The Cure à Rock en Seine : révisez le coeur de la setlist avec une douzaine de chansons

Le groupe de Robert Smith est attendu avec impatience vendredi 23 août sur la pelouse de Saint-Cloud. Voici une petite mise en jambe avec une poignée de classiques de The Cure joués sur cette tournée.

Robert Smith, leader-chanteur-guitariste, lors du concert de The Cure au 23e Hurricane Festival à Scheßel en Allemagne le 23 juin 2019.
Robert Smith, leader-chanteur-guitariste, lors du concert de The Cure au 23e Hurricane Festival à Scheßel en Allemagne le 23 juin 2019. (RUDI KEUNTJE/GEISLER-FOTOPRESS / GEISLER-FOTOPRESS)

Ce vendredi soir, The Cure donnera son seul concert français de l'année à Saint-Cloud, au festival Rock en Seine. Depuis 1979, entre rock et cold wave, The Cure a accumulé les tubes et les albums mythiques, plus qu'il n'en faut pour remplir les 2h15 qui leur seront allouées sur scène. Alors en attendant le concert (et la sortie d'un album en octobre), voici quelques chansons incontournables de Robert Smith et ses camarades musicaux, chansons qui constituent le coeur de leurs performances cette année.

Boys Don't Cry (single - Boys Don't Cry, 1979)

C'est certainement la chanson la plus connue de The Cure, tout en étant seulement le deuxième single de l'histoire du groupe. Boys Don't Cry est un hymne rock presque post-punk en forme de ballade amoureuse désespérée. Toute l'âme des Cure est déjà présente : une guitare virevoltante, une voix aiguë et plaintive, et des paroles d'infortune déclamées sur une mélodie pourtant enjouée. Une conclusion efficace à la quasi totalité des concerts du groupe.

Play For Today (Seventeen Seconds, 1980)

Si Boys Don't cry résumait le style Cure, Play For Today l'affirme. Encore une fois, le chanteur, guitariste et leader Robert Smith raconte une déchirante désillusion amoureuse sur une rythmique dansante, introduite par ce qui est peut-être l'un de ses riffs les plus efficaces. Un riff qui résume à lui seul la production de l'album Seventeen Seconds : de la réverb et des distorsions de guitares pour se rapprocher d'un son new wave qui n'est pas encore à son apogée. Ce son si 80's, The Cure va contribuer à le graver dans le marbre.

A Forest (Seventeen Seconds, 1980)

A Forest est la chanson qui définit le mieux la première période de The Cure. Une guitare éthérée et atmosphérique, une batterie battant un rythme infernal et militaire, une basse presque mystique et des paroles évasives... A Forest est l'un des morceaux qui on contribué à définir ce qui est appelé en France la "cold wave", soit la part sombre et glacée de la new wave. En live, le groupe l'interprète en général immédiatement après Play For Today, et peut prolonger le plaisir avec des versions excédant les 10 minutes, à base de questions-réponses musicales entre la guitare de Robert Smith et les accords de basse de Simon Gallup. 

One Hundred Years (Pornography, 1982)

"It doesn't matter if we all die" ("Ça ne fait rien si nous mourrons tous"...) Voilà les paroles qui introduisent en 1982 le quatrième album de The Cure, Pornography. La gigantesque One Hundred Years en est une porte d'entrée sauvage et inattendue, où le désespoir de Robert Smith prend ses fans de court. Cet album, et plus particulièrement cette chanson, sont la quintessence de la dépression. Des distorsions et dissonances assourdissantes envahissent l'entièreté de l'espace sonore, la batterie et la basse n'ont jamais autant sonné comme un inexorable glas réarrangé par les fantômes du rock. One Hundred Years n'a (scandaleusement) pas le privilège d'être joué à chaque concert, mais tout futur spectateur doit être préparé à l'entendre.

The Walk (single - Japanese Whispers, 1983)

Après Pornography, Robert Smith est au bord du suicide, et seul un changement radical dans sa musique sauve sa carrière. Le chanteur mixe des influences jazzy avec la musique dance des années 80, et écrit en 1983 une série de singles, qui sont plus tard regroupés sur la compilation Japanese Whispers. Mutation salvatrice pour les uns, abominable régression pour les autres, les singles de 1983 ouvrent une nouvelle porte au groupe, celle de la pop. Un genre que The Cure va admirablement exploiter les années suivantes. En concert, le groupe reprend invariablement The Walk, en reproduisant fidèlement ses synthétiseurs désuets. 

A Night Like This (The Head on the Door, 1985)

Voici venue l'ère des tubes. Après Japanese Whispers et l'album The Top, où Robert Smith et sa suite se cherchent un nouveau son, The Cure réintègre le bassiste Simon Gallup et sort son album pop ultime : The Head on the Door. Les deux singles accompagnent les meilleures bandes-son de dance-clubs. Le premier, In Between Days, en définit le son : des guitares énergiques mais toujours éthérées, un synthétiseur acrobatique et une rythmique enjouée. Ce modèle se retrouve sur deux autres chansons majeures de l'album, à savoir Push et A Night Like This, toutes systématiquement interprétées en live. A Night Like This devient rapidement une chouchoute des fans pour son puissant riff de guitare et son refrain entêtant. Peut-être la chanson de l'époque pop de The Cure qui concilie le mieux rock et new wave.

Close To Me (The Head on the Door, 1985)

Le deuxième single issu de The Head on the Door est un tube encore plus énorme que In Between Days, notamment en France. Close To Me rompt avec le reste de l'album, en mettant l'accent sur une rythmique forte, à base de batterie, de boîte à rythmes et de claquements de mains. Le rythme est ponctué de quelques notes de synthétiseur imitant un xylophone, d'une basse omniprésente, et de quelques cuivres. Par-dessus, Robert Smith dépose une voix susurrée et charmeuse. Le temps d'une chanson, The Cure abandonne sa guitare si particulière, et annonce un brouillon du son atmosphérique qui caractérisera son magnum opus de 1989. Tout en déclenchant la "Curemania".

Just Like Heaven (Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me, 1987)

Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me reprend les recettes de The Head On The Door, pour un résultat plus hétérogène. Quelques tubes, quelques plages atmosphériques, quelques ballades et une incursion dans le funk avec Why Can't I Be You, régulièrement jouée en concert. Mais le coeur de l'album se situe sur Just Like Heaven, superbe déclaration d'amour pop et sucrée. Cette chanson a un lien particulier avec la France. Car non seulement l'album dont elle est issue a été enregistré au studio Miraval en Provence, mais cette chanson a aussi servi de générique pour l'émission télé musicale des années 80 "Les enfants du rock", devenant avec elle l'emblème de toute une génération.

Plainsong (Disintegration, 1989)

L'album Disintegration, dont The Cure fête sur scène les trente ans cette annéeest le chef-d'oeuvre quasi incontesté du groupe. Une longue épopée de complaintes éthérées. Pornography démontrait un désespoir contagieux et dévastateur ; Disintegration expose une tristesse magnifiée, sublimée par un onirisme omniprésent. Sa chanson d'introduction, Plainsong, en est le tableau le plus parlant. La guitare a laissé place à de grandiloquentes et envoûtantes plages de synthétiseurs, qui annoncent l'ambiance de l'album. Cette année, les concerts de The Cure sont composés d'au moins un quart de morceaux issus de Disintegration, et s'ouvrent régulièrement par Plainsong. Dans cette veine éthérée, le groupe interprète également Pictures of You, Lovesong et l'inévitable Lullaby

Fascination Street (Disintegration, 1989)

L'album de 1989 s'autorise aussi quelques digressions, au cours desquelles The Cure replace des guitares ravageuses au centre de la machinerie mélodique. C'est notamment le cas pour Last Dance et la plus enjouée Disintegration, interprétée en clôture du set principal (avant rappel) des récents concerts du groupe, en alternance avec One Hundred Years. La plus sauvage des chansons de l'album reste cependant Fascination Street, qui s'ouvre sur un instrumental de plus de deux minutes. Avec sa basse toute-puissante, sa guitare aérienne et sa rythmique militaire, Fascination Street fait office de saut dans le passé, vers l'époque de Pornography. Une étape toujours mémorable des lives de The Cure.

Friday I'm In Love (Wish, 1992)

Friday I'm In Love reste la dernière occurrence d'une joie infiniment communicative délivrée par The Cure. Issue du relativement sombre album Wish, la chanson connaît un grand succès outre-Manche, et est devenue l'un des principaux standards du groupe. Très éloignée de l'image (réductrice) goth que se traîne The Cure, Friday I'm In Love est un monument pop, dont le bonheur ne peut être que communicatif.

From The Edge of the Deep Green Sea (Wish, 1992)

The Cure est entré dans l'ère des longues chansons. Des odyssées excédant souvent sept minutes, qui étalent de longues complaintes sur des rythmiques tantôt éthérées comme sur Disintegration, tantôt brutales comme Open et End sur l'album Wish. La plus significative d'entre elles est From The Edge of the Deep Green Sea, dont l'énigmatique titre à rallonge annonce la couleur. Le morceau consiste en un crescendo de désespoir sur une histoire d'amour au bord du précipice (ou au bord de la profonde mer verte, en l'occurence). Très rock, les guitares partent à fond dès le début, mais parviennent à monter en tension tout au long de la chanson, pour déboucher sur un solo diabolique et imprévisible. La pièce maîtresse des chansons fleuves de The Cure, et peut-être même leur dernier chef-d'oeuvre. From The Edge est, de plus, représentative du style du groupe de l'époque, que l'on retrouve sur deux chansons régulièrement jouées en concert : Never Enough (1990) et Burn (1994).

39 (Bloodflowers, 2000)

En 2000, The Cure n'a plus ni la même aura, ni la même créativité qu'à la fin des années 1980. Bloodflowers, antépénultième album du groupe, semble même être une continuation de l'atmosphère de Wish, et est le dernier album majeur des Britanniques. Chaque chanson y est déprimée, étirée sur de nombreuses minutes, à l'image de From The Edge. Depuis quelques mois, Robert Smith s'obstine à jouer le titre 39 à tous ses concerts, une complainte de sept minutes classique mais efficace. Ce ne sera pas la chanson la plus marquante du concert, ça n'est même pas la plus connue de l'album. Mais elle capture l'esprit qui semble entourer tout Bloodflowers : une atmosphère pesante, qui a fini par accoucher d'un dernier grand moment de musique, chant du cygne prématuré. En attendant le prometteur prochain album qualifié par Robert Smith de "putain de bon".

The Cure est à Rock en Seine sur la Grande Scène vendredi à partir de 21h00.
Le concert est à suivre en direct sur le Facebook de Culturebox.