Après Toronto, Alexander Neef nommé prochain directeur de l'Opéra de Paris

L'Allemand de 45 ans prendra ses fonctions en 2021, en remplacement de Stéphane Lissner.

La façade du Palais Garnier, résidence de l\'Opéra de Paris, côté place de l\'Opéra en 2018.
La façade du Palais Garnier, résidence de l'Opéra de Paris, côté place de l'Opéra en 2018. (DAVID HIMBERT / HANS LUCAS)

Alexander Neef entre en scène. L'actuel directeur de l'Opéra de Toronto remplacera Stéphane Lissner à la tête de l'Opéra de Paris, l'une des plus prestigieuses maisons d'art lyrique au monde. Avec cette annonce, l'Elysée met un terme à une saga qui a duré près d'un an.

Parcours fulgurant

En poste depuis 2014, Stéphane Lissner sera remplacé en 2021 par l'Allemand de 45 ans, dont le nom revenait régulièrement. Né en Allemagne en 1974, il a connu un parcours fulgurant qui l'a souvent fait pressentir pour les plus grandes maisons, dont le Metropolitan Opera à New York.

Sans expérience, il prend en 2008 la direction de la Canadian Opera Company (COC). De cette institution de Toronto, il a fait une scène de renom. Sous sa direction, l'Opéra de Toronto a attiré des stars internationales du lyrique, comme les sopranos Sondra Radvanovsky et Christine Goerke. Alexander Neef a de plus redonné de la visibilité à l'opéra canadien, n'hésitant pas à programmer chaque année une création, parfois en première mondiale.

Rajeunissement de l'Opéra de Toronto

Il a également contribué à rajeunir le public de l'Opéra de Toronto, via des politiques tarifaires(notamment des prix réduits pour les étudiants). Ayant eu pour mentor l'ancien directeur de l'Opéra de Paris Gérard Mortier (2004-2009), sa réputation solide a certainement aidé sa candidature parisienne.

Jeune patron, trilingue et rompu à la question du mécénat dans le monde anglo-saxon, Alexander Neef devrait insuffler un vent nouveau dans cette institution. Contrairement à ses homologues européens, comme l'Opéra de Paris, la proportion d'argent public dans le budget de la COC ne dépasse pas 20%, l'essentiel de ses revenus provenant de la billetterie.

Mission mécénat et accessibilité

"La Grande Boutique", comme la surnommait Verdi, a en effet du faire face à une baisse de subventions. "On est passé de 60% de financement public à 40%", affirmait à l'AFP Stéphane Lissner avant la nomination de Alexander Neef. L'Opéra est la scène la plus subventionnée de France: 95 millions d'euros de l'État pour un budget de 220 millions. Mais conscient que le gouvernement ne mettra plus la main à la poche, Stéphane Lissner a fait presque doubler le mécénat (près de 18 millions d'euros).

L\'actuel directeur de l\'Opéra de Paris Stéphane Lissner, accompagné de Brigitte Macron en mars 2019.
L'actuel directeur de l'Opéra de Paris Stéphane Lissner, accompagné de Brigitte Macron en mars 2019. (MARTIN BUREAU / POOL)

Stéphane Lissner a réussi l'exploit de rajeunir le public à 48 ans pour l'opéra (58 ans au Met) grâce aux soirées à tarif réduit pour les moins de 40 ans et les moins de 28 ans. Mais l'image élitiste colle à la peau du lyrique, et les prix y contribuent. Alexander Neef devra notamment continuer la quête de mécénat, tout en poursuivant des efforts d'accessibilité de l'opéra auprès du public. 

Une des vitrines culturelles de la France

"Le directeur actuel partira en 2021. Le directeur préfigurateur aura donc 24 mois pour préparer sa programmation, soit plus de temps qu'auparavant. Cette période de transition a fait partie de la réflexion du président", a indiqué une source à la présidence de la République.

Conscient du symbole qu'est l'Opéra de Paris - une maison vieille de 350 ans qui rivalise avec la Scala de Milan et le Met à New York, et une des vitrines culturelles de la France - le président Macron s'était personnellement emparé du dossier.

De longs mois d'intrigues 

Sa désignation ne s'est cependant pas faite sans mal, et les longs mois d'intrigues et de rebondissements avaient suscité l'agacement dans le monde culturel. Les dernières rumeurs faisaient état d'une reconduction de Stéphane Lissner pendant un ou deux ans, avant l'arrivée de son successeur. Un scénario qui n'a finalement pas été retenu.

Il y a un an, l'ex-ministre de la Culture Françoise Nyssen avait fait comprendre à Stéphane Lissner que son mandat ne serait pas renouvelé, en raison de la limite d'âge (67 ans) qu'il aurait atteint en 2021. Ce qui avait immédiatement déclenché des spéculations.