Sting à Chambord, un concert majestueux dans un site enchanteur : on y était

Une voix et une silhouette immuables. Des tubes en cascade issus de la carrière solo comme de la période du groupe Police, dans des versions rock, avec en arrière-fond la façade inouïe du château de Chambord (malgré de gros échafaudages sur les cimes)... Sting a donné un concert spectaculaire mardi 28 juin.

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France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
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Sting sur scène à Chambord le 28 juin 2022. Derrière lui, le batteur Zach Jones (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

S'il ne bondit plus sur scène comme dans les grandes heures de son ancien trio rock The Police, sa voix, son allure et son charisme conservent une fraîcheur et une jeunesse insolentes. Sting, 70 ans, chanteur et bassiste anglais parmi les plus célèbres du monde du rock - et au-delà - depuis plus de quarante ans, a proposé un show mémorable mardi 28 juin, à quelques battements d'ailes du Château de Chambord, devant plus de 20 000 spectateurs.

Prévu initialement en 2020, reporté deux fois pour cause de pandémie de Covid-19, le concert du cofondateur et songwriter du groupe The Police a pu enfin se tenir dans le cadre royal du festival "Chambord Live" qui l'a vu succéder à trois groupes et artistes qui se produisaient depuis l'après-midi, parmi lesquels son propre fils Joe Sumner pour un set entre pop, folk et confidences en français, et dont la voix nous rappelle parfois celle de son célèbre père.

Initialement, la tournée 2020 de Sting était censée suivre de près la sortie d'un album intitulé My Songs (2019) pour lequel le chanteur a réenregistré plusieurs de ses succès, époque Police et carrière solo comprises. Une grande partie de ce répertoire revisité a constitué la set-list du concert de Chambord, complétée par trois chansons du dernier album The Bridge (2021).


La scène du concert où Sting s'est produit, près du Château de Chambord (28 juin 2022) (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

Retour aux sources rock

21h20. Sting, veste jaune sur tee-shirt rayé rouge et noir, attaque en force son tour de chant avec Message in a Bottle, l'un des titres phares de l'album de Police Regatta de Blanc (1979), un classique absolu restitué avec l'intention rock originelle. On est loin de la version guitare-voix lente, dépouillée, rubato (libérée des contraintes rythmiques) que l'artiste avait pris l'habitude d'interpréter sur scène dans les premières années de sa carrière solo. Le concert s'inscrit sous le signe du rock, du groove, de belles improvisations du groupe et d'hommages aux esthétiques que Sting affectionne. Le chanteur enchaîne avec Englishman in New York, clin d'œil au jazz et énorme succès solo, où l'harmonica remplace le saxophone soprano de Branford Marsalis, suivi d'une merveille de l'ère Police, Every Little Thing She Does is Magic. De quoi émouvoir en profondeur les plus de (deux fois) vingt ans.

Sting s'est entouré d'un groupe percutant et éclectique où l'on retrouve des artistes avec lesquels il s'est déjà produit ces dernières années, en tête desquels le guitariste Dominic Miller, fidèle complice depuis une trentaine d'années, mais aussi le fils de ce dernier, Rufus Miller également à la guitare, l'excellent Shane Sager à l'harmonica, Zach Jones à la batterie, Kevon Webster aux claviers et des solistes vocaux : Joe Sumner - cette tournée est aussi une affaire de famille -, Melissa Musique et surtout Gene Noble dont les vibes aériennes et la voix de velour feront sensation plus tard sur Shape of my Heart. En attendant, Sting, silhouette féline et sourire chaleureux, poursuit son festival de pépites avec If You Love Somebody Set Them Free, gros son groove qui fut le premier single de Sting en solo, toujours efficace 37 ans après son lancement, avec ses arrangements revigorants, ses chœurs et son refrain qui fait se chalouper le public. Pendant ce temps, alors que la nuit tombe progressivement, le château de Chambord change de couleur au gré des éclairages du concert : parme, pêche, bleu ciel, vermeil...

Des tubes qui s'enchaînent

Après une série de chansons du dernier album The Bridge (dont le titre d'ouverture Rushing Water), Sting nous rappelle au souvenir d'une pépite de 1993, Seven Days et son "Thousand Rainy Days" dans les dernières secondes, jolie autocitation de Every Little Thing She Does is Magic... Deux autres grands succès de cette époque (album Ten Summoner's Tales), Shape of my Heart avec sa célèbre intro mélancolique à la guitare (la chanson fut utilisée pour le film Léon de Besson), et bien sûr Fields of Gold, ravissent la foule. En ce 21e siècle, un signe ne trompe pas pour attester de la popularité d'une chanson : une marée de smartphones s'élève au-dessus des têtes dès les premières notes. L'espace de quelques secondes, on repense avec nostalgie à cette époque lointaine où les téléphones portables n'existaient pas et où il fallait planquer son appareil photo avec ingéniosité si l'on espérait ramener une image volée du concert de son idole. On y pense quelques secondes... et puis on sort son smartphone.

