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L'hommage de l'Opéra de Paris à Patrice Chéreau : une exposition, un opéra et des films
Nul n'a porté comme Patrice Chéreau la mise en scène d'opéra à ce point de fusion, du "théâtre comme chauffé à blanc par la musique", selon ses propres mots. Trois ans après sa disparition, l'Opéra de Paris lui rend hommage avec une exposition, un opéra et un cycle de projections.
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Au Palais Garnier, l'exposition de 160 pièces - dont des lettres, notes de travail, entretiens et extraits d'opéras - fait revivre la relation compliquée de l'homme de théâtre et de cinéma avec l'art lyrique. "Patrice Chéreau nourrissait une relation ambivalente avec l'opéra, entre passion et défiance", raconte Pénélope Driant, co-commissaire de l'exposition "Patrice Chéreau, mettre en scène l'Opéra" organisée par la Bibliothèque nationale et l'Opéra de Paris.
Dans son premier opéra, "L'Italienne à Alger" de Rossini à Spolète (1969), Patrice Chéreau éprouve le besoin d'ajouter un prologue entièrement joué, où il interprète lui-même le rôle d'un imprésario. Pour "Les Contes d'Hoffmann" d'Offenbach à Paris (1974), il remplace les récitatifs (chantés) par des dialogues parlés, inverse l'ordre des actes et "se bat avec la musique", qu'il n'aime pas.
L'exposition montre comment l'expressionnisme allemand, et notamment le "Nosferatu" de Murnau l'inspirent pour rendre aux "Contes" leur dimension fantastique. La vraie rencontre a lieu avec le Ring de Wagner. Pour le centenaire de Bayreuth en 1976, Pierre Boulez appelle Chéreau, qui n'a que 31 ans. La production en 1976 fait scandale. On reproche à Chéreau une mise en scène "marxiste" et surtout "trop théâtrale". Un spectateur lui adresse même des menaces de mort s'il apparaît seul sur le plateau. La reprise de ce "Ring du centenaire" en 1980 sera triomphale, avec 1h et 9 minutes d'applaudissements.
L'exposition montre ce "travail colossal" pour amener les chanteurs à incarner des personnages de chair et de sang. "Patrice disait qu'il voulait des acteurs qui sachent chanter, et non des chanteurs qui sachent jouer", rappelle Pierre Boulez dans une vidéo. On voit Chéreau enlacer une chanteuse, dans une sorte de valse poignante: il ne donnait pas ses indications de loin, de la salle, mais était sur le plateau, au contact direct des chanteurs.
Ses onze créations d'opéras sont aussi des compagnonnages, avec les chefs d'orchestre (Pierre Boulez, Daniel Barenboim, Esa-Pekka Salonen), des chanteurs comme l'Allemande Waltraud Meier, de "Wozzeck" (1992) à "Tristan et Isolde" (2007) et jusqu'à l'ultime production "Elektra" au festival d'Aix-en-Provence (2013). Le fidèle d'entre les fidèles Richard Peduzzi signe tous les décors.
Dans son premier opéra, "L'Italienne à Alger" de Rossini à Spolète (1969), Patrice Chéreau éprouve le besoin d'ajouter un prologue entièrement joué, où il interprète lui-même le rôle d'un imprésario. Pour "Les Contes d'Hoffmann" d'Offenbach à Paris (1974), il remplace les récitatifs (chantés) par des dialogues parlés, inverse l'ordre des actes et "se bat avec la musique", qu'il n'aime pas.
L'exposition montre comment l'expressionnisme allemand, et notamment le "Nosferatu" de Murnau l'inspirent pour rendre aux "Contes" leur dimension fantastique. La vraie rencontre a lieu avec le Ring de Wagner. Pour le centenaire de Bayreuth en 1976, Pierre Boulez appelle Chéreau, qui n'a que 31 ans. La production en 1976 fait scandale. On reproche à Chéreau une mise en scène "marxiste" et surtout "trop théâtrale". Un spectateur lui adresse même des menaces de mort s'il apparaît seul sur le plateau. La reprise de ce "Ring du centenaire" en 1980 sera triomphale, avec 1h et 9 minutes d'applaudissements.
Un travail colossal
Patrice Chéreau expliquera dans des entretiens avoir voulu arrêter la mise en scène d'opéra à cause du conservatisme du public ("un travail colossal pour 2.000 à 4.000 personnes, toujours les mêmes") et en raison des durées de répétition insuffisantes.L'exposition montre ce "travail colossal" pour amener les chanteurs à incarner des personnages de chair et de sang. "Patrice disait qu'il voulait des acteurs qui sachent chanter, et non des chanteurs qui sachent jouer", rappelle Pierre Boulez dans une vidéo. On voit Chéreau enlacer une chanteuse, dans une sorte de valse poignante: il ne donnait pas ses indications de loin, de la salle, mais était sur le plateau, au contact direct des chanteurs.
Ses onze créations d'opéras sont aussi des compagnonnages, avec les chefs d'orchestre (Pierre Boulez, Daniel Barenboim, Esa-Pekka Salonen), des chanteurs comme l'Allemande Waltraud Meier, de "Wozzeck" (1992) à "Tristan et Isolde" (2007) et jusqu'à l'ultime production "Elektra" au festival d'Aix-en-Provence (2013). Le fidèle d'entre les fidèles Richard Peduzzi signe tous les décors.
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