Pour l'ancien ministre Jack Lang, "Higelin avait, tout comme Charles Trenet qu'il aimait, ce brin de folie génial et enchanteur"

"Il avait une ivresse des mots, une passion des mots", a réagi, vendredi sur franceinfo, l'ancien ministre de la Culture Jack Lang, après l'annonce de la mort de Jacques Higelin à l'âge de 77 ans.

Le chanteur Jacques Higelin lors d\'un concert retransmis sur France Inter, à la Maison de la Radio, le 23 mars 2007.
Le chanteur Jacques Higelin lors d'un concert retransmis sur France Inter, à la Maison de la Radio, le 23 mars 2007. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

"Il avait, tout comme Charles Trenet qu'il aimait, ce brin de folie génial et enchanteur", a noté Jack Lang vendredi sur franceinfo, après le décès du chanteur Jacques Higelin. Il savait être "hypnotisant, décalé" en concert. L'ancien ministre socialiste a salué "un homme passionnément libre et généreux" et a rappelé qu'il "a été un personnage iconique qui a donné à la Fête de la musique sa première inspiration, son premier sens".

franceinfo : Quelle image retenez-vous de Jacques Higelin ?

Jack Lang : Il avait une ivresse des mots, une passion des mots. Au-delà de la sémantique, c'était un ange survolté de la chanson française. Il était un troubadour rock à l'éternelle jeunesse. Ses chansons inoubliables étaient subtiles, pleines d'esprit. Il savait ensorceler son public. Ce qui m'a toujours étonné, c'était sa capacité à emmener jusqu'au bout de la nuit ceux qui participaient à ses spectacles. Me viennent à l'esprit Champagne, Tombé du Ciel qui sont, à son image, des chansons sauvages et uniques. Il avait, tout comme Charles Trenet qu'il aimait, ce brin de folie génial et enchanteur.

Quels souvenirs avez-vous de ses concerts ?

C'était à la fois hypnotique, hypnotisant, décalé. Il était surtout un amoureux de la rencontre, de la fête, du partage. Il était à sa manière un militant humaniste et généreux. Il n'acceptait pas d'être enserré, bloqué ou empêché par des considérations. Il était un homme libre. Pour reprendre les mots de Rimbaud, il aimait la liberté libre. Cette capacité qu'il avait à être lui-même, à prospecter des chemins inédits, à nous emmener au-delà des frontières, c'était extraordinaire.

Il était proche de vos actions ?

Il n'était pas encarté, sûrement pas. Mais il avait une sympathie pour l'action que nous menions avec François Mitterrand. Il nous a apportés son soutien personnel à de nombreuses reprises. Il était très présent dans toutes les initiatives. Cette Fête de la musique, ses débuts ne furent pas si aisés qu'on le croit. Jacques a été un personnage iconique qui a donné à la Fête de la musique sa première inspiration, son premier sens. Il a payé de sa personne. Quand il entreprenait quelque chose, il allait jusqu'au bout de la fatigue, de l'épuisement. Il était l'incarnation de l'esprit même de la Fête de la musique. Il demandait aux gens d'être acteurs de l'évènement. Pour la première Fête de la musique, il m'a donné un coup de main déterminant en 1982. Il avait demandé qu'on lui loue un immense camion avec une scène. Il a traversé tout Paris accompagné de musiciens qui venaient l'entourer. Il avait une sorte de folie géniale, enchanteresse. Il était un feu follet dansant, chantant.

Beaucoup de témoignages mettent en avant sa générosité.

Il avait un cœur d'or. Son cœur battait à mille à l'heure. Il aimait passionnément la vie, les autres. Il y avait une sorte de pureté, d'intégrité morale et intellectuelle. C'est quelqu'un de totalement hors du commun dans la vie artistique française. Il était prêt à toutes les belles aventures humaines, poétiques, musicales. Un homme passionnément libre et généreux.