Militante, la Techno Parade 2019 a prévu de "danser pour Steve"

Le mot d'ordre de la Techno Parade 2019, qui se déroule à Paris samedi, est "Dansons pour Steve".

Techno Parade, Paris, 22 septembre 2018
Techno Parade, Paris, 22 septembre 2018 (SADAK SOUICI / LE PICTORIUM / MAXPPP)

Mort d'un jeune Nantais sur fond d'intervention controversée de la police, fermetures administratives de clubs, festivals électro interdits : dénonçant une nouvelle "crispation" des autorités envers les musiques électroniques, la 21e Techno Parade entend "monter le son", samedi à Paris, à l'occasion d'une alliance historique des acteurs de ce courant musical. 

Pour la première fois, tous seront réunis "dans un esprit plus que jamais militant et revendicatif".

"Dansons pour Steve"

Le temps fort sera l'hommage à Steve Maia Caniço, ce jeune de 24 ans disparu pendant la Fête de la musique en juin à Nantes, après une intervention policière controversée, et retrouvé noyé dans la Loire cinq semaines plus tard.

"Ce sera un hommage dans la dignité, la paix et la sobriété rendu à ce jeune homme passionné de techno", assure Tommy Vaudecrane, président de Technopol, l'association historique de défense des musiques électroniques qui a créé et organise la Techno Parade. Le mot d'ordre 2019 est "Dansons pour Steve", après "Rien n'arrête un peuple qui danse" l'an dernier.

300.000 personnes sont attendues par les organisateurs sur le traditionnel parcours de 5 km prévu de serpenter à partir de 14h entre les quais du Louvre et la Place d'Italie. En tête, la Coordination des Sound Systems et FreeForm, structures nationales qui accompagnent l'organisation de rassemblements festifs électro, s'associe à Technopol "contre la discrimination et l'incompréhension dont souffrent les musiques électroniques".

La techno à nouveau diabolisée

"Les événements électro sont des endroits de paix et de liberté dans lesquels on n'est pas face à des groupes violents qui voudraient en découdre, contrairement à ce qu'on essaie de faire croire", souligne Tommy Vaudecrane. "Il est important qu'il y ait une discussion au niveau national pour sanctuariser une vraie collaboration entre les forces de l'ordre et les organisateurs d'événements", plaide le président de Technopol. Il a "l'impression gravissime de se retrouver dans les années 90 où la techno était diabolisée, avec des relations tendues avec les forces de l'ordre et l'association systématique avec les drogues".

"Deux grands clubs parisiens viennent d'être fermés par décision administrative en faisant porter la responsabilité sur les dirigeants ce qui est un non-sens. Cela confirme l'aveu d'échec des pouvoirs publics dans la lutte contre la drogue. C'est le rôle de l'Etat de préserver ses citoyens. C'est le rôle de la police d'arrêter les dealers", relève Tommy Vaudecrane.

"Ces derniers jours, des tables rondes ont été organisées avec les ministères de la Culture et de l'Intérieur. Nos interlocuteurs sont ouverts à la réflexion. On n'est pas dans une situation complètement fermée", se félicite toutefois le président de Technopol. Créée en 1998 avec le soutien de l'ancien ministre de la Culture Jack Lang sur le modèle de la "Love Parade" de Berlin, la Techno Parade revendique à chaque édition "une fête plus libre".

Manu Le Malin et Boombass de Cassius en tête

Samedi, plusieurs stars de l'électro, parmi 200 Djs, seront aux commandes des platines des dix chars, aux rythmes des différents courants de la musique techno : House, Trance ou Drum'n'Bass.

Après quinze ans d'absence, le boss de la techno hardcore, Manu Le Malin, mixera sur le "sound system" du char de Technopol. Il sera accompagné de Boombass, moitié du duo Cassius, qui rendra hommage à son "vieux frère" Philippe Zdar, disparu brutalement en juin, et en profitera pour "remercier musicalement cette culture et ceux qui pendant 20 ans nous ont permis de faire ce qu’on aimait", a-t-il écrit sur la page Facebook de Cassius.

Le char de l'Institut du Monde arabe accueillera la scène maghrébine avec les Djs Glitter ou Ammar 808. Pour la première fois, la Fédération française de la musique affrète un char dédié à la hardhouse avec Jonesy Fox Patronus et DJ Popof. Les "free parties" seront représentées par les collectifs Kraken et Insoumis.

Pour une deuxième édition, la Sacem, institution chargée des droits d'auteurs, rejoint à nouveau le grand charivari musical avec une affiche 100% féminine, dont Grace Kim et Benji De La House.

"Les musiques électroniques connaissent un rayonnement qui dépasse nos frontières et rencontre un grand succès à l'export", rappelle de son côté Jean-Noël Tronc, directeur général de la Sacem "fière de prendre part à cette grande célébration".