Sting revisite différents univers musicaux avec deux chansons de 1999, Brand New Day et son esprit Motown (Stevie Wonder joue de l'harmonica sur le disque, remplacé ici par Shane Sager), Desert Rose et ses sonorités orientales, et il glisse du Bob Marley au milieu d'un enchaînement endiablé de morceaux cultes de Police, le reggae Walking on the Moon et So Lonely. On savoure aussi ce Wrapped Around your Finger chanté complètement différemment par rapport à la version de 1983, et ce King of Pain qu'on a tant aimé, enchaîné avec le classique Every Breath You Take, troisième (et pas le moindre) extrait du sublime album Synchronicity de Police, en guise de final officiel du concert.

Deux rappels clôturent le tour de chant : Roxanne, morceau culte des débuts de Police, avec sa fameuse intro rock à la guitare, dont le public reprend le refrain en chœur alors que des éclairages rouges restituent la "red light" (lumière rouge) de la chanson ; et enfin le poétique Fragile (1987), pour lequel Sting s'accompagne d'une guitare acoustique, avec le renfort d'un violon et d'un choriste. "Merci ! Au revoir !", lance en français le chanteur anglais, à 22h56, à un public ravi.

Sting sur la grande scène du concert de Chambord, le 28 juin 2022 (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

Un public enchanté... et une belle galère au parking

Côté public, plusieurs générations se seront croisées, avec une bonne proportion se situant entre la quarantaine et la soixantaine. Parmi les spectateurs interrogés avant le concert, beaucoup habitent la région et ont saisi l'opportunité de ce mini-festival dans un cadre onirique pour découvrir Sting sur scène. Bernard-Yves, qui habite à 10 km, écoute Sting depuis longtemps. "J'ai au moins quatre ou cinq CD à la maison. C'est un très beau personnage, très engagé, en plus de sa musique. Je sais que Sting a visité le château tout à l'heure. J'ai essayé d'y entrer mais je n'avais pas les bons billets !", s'amuse-t-il. Un peu plus loin, trois amies, Amélie, Valérie et Julie, âgées de 30 à 40 ans, jubilaient avant le coup d'envoi. Originaires de Blois, elles avaient réservé ces places pour faire un cadeau d'anniversaire à l'une d'elles, Valérie, en 2020, avant la pandémie. Entre-temps, Amélie, blonde et chaleureuse, a déménagé à Nantes mais est revenue spécialement pour l'occasion : "Le gros kif, c'est de le voir à Chambord. Sting, c'est quelqu'un qui fait du bien aux oreilles. Et on en a besoin !"

Une famille venue de Limoges - un couple et leur fils ado - attire l'attention : la mère, Nathalie, arbore un tee-shirt Sting : "Je viens de l'acheter en arrivant !" Le père, Régis, est musicien : "À l'origine, j'adore Clapton, et quand il a fait une chanson avec Sting, It's probably Me, je suis tombé amoureux de Sting, de sa voix, de sa basse ! Mais j'aimais déjà Police ! J'ai vu Sting en concert il y a très longtemps à Cognac." Même les personnes qui ne connaissent pas sa discographie dans le détail apprécient sa musique et admirent l'homme. "Sting m'inspire un grand respect, il est soucieux de ce qu'il se passe autour de lui, du monde, de la planète", explique Flo. Sa voisine Jess, sourire et yeux pétillants, arrive tout juste du Hellfest.

À la fin du spectacle, des admirateurs de longue date expriment leur joie. Fans depuis 1982, Sébastien et Éveline sont aux anges. "On connaissait toutes les chansons. Et dans un tel site, c'est majestueux", sourit cette dernière. "On a vu une grande star aujourd'hui", s'enthousiasme de son côté Bruno qui n'avait jamais applaudi Sting sur scène auparavant. "Je l'ai vu en concert avec Police à Royan, sous un chapiteau, en 1980, j'avais vingt ans", se souvient son ami Philippe qui ne l'avait pas revu depuis cette époque. Les deux compères, qui habitent dans la région, avouent avoir été émus plus d'une fois durant le concert. Même sourire chez trois autres amis, plus jeunes, à quelques mètres de là, qui habitent le Loir-et-Cher et qui ont découvert Sting sur scène. "Au niveau du son, sincèrement, c'était top, par rapport à des concerts qu'on fait sur Paris, ou au Stade de France où il y a des problèmes d'écho", observe l'un d'eux, également prénommé Bruno, large sourire aux lèvres. "Et le cadre est superbe." Seul bémol à ce tableau idyllique : les embouteillages monstres pour quitter le site. Rien que pour sortir du parking après le spectacle, l'attente était juste interminable.

Après Chambord, Sting enchaîne avec plusiques dates françaises : Printemps de Pérouges (29 juin), Main Square Festival (1er juillet), Nancy (3 juillet), Nîmes (4 juillet), Festival de Poupet (12 juillet). Puis il va parcourir l'Europe avant de revenir dans l'Hexagone en octobre et novembre.

Sting à Chambord : set-list

Message in a Bottle
Englishman in New York
Every Little Thing She Does is Magic
If You Love Somebody Set Them Free
If It’s Love
For Her Love
Rushing Water
Seven Days
Fields of Gold
Brand New Day
Shape of my Heart
Wrapped Around your Finger
Walking on the Moon
So Lonely (avec clin d'œil à No Woman no Cry de Bob Marley)
Desert Rose
King of Pain
Every Breath You Take

Rappel
Roxanne
Fragile

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