Janeiro, devenue la capitale de l'Empire portugais. Le monarque portugais reconnait sept ans plus tard l'indépendance du Brésil, dont il deviendra le premier empereur titulaire et qui sera gouverné par son fils, Pierre Ier. 
 
Le portugais est toujours la langue officielle du Brésil et les deux pays nourrissent encore aujourd'hui de nombreux échanges culturels. Des échanges symbolisés par les drapeaux brésilien et portugais qui flottent sur le Cabinet de lecture de Rio.

Une "fierté" pour la communauté portugaise à Rio

Tout comme Carlos Francisco Moura, Orlando Inacio, gérant de la bibliothèque, est arrivé à Rio en provenance du Portugal encore enfant. "C'est une vraie fierté de savoir que cette bibliothèque créée par des Portugais est une des plus belles du monde", déclare-t-il. Il retrace avec passion l'histoire du Cabinet de lecture, institution fondée en 1837. "L'objectif était de venir en aide aux immigrés, qui étaient pour la plupart peu instruits, pour qu'ils aient accès à la connaissance", explique le gérant.
Orlando Inacio, gérant du Cabinet royal portugais de lecture.
Orlando Inacio, gérant du Cabinet royal portugais de lecture. (Carl DE SOUZA / AFP)

L'association continue de financer la bibliothèque, ses membres payant une contribution mensuelle pour financer une partie des dépenses de maintenance. Le reste est couvert par les rentes provenant de la location de biens fonciers appartenant à l'association. M. Inacio est conscient que les "rats de bibliothèque" sont moins nombreux à l'ère d'internet, même si certains continuent de fréquenter le Cabinet de lecture pour consulter des ouvrages rares non disponibles en ligne. Il est l'heureux gardien d'un espace unique non seulement par sa beauté, mais pour ce qu'il représente pour la relation entre le Brésil et le Portugal à travers la langue.