Il y a cent ans, naissait Dave Brubeck : sept standards qui ont forgé la légende du pianiste de jazz

À la tête d'un quartet mythique, Dave Brubeck a connu un immense succès avec des morceaux comme "Take Five" ou "Three To Get Ready" qui ont fait le tour du monde avant d'entrer dans la mémoire collective.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Le pianiste américain Dave Brubeck en 1964 à Londres, lors de l'enregistrement d'un show télévisé (DAVID REDFERN / REDFERNS / GETTY IMAGES)

Dave Brubeck, né le 6 décembre 1920 à Concord, en Californie, est l'une des grandes figures d'un jazz aérien, raffiné, mélodieux, identifié à la côte ouest ("West Coast") des États-Unis. Un jazz soyeux aux tempos plus lents, moins nerveux que le bebop créé par Charlie Parker, Thelonious Monk ou Dizzy Gillespie dans une Amérique ultra hostile à l'égard des Afro-Américains. Mais le cool jazz qu'incarne Brubeck n'en est pas pour autant un jazz simple. L'ancien élève de Darius Milhaud, qui a étudié notamment l'orchestration, se passionne pour les écritures rythmiques complexes et les polytonalités qui se font rares dans le monde du jazz dans les années 40 et 50.

En 1951, Dave Brubeck forme un quartet avec le saxophoniste Paul Desmond qui rencontre rapidement un grand succès et lui vaut d'être le deuxième jazzman - après Louis Armstrong en 1949 - à avoir les honneurs de la Une de Time Magazine. Après l'arrivée du batteur Joe Morello en 1956, puis du contrebassiste Eugene Wright en 1958, le Dave Brubeck Quartet sort en 1959 l'album Time Out qui lui assure une renommée planétaire, à la grande surprise de son label, Columbia, peu emballé par un disque truffé de polyrythmies et ornementé d'un tableau abstrait sur sa pochette... Face au succès, le pianiste ne perd ni son âme, ni ses principes. Ardent défenseur des droits civiques, il refuse de se produire dans les lieux où Eugene Wright, musicien noir, n'est pas le bienvenu. Par la suite, Dave Brubeck dirigera d'autres formations. Jusqu'à la fin de sa vie, il continuera de jouer et de se produire, avec son éternel sourire. Il s'est éteint le 5 décembre 2012 à la veille de son 92e anniversaire. Retour sur sept musiques emblématiques.

Take Five (1959)



Le Dave Brubeck Quartet joue "Take Five" en 1964 en Belgique

C'est peut-être le morceau le plus célèbre du Dave Brubeck Quartet, extrait de l'album Time Out. Mais c'est Paul Desmond qui l'a composé. Le pianiste avait commandé au saxophoniste un morceau en 5/4 (cinq temps par mesure), un rythme impair. Desmond lui avait répondu qu'il s'en sentait incapable. Brubeck avait insisté, lui assurant qu'il l'avait entendu jouer sur une telle rythmique, lancée par le batteur Joe Morello, avant un concert lors d'un échauffement. Paul Desmond lui a finalement apporté deux thèmes. Dave Brubeck les a associés pour former Take Five. Plus de soixante ans après la sortie du disque, une prise inédite de Take Five a été dévoilée avec d'autres versions jamais entendues des morceaux de Time Out, regroupées dans l'album Time OutTakes. Ce standard universel, repris maintes fois, a été chanté notamment par Al Jarreau et Carmen McRae. C'est Iola Brubeck, l'épouse du pianiste, qui mettait des paroles sur ses musiques.

Blue Rondo à la Turk (1959)




Autre succès de Time Out, le standard Blue Rondo à la Turk a été composé par Dave Brubeck à la suite d'un séjour à Istanbul lors duquel il a entendu un musicien de rue jouer une musique entraînante. Le rythme rapide de chaque phrase mélodique pouvait se compter ainsi : "1-2, 1-2, 1-2, 1-2-3"... Le thème de Blue Rondo à la Turk est composé sur cette structure rythmique, en alternance avec des mesures binaires, plus classiques, dans un swing cool qui crée un beau contraste. Claude Nougaro a écrit des paroles françaises pour ce standard dont il a fait un polar chanté haletant rebaptisé À bout de souffle en 1965.

