"Cette année, on a dû faire huit versions du festival" : Jean-Louis Brossard raconte l’édition numérique des Trans Musicales 2020 proposée cette semaine

"Les Trans Musicales s'invitent chez vous" : annulé pour cause de pandémie, le festival rennais propose chaque soir de mercredi à samedi une alternative numérique en partenariat avec Culturebox. Les concerts de 12 groupes seront visibles en streaming live. Jean-Louis Brossard nous raconte comment est née cette édition virtuelle.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Jean-Louis Brossard, organisateur et programmateur du festival des Trans Musicales de Rennes, le 3 décembre 2015. (THOMAS BREGARDIS / MAXPPP)

Ce printemps, alors que tous les concerts et festivals étaient annulés les uns après les autres en raison de la pandémie, le festival rennais des Trans Musicales, qui clôt chaque année le cycle des grands rendez-vous musicaux, apparaissait comme chanceux. Parce que placé en fin d'année, tout le monde pensait qu’il échapperait à l’annulation. Peine perdue. La deuxième vague du Covid-19 l’a fauché en plein vol comme les autres.

Afin de ne laisser sur le carreau ni le public ni les jeunes pousses programmées, le festival propose cette semaine une alternative numérique, en partenariat avec Culturebox et Fip, baptisée "Les Trans Musicales s’invitent chez vous". Du mercredi 2 décembre au samedi 5 décembre, vous pourrez assister (gratuitement) en live streaming à une douzaine de concerts captés sans public au Trabendo à Paris et à l’Ubu à Rennes. Le cofondateur et programmateur en chef des Trans Musicales, l’infatigable défricheur Jean-Louis Brossard, nous raconte comment est née cette ultime version du festival.

Malgré les incertitudes, vous avez préparé ce festival tout au long de l’année. Y avez-vous cru jusqu’au bout ?
Jean-Louis Brossard : En octobre, quand a été annoncé le nouveau confinement, on s’est dit que c’était mort. Mais en réalité on n'a jeté l’éponge qu'il y a très peu de temps. Au début, on a travaillé comme chaque année, avec une programmation au Parc Expo et dans toutes les autres salles. Puis, voyant que seuls les spectacles avec public assis allaient être autorisés, on a misé sur les salles du centre ville de Rennes de petite capacité. Il a fallu dégraisser dans la programmation, supprimer tout ce qu’il y avait de dance dans la Green Room – on s’est dit autant les garder pour l’année prochaine. Puis, il y a eu l’annonce du couvre-feu. On a alors retravaillé les horaires, avec des concerts qui débutaient dès 11h du matin et le dernier qui se terminait à 21h. Ensuite on a décidé de terminer à 19h pour que le public puisse rentrer chez lui. Cette année, on dû a faire au moins huit versions du festival au total. A chaque fois, on espérait que la nouvelle version allait passer. Et en fin de compte, non. C’est comme ça, j’en ai pris mon parti, je commence déjà à travailler sur la programmation de l’an prochain.

Avez-vous le souvenir en 40 ans de festival d’avoir connu une galère aussi importante que cette annulation ?
Non, les plus grosses galères c’est quand on a dû faire face aux grosses grèves, par deux fois. C’était super dur la première, on ne trouvait même plus d’essence pour mettre dans les bagnoles mais on a réussi à avoir tous nos artistes quand même. Et une autre il y a deux ans, qui était l’anniversaire de la précédente. Mais on avait réussi une fois encore à avoir tout le monde.



Le festival n’aura donc pas lieu cette année. A la place vous faites "Les Trans Musicales s’invitent chez vous" avec des captations de concerts diffusées sur Culturebox. Pourquoi faire cette version ?
C’est pour ne pas laisser tomber les groupes et le public du festival. Les Trans Musicales ont un public vraiment à part que j’aime beaucoup. Chaque fois que je me balade dans les Trans, je remarque que le public est super réceptif, enjoué, cool. Ce sont des gens qui savent réagir sur plein de styles de musique différents, ils savent écouter, ils savent danser. Le festival est aussi un lieu de rencontres pour les jeunes qui convergent de plein de villes différentes. J’avais donc envie de dire bonjour au public. Je prendrai d’ailleurs le micro en début d’émission, comme je le fais au festival : j’ouvre toutes les salles et je m’adresse aux premiers arrivants, puis je reviens à la fin, dans la nuit du samedi au dimanche au Parc Expo, je balance un rappel du DJ et il est 7 heures du matin. C’est important pour moi, j’aime le faire, j’ai envie de dire au public vous avez été super, à l’année prochaine.

Comment avez-vous choisi les 12 groupes de la programmation virtuelle. Il y a beaucoup de Bretons…
Je tenais absolument à faire tous les artistes "accompagnés" du festival. Cet accompagnement permet de booster les groupes. Ils font des résidences à l’Ubu (une salle de Rennes) pour travailler le son et les lumières, et ils participent à la tournée des Trans dans le Grand-Ouest, soit trois ou quatre dates devant un public, avant de se produire au festival. On va donc proposer un raid breton avec les captations de six groupes qui passeront à l’Ubu, le vendredi et le samedi. Etant donné que les groupes étrangers ne peuvent pas venir, les six autres formations qui sont filmées au Trabendo et diffusées mercredi et jeudi, sont des groupes français de la programmation initiale qui étaient disponibles, comme Ladaniva de Lille ou Makoto San de Marseille, ou encore des groupes basés à Paris.

Quel est votre coup de cœur sur la douzaine de groupes proposés en live-streaming?
Mon gros coup de cœur, c’est le dernier. J’étais en train de boucler la programmation quand je suis tombé sur Gwendoline, il y a deux mois. Il s’agit d’un duo rennais, qui se monte à quatre sur scène. C’est du chanté-parlé, et il y a parfois un petit côté Indochine, avec de l’électro. J’aime beaucoup leurs textes qui ne ressemblent à rien d’autre. Gwendoline a un tube, Chevalier Ricard, que je me mets à fond quand je n’ai pas la grande forme.



Que pensez-vous des concerts filmés et diffusés en streaming ? Des comédiens et des metteurs en scène ont adressé la semaine passée une lettre ouverte à Roselyne Bachelot dans laquelle ils s’inquiètaient "des dérives possibles" de la diffusion de spectacles en streaming, qui pourraient selon eux, "conduire à la disparition progressive des théâtres". Voyez-vous le streaming de concerts live comme une menace ?
Le théâtre et la musique live, ce n’est pas du tout la même chose. Ça se vit différemment. Au théâtre tu es assis, tu regardes un spectacle. Donc à la limite tu peux regarder "Au théâtre ce soir" chez toi comme dans les années 70, c’est bien filmé, tu es dans ton salon, tu peux manger un yaourt si tu as envie. Le concert c’est radicalement différent. C’est quelque chose qui se vit. Regarder tout seul chez toi via ton écran un groupe qui dépote ou qui te donne envie de danser, ce n’est pas pareil que d’y être. C’est pourquoi je pense que le streaming de concerts ne remplacera jamais le live.

"Les Trans Musicales s'invitent chez vous", ce sont trois concerts par soir en streaming sur Culturebox, du mercredi 2 décembre au samedi 5 décembre.

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