Le parquet de Paris ouvre une enquête après la diffusion d'un clip de rap appelant à "pendre les Blancs"

Le parquet de Paris a ouvert mercredi une enquête pour "provocation publique à la commission d'un crime ou d'un délit" après la diffusion du clip d'un rappeur, Nick Conrad, dans lequel il appelle à "pendre les Blancs", a annoncé le parquet. Un clip qui a suscité la condamnation unanime du gouvernement et de la classe politique.

Publié le 17 septembre 2018, le clip du rappeur a été, depuis, supprimé par YouTube. 
Publié le 17 septembre 2018, le clip du rappeur a été, depuis, supprimé par YouTube.  (Capture d'écran Youtube)
Publié le 17 septembre par un rappeur jusque-là méconnu, Nick Conrad, le clip d'une grande violence a été supprimé de YouTube, selon la plateforme, mais il y figurait toujours jeudi 27 au matin. Deezer a également annoncé avoir retiré le clip de ses offres.

"PDB" par Nick Conrad (avec avertissement pour violence et propos explicites)

Le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, a ainsi dénoncé des "propos abjects" et des "attaques ignominieuses". "C'est totalement inadmissible des paroles comme cela. En plus lorsqu'on est rappeur on a des jeunes parmi ses auditeurs et donc, petit à petit, cela imprime les esprits et donc c'est comme cela qu'on aboutit ensuite aux pires perversions de notre société", a ajouté le ministre, lors d'un déplacement à Tourcoing. Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a, quant à lui, déclaré que ceux qui diffusent les images du clip "portent une lourde responsabilité et doivent réagir au plus vite".

"Message d’amour"

Nick Conrad s'est toutefois défendu d'appeler à la haine et de vouloir faire "le buzz". "J'ai décidé d'inverser le système de manière à ce que tout le monde, Blancs et Noirs, se rende compte de la situation qui nous marque tous", a-t-il dit à RTL. "C'est un message d'amour en profondeur, plus qu'un message de haine". "Pour moi, le choc était voulu, nécessaire, mais pas à un tel niveau. Les gens n'en retiennent que le négatif, ils surfent dessus", a affirmé le rappeur.

"Ce morceau, c'est un miroir, une réponse aux injustices vécues par ma communauté depuis l'esclavage. Je me suis inspiré de mon expérience personnelle et de ce que j'observe en tant qu'artiste. J'ai cette impression que l'homme noir doit toujours faire plus d'efforts pour s'intégrer et rentrer dans le moule que veut lui imposer la société", a  détaillé le rappeur.

Il a souligné que si c'était à refaire il rajouterait "peut-être la mention ‘ceci est une fiction’ dans l'introduction car certains sont restés bloqués sur le premier degré".

La Licra saisit la justice

La Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah, rattachée au Premier ministre) a affirmé avoir saisi le procureur de Paris pour "incitation à la haine raciale".

"L'appel au meurtre raciste du clip de Nick Conrad est abject et d'une violence inouïe. La liberté de création, ce n'est pas la liberté d'appeler à pendre des Blancs à raison de la couleur de leur peau", a de son côté réagi la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), qui dit elle aussi avoir "saisi la justice".

Des faits passibles de 5 ans de prison et de 45 000 € d'amende

Dans cette chanson intitulée "PLB", le rappeur y prononce notamment ces paroles : "Je rentre dans des crèches, je tue des bébés blancs, attrapez-les vite et pendez leurs parents, écartelez-les pour passer le temps..." Nick Conrad se met en scène dans le clip entrain d'humilier un homme blanc avant de lui tirer une balle dans le dos et de le pendre. Une scène fait également référence au film "American History X", lorsqu'un néonazis aux États-Unis fait mordre le trottoir à un noir avant de lui fracasser le crâne.

Une vidéo vivement dénoncée par la classe politique, mais aussi par la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra). La Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah, rattachée au Premier ministre) a également affirmé avoir saisi le Procureur de Paris pour "incitation à la haine raciale".
Les investigations lancées par le parquet ont été confiées à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP). Selon l'article 24 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, les faits sont passibles d'une peine maximale de 5 ans de prison et de 45 000 euros d'amende.