Three To Get Ready (1959)



Le Dave Brubeck Quartet joue "Three To Get Ready" en 1964 en Belgique

Troisième classique intemporel de Time Out, le standard Three To Get Ready séduit par son climat apaisant et sa mélodie légère et espiègle où alternent tempo de valse, à trois temps, et mesures à quatre temps. Ce thème a séduit Claude Nougaro qui en a fait le refrain de sa chanson Le Jazz et la java en 1962.

Unsquare Dance (1961)



Exercice ludique et néanmoins périlleux (le batteur Joe Morello en a ri de soulagement et de surprise à la fin de la prise en studio d'enregistrement, racontait Brubeck, et on entend ce rire sur le disque), Unsquare Dance, morceau aux accents blues, est paru dans l'album Time Further Out. Comme son titre l'indique, ce disque s'inscrit dans la continuité de Time Out. Dave Brubeck y poursuit ses explorations rythmiques. Le titre Unsquare Dance ("danse non carrée") est un clin d'œil à la "square dance", une danse anglaise ancienne qui s'est exportée en Amérique. Le morceau, qui a connu un succès immédiat, a été récupéré plus tard par la télévision française, sous forme de générique (Long Courrier de Thierry Ardisson) et de jingle.

It's a Raggy Waltz (1961)



Dans l'album Time Further Out, on trouve l'enjôleur It's a Raggy Waltz, un morceau inspiré du ragtime, et qui connaît son moment de gloire dans un film britannique de 1962, All Night Long (Tout au long de la nuit, réalisé par Basil Dearden). Le temps d'une apparition dans son propre rôle, Dave Brubeck interprète sa pièce en présence des acteurs Patrick McGoohan et Richard Attenborough, et se permet même un regard complice en direction de la caméra... Charles Mingus apparaît également dans le film.

The Duke (1955)



Composé en hommage à Duke Ellington, The Duke a fait sa première apparition discographique dans un album live de Dave Brubeck enregistré entre 1954 et 1955, intitulé Jazz : Red Hot and Cool. À l'époque, son quartet était constitué par Paul Desmond au saxophone, Bob Bates à la contrebasse et Joe Dodge à la batterie. Porté par sa singularité mélodique et sa complexité harmonique, The Duke s'est imposé parmi les morceaux phares du répertoire de Brubeck.

In Your Own Sweet Way (1956)



La première version studio de ce classique jazz est sortie en 1956 dans Brubeck Plays Brubeck, un album dans lequel le pianiste, en solo, donne libre cours à l'improvisation. Cette délicate ballade a été composée pour l'épouse de Dave Brubeck, Iola, qui y a ajouté des paroles. La version chantée figure au répertoire d'artistes comme Carmen McRae. De nombreux géants du jazz ont revisité le morceau comme Miles Davis, Keith Jarrett et Wes Montgomery.


Célébrations discographiques et à la radio
> Côté radio, France Musique retransmet ce week-end dans "Les légendes du jazz" un concert donné à L'Olympia le 26 octobre 1972 (1re partie samedi 5 décembre, 2e partie dimanche 6), avant une série hommage dans "Open Jazz" du 21 décembre 2020 au 1er janvier 2021.
À écouter aussi, un spécial Take Five dans "Repassez-moi l'standard" du 22 novembre.
> TSF Jazz a consacré un "Deli Express" à Dave Brubeck vendredi 4 décembre avec le pianiste Pierre Christophe.
> Côté disques, Brubeck Editions a lancé le 4 décembre un album de versions inédites (dont Take Five) de l'album le plus célèbre du pianiste, album intitulé Time Outtakes.
Le 6 novembre, Decca a sorti un disque de berceuses que le pianiste avait enregistrées pour ses petits-enfants, Lullabies, où l'on retrouve la fameuse Berceuse de Brahms et Over the Rainbow... et c'est beau.

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