Sarah Vaughan, Claudio Arrau, Emil Gilels : les trésors sauvés de l’oubli du label The Lost Recordings

Quatre Français passionnés de musique se sont mis en tête de retrouver et de sauver des concerts de légende de la musique classique ou du jazz qui dormaient dans des archives depuis cinquante ou soixante ans. Après un méticuleux travail de restauration, le résultat gravé sur des vinyles collector et en CD est époustouflant.

Article rédigé par
Madeleine Chabrier - franceinfo Culture
France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
La chanteuse et pianiste de jazz Sarah Vaughan en 1969. (JAN PERRSON)

Ce 12 mars 1959, la prestigieuse Hochschule für Muzik de Berlin accueille Claudio Arrau. Le pianiste chilien, au sommet de son art, a choisi d’interpréter trois sonates de Ludvig van Beethoven. Un concert enregistré, inoubliable pour les mélomanes présents et pourtant endormi depuis dans les archives de la radio berlinoise.

Il a fallu toute la passion et la patience des passionnés du Label The Lost Recordings pour que soixante ans après, les mélomanes d’aujourd’hui puissent entendre en première mondiale ce concert dont dix titres sont inédits.

En quête d’excellence

The Lost Recordings, c’est l’histoire d’une rencontre de quatre passionnés de musique et de son : Frédéric D’Oria-Nicolas, fondateur du label Fondamenta, Quentin Sannié, fondateur de Devialet, Michel Navarra, fils du violoncelliste André Navarra et Antoine Petroff, ingénieur spécialiste du traitement du signal audio.

Un jour, Michel Navarra confie à Frédéric D’Oria-Nicolas un enregistrement inédit de son père pour des tests. Quand il revient l’écouter deux semaines plus tard, il est submergé par l’émotion. Entre-temps, la bande analogique a été nettoyée de bruits parasites par un procédé unique au monde, Phoenix Mastering.

Le matériel nécessaire pour "Lost Recordings". (LOST RECORDINGS)

Archéologues du son

Il existe des millions d’archives sonores en Europe. Parmi elles, des concerts comme celui de Claudio Arrau à Berlin. Alors, les passionnés de The Lost Recordings vont se métamorphoser en archéologues du son. De Londres à Prague, de Moscou à Amsterdam, ils vont partir en quête de ce patrimoine musical oublié. Ils s’attachent aux artistes de légende dont la performance dans un répertoire intemporel aura été enregistrée de manière exceptionnelle.

La pépite retrouvée : l’enregistrement d’un concert mythique de Sarah Vaughan à la Philharmonie de Berlin en 1969.  (THE LOST RECORDINGS)

C’est ainsi qu’ils découvrent l’enregistrement d’un concert mythique de Sarah Vaughan à la Philharmonie de Berlin en 1969. Ce jour-là, l’icône afro-américaine, accompagnée seulement d’un trio, a choisi le retour aux sources, à la simplicité qui magnifie sa voix à la tessiture incroyable. Il suffit de fermer les yeux pour que la qualité de l’enregistrement et le travail effectué par The Lost Recordings nous fasse voyager dans le temps en première classe.

Pour cela, le label a confié la réalisation des laques des vinyles à une société californienne. Des laques dont les matrices seront fabriquées au Kansas et pressées en Allemagne. Le choix a été fait de ne produire que 2 000 vinyles numérotés à la main, vendus 58 euros.

Le disque "Sarah Vaughan Live at The Berlin Philharmonie 1969" de la collection "The Lost Recordings". (PALAST-JMANIGAND)

Sarah Vaughan Live at The Berlin Philharmonie 1969 sera le premier joyau paru sous le label. Puis viendront The Unreleased Recital at The Concertgebouw d’Emil Gilels enregistré en 1976. Ce jour-là, le virtuose russe offre un récital somptueux. Il embrasse avec un égal bonheur les répertoires de Beethoven, Brahms, Schumann, Prokofiev et Bach.

Légendes du jazz et du classique

Le catalogue de The Lost Recordings ne va cesser de s’enrichir avec le concert donné par Ella Fitzgerald dans ce même Concertgebouw en 1961. C’est aussi l’occasion d’entendre, pour l’une des dernières fois en concert, l’inoubliable Take Five du Dave Brubeck Quartet capté en 1967 à l’hôtel Kurhaus de Scheveningen, au nord des Pays-Bas. Ou encore Dizzy Gillespie et Mike Longo au Singer Concert Hall, Thelonious Monk, Bill Evans Trio, Oscar Peterson Trio, Art Blakey... Et bien sûr un coffret de 6 CD du violoncelliste André Navarra contenant l’inédit qui avait arraché les larmes à son fils Michel : point de départ d’une belle aventure française. Pour les fêtes, un magnifique voyage dans le temps, les yeux fermés.